20/05/2009

Visite de Benjamin Netanyahou à Washington

Revue de presse – semaine du 18 au 20 mai 2009

La rencontre israélo-américaine entre les deux dirigeants fraichement élus, Benjamin Netanyahou et Barack Obama a eu lieu lundi passé à la Maison Blanche. Le résultat de la rencontre n’a pas détrompé les prévisions : les deux hommes sont tous deux resté sur leurs positions.

Beaucoup de médias avaient annoncé une rencontre tendue entre les deux dirigeants puisque si le Président américain désire d’une part un règlement rapide de la question palestinienne avec l’établissement d’un Etat palestinien indépendant et l’arrêt de la colonisation, d’autre part une politique de dialogue avec l’Iran, le Premier Ministre israélien lui n’accepte pas la solution négociée de deux Etats côte à côte, n’envisageant pour les Palestiniens qu’une autonomie améliorée et une paix économique, tandis qu’il fait de la question du nucléaire iranien le fer de lance de sa politique étrangère. Sur le plan des colonies, B. Obama a demandé un arrêt de la colonisation et un démantèlement des postes avancés comme préalable à toute reprise du dialogue avec les Palestiniens et les pays arabes, tandis que B. Netanyahou envisage le développement des colonies du fait de leur croissance démographique naturelle.

Bien résumée en quelques mots dans le New York Times, l’ancien négociateur américain pour le Moyen-Orient Aaron David Miller décrit la rencontre comme celle du Président « Yes we can » (Oui nous le pouvons) avec le Premier Ministre « No you won’t » (Non vous ne pourrez pas).
La question iranienne

Sur la question iranienne, entre la volonté de mesures musclées de la part du gouvernement israélien et la politique de dialogue prônée par l’administration américaine, il est difficile de déchiffrer les résultats précis de l’entrevue, Obama ne voulant pas établir de deadline artificielles concernant l’Iran mais mentionnant néanmoins une réévaluation possible de la stratégie de dialogue à la fin de cette année. Ce qui a fait dire à Benjamin Netanyahou une formule qu’utilisait G.W. Bush concernant l’Iran en remerciant Obama de « laisser toutes les options sur la table ».

Comme le souligne le New York Times, c’est la première fois qu’Obama évoque un calendrier, même aussi vague concernant le progrès des discussions avec l’Iran. C’est sans doute l’évocation de cette possibilité qui fait dire à des experts interrogés par le Jerusalem Post que Netanyahou semble sortir gagnant de la rencontre.

De plus le lendemain de la rencontre, le New York Times souligne bien que s’ils n’ont pas les mêmes moyens d’y parvenir, Américains et Israéliens poursuivent néanmoins le même but : mettre un terme à la menace nucléaire iranienne. Ils ne semblent avant tout ne pas s’accorder sur la question technique du temps qu’il reste à l’Iran pour posséder la bombe. Les estimations sont variées : si certains voient cette possibilité dès la fin de 2010, Robert Gates, actuel Secrétaire à la Défense, estime que la menace ne deviendrait sérieuse que cinq ans après.

Le processus de paix israélo-palestinien

Le Monde était revenu sur l’argument de certains hommes politiques israéliens contre l’établissement d’un Etat palestinien indépendant qui, comme la Bande de Gaza, mettrait la sécurité d’Israël en danger. De son côté, le ministre de la défense Ehud Barak semblait cette position comme réversible, laissant entendre que le gouvernement « serait prêt à prendre des décisions difficiles » , en d’autre terme de faire des concessions en temps voulu.

A ce propos il faut noter une réaction intéressante de Corinne Lesnes sur son blog Big Picture, Croquis d’Amérique. Sous un intitulé « Comment faire des concessions à peu de frais ? », la journaliste du Monde souligne qu’alors que le Congrès, comme l’AIPAC, sont partisans d’une solution à deux Etats, qu’alors que cette solution est mentionnée dans tous les plans de paix depuis Oslo et reprise dans la Feuille de Route, l’acceptation de cette marche à suivre par Benjamin Netanyahou apparaitrait désormais comme une concession…

Cette concession n’a de toute façon pas été faite par le Premier Ministre israélien qui, comme il l’avait fait à Amman et au Caire, a refusé d’envisager la moindre avancée envers les Palestiniens tant que ceux-ci ne reconnaissent pas Israël comme un Etat juif. Il n’a en outre rien cédé sur le plan des colonies. De son côté Obama a appuyé sur le fait qu’il n’était pas que « dans l’intérêt des Palestiniens, mais aussi dans celui des Israéliens, des Américains et de la Communauté internationale de réaliser une solution à deux Etats où Israéliens et Palestiniens vivraient en paix et en sécurité ». En bref, on a assisté à un dialogue de sourds. Le Président américain a en outre annoncé le lancement d’un nouveau processus de paix régional en date du 4 juin lors de sa visite au Caire.

Les réactions palestiniennes sont multiples. Dans le New York Times, le négociateur en chef palestinien Saeb Erakat salue la position américaine y voyant un réengagement fort des Etats-Unis dans le processus de paix. Cité par le Palestine News Network, le Dr Mustafa Barghouti, député du Conseil Législatif Palestinien a affirmé que « les remarques de Netanyahou à Washington confirment ses vraies intentions de détruire toutes les options pour la paix ». Tandis que le Yediot Aharonot cite le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum : « Les déclarations et les messages d’espoir d’Obama sont destinés à tromper l’opinion publique globale concernant l’existence et la conduite persistante de l’entité sioniste raciste et extrémiste ».

En Israël, le quotidien de gauche Haaretz publiait vendredi dernier les résultats d’un sondage effectué au sein de la population israélienne et affirmant que 57% des personnes interrogées estimaient que Netanyahou devait se ranger du côté d’une solution à deux Etats. Ainsi pensent également 40% des personnes qui s’identifient comme des électeurs du Likoud. Le quotidien anglophone de droite, Jerusalem Post estime que Netanyahou a réussi à persuader Obama qu’il fallait inclure les Etats arabes dès le début d’un éventuel processus de paix, et non attendre des signes de normalisation comme une récompense, mais note par ailleurs le profond désaccord entre les deux dirigeants sur la solution à des deux Etats et celle des colonies.
Le futur des relations israélo-américaines
L’Institute for National Security Studies revenait déjà avant la rencontre sur trois raisons pour lesquelles les relations entre l’administration américaine et le nouveau gouvernement israélien de B. Netanyahou risquent de se détériorer : l’attachement du Général James L. Jones, Conseiller à la sécurité nationale de la nouvelle administrations américaine à un règlement du conflit israélo-palestinien préalable à tout autre mouvement au Moyen-Orient, l’annonce d’une volonté de denucléarisation global par Obama et enfin l’attachement des Etats-Unis à une solution à deux Etats annoncée par le chef de staff Rahm Emmanuel devant le lobby pro-israélien AIPAC.

Mais ces raisons-là ne sont que les parties émergentes de l’iceberg des désaccords de fonds existants entre les B. Obama et B. Netanyahou. Les deux dirigeants ont bien entendu essayé de sauver les apparences, Obama en rappelant la relation spéciale qui lie les deux pays et Netanyahou en décrivant son homologue comme un « grand leader » et un « grand ami d’Israël ». Selon le New York Times, Barack Obama et Benjamin Netanyahou se rencontraient aussi bien pour évoquer leurs visions respectives de la politique à mener au Moyen-Orient que pour nouer des relations personnelles. Or, comme le souligne Jon Altermann, le directeur du programme Moyen-Orient du Center for Strategic and International Studies situé à Washington, on peut douter du fait que des relations quelconques aient pu se créer entre les deux hommes à cette occasion. Le Financial Times explique que si Obama a donné des signes de conciliation envers et d’amitié envers Israël, il s’est clairement distancé des positions dures du nouveau gouvernement israélien concernant le conflit israélo-arabe.

Or Le Figaro revenait lundi, à l’occasion du Congrès annuel de l’AIPAC sur l’influence du principal lobby pro-israélien sur la politique étrangère aux Etats-Unis. Cette réalité avait été mise en évidence par John Mearsheimer et Stephen Walt (voir Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007). Leur critique portait essentiellement sur main mise de la droite likoudnik sur l’AIPAC. Stephen Walt s’était confié à une radio française en ces termes «Je suis pro-israélien, mais j’estime qu’une politique aussi déséquilibrée ne sert pas les intérêts des États-Unis ni d’Israël», tandis que le Franco-Israélien Ofer Bronstein  disait «Je suis impressionné par l’engagement civique de l’AIPAC, mais pas d’accord avec sa définition de l’intérêt israélien. Il faudra bien en venir à une solution de deux États séparés, et Netanyahou le sait». Dans la lignée de cette critique, un autre lobby juif, J Street a été créé pour mobiliser la population juive libérale et soutenir une approche plus équilibrée du conflit. J Street se serait rapproché du Congrès l’année passée et serait utilisé en sous main par l’équipe d’Obama pour renforcer son changement de cap en politique étrangère.
Connaissant le poids des Etats-Unis sur le processus de paix, ces changements laissent peut-être présager un avenir meilleur.