05/06/2009

Discours de Barack Obama au Caire

Revue de presse- semaine du 1 au 5 juin 2009

Mercredi,  le président Obama commençait sa « tournée » moyen orientale par Riyad avant d’aller au Caire pour un discours « aux peuples musulmans. »  Pour le nouveau président américain, il s’agit de mettre fin aux tensions et malentendus entre Musulmans et Américains qui ont ponctué les mandats de G. W Bush. Chrétien mais fils d’un Kenyan musulman, on attend d’Obama qu’il recréé un lien entre les Etats-Unis et la « rue » arabe.
Un voyage pour apaiser les tensions

Le Figaro estime qu’Obama n’a jamais cru à la thèse du choc des civilisations. C’est ce qu’il avait déjà dit lors de son discours d’investiture et dans une interview à la chaîne al-Arabyaainsi qu’au Parlement turc en avril.  D’après le quotidien français, Obama veut tenter d’apaiser la « haine de l’Occident » qui agite le Moyen-Orient, notamment sa jeunesse, à laquelle il adresse principalement son discours. «Obama veut convaincre la rue musulmane que l’Amérique a changé, il estime que le terrorisme islamique est une question cruciale pour la sécurité nationale, qui va bien au-delà de la question du conflit israélo-palestinien», analyse dans le Figaro un diplomate.
« Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète» avait récemment déclaré le président américain dans une interview à la chaîne française Canal +. En effet, explique le quotidien turc Hurriyet, le Pew Research Center serait venu à la conclusion que les Musulmans représentent 0,6% de la population adulte des Etats-Unis soit 1, 4 millions de Musulmans de plus de 18 ans.

Une première étape chez l’allié saoudien

Si Obama a choisi l’université du Caire, qui le reçoit avec la participation de l’université islamique al-Azhar, pour faire son discours aux populations musulmanes, c’est par l’Arabie saoudite qu’il commence son voyage moyen oriental. Ces deux Etats sont primordiaux, analyse Le Figaro. L’Arabie saoudite et l’Égypte sont des piliers de l’équilibre régional impliqués dans les initiatives de paix israélo-palestiniennes. Le président américain souhaitait leur demander de s’engager pour relancer la négociation israélo-arabe et initier une forme de dégel politique.
Cependant, avant même l’arrivée du président à Riyad, le New-York Times estimait que les Etats arabes seraient peu enclins à faire de nouveaux sacrifices alors que de nombreuses concessions ont été faites lors de la rédaction de l’initiative de paix arabe voté à Beyrouth en 2002.

D’après le Figaro, le président compte sur le positionnement stratégique de son allié saoudien. Pays de 15 des 19 kamikazes du 11 septembre, très inquiet de la montée en puissance de l’Iran, «les Saoudiens voient l’ère Obama comme une nouvelle opportunité après la catastrophe de l’ère Bush, dont l’embourbement en Irak a permis aux chiites iraniens de gagner en puissance à travers le monde musulman », commente un diplomate. Les Saoudiens ont demandé à Obama l’établissement d’un calendrier plus exigeant concernant la gestion de la question nucléaire iranienne, comme l’avait fait Netanyahou à Washington. L’Irak, dont le gouvernement majoritairement chiite n’est pas apprécié par l’Arabie saoudite et la question pakistanaise ont été à l’ordre du jour. La Maison-Blanche voudrait que Riyad exerce son influence sur l’opposant Nawaz Sharif pour apaiser la situation.

L’Arab News souligne que le roi saoudien Abdullah a rappelé que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite étaient amis et alliés depuis le roi Abdul Aziz et le président Roosevelt. Le quotidien rapporte qu’Al Qaeda a condamné cette visite dans une video. Néanmoins, rappelle l’Arab News, malgré une certaine montée de l’ « Obamania » au Moyen orient, une majorité de personnes reste prudente sur la capacité du président à changer un « message euphorique » en actions. C’est le message qu’a d’ailleurs fait passer l’Ayatollah Ali Khamenei à la télévision en disant que seules les actions pourraient changer quelque chose à la haine qu’éprouve le Moyen orient pour les Etats-Unis, révèle le Times.

Visite du président en Egypte

Au Caire, le président américain a rencontré le président égyptien Moubarak qu’il « ne considère pas comme un leader autoritaire » comme il l’aurait confié à la BBCAl Ahram weekly se révèle critique vis-à-vis de ce choix du Caire comme étape  majeure du voyage. En effet, le quotidien égyptien explique que le choix du Caire par Obama pour donner son discours au Monde musulman a satisfait les autorités puisque cela confirme la position du Caire comme capitale « leader » du monde arabe et musulman. Cependant, les associations de défense des Droits de l’homme et de la démocratie ne partagent pas cette satisfaction puisque selon eux ce choix conforte un régime autoritaire et brouille le message de démocratisation américain alors que ce sujet est toujours au cœur des relations américano- égyptiennes.

Dans la Libre Belgique, Ahmed Maher,  ancien ambassadeur d’Egypte à Washington de 1992 à 1999 pour devenir ensuite ministre des Affaires étrangères de 2001 à 2003 explique que la nouvelle politique américaine peut se traduire en : »Je suis prêt à vous comprendre ». Selon M. Maher, B. Obama n’apporte rien d’exceptionnel mais attend  » une unité interpalestinienne et plus généralement une unité arabe » pour pouvoir agir, sorte d’ »Aide-toi et Obama t’aidera » . Amr Elshobaki, des Etudes politiques et stratégiques du centre d’al-Ahram estime lui que si le discours américain change avec Obama, il faut que « les Arabes changent eux aussi et abandonnent l’immobilisme pour devenir un partenaire à part entière et donner ainsi à cette nouvelle politique quelque chance d’aboutir. »

Un contexte américano-israélien nouveau

Cette tournée moyen-orientale est marquée par un contexte de refroidissement des relations américano- israéliennes. La publication par Haaretz le jour du discours d’Obama au Caire d’une caricature montrant Barack Obama portant un couvre chef arabe avec comme légende « Barack Hussein Obama le détesteur de Juifs antisémite » est révélatrice du climat de tension entre l’administration Obama et Israël.

En effet, comme le rappelle Le Figaro, le gouvernement Netanyahou s’est engagé dans une épreuve de force avec Washington et c’est la première fois que des ministres israéliens osent critiquer ouvertement le grand allié américain. Des journaux ont même fait récemment savoir que des proches du chef du gouvernement, « soupçonnent » désormais le président américain d’avoir des penchants «pro-palestiniens ».  Alors qu’Obama avait appelé au gel des colonies, le ministre des Transports israélien, Israël Katz, qui joue le rôle de porte-parole de Nétanyahou avait déclaré dimanche que  «le gouvernement actuel n’acceptera en aucune façon que la colonisation légale soit gelée en Judée-Samarie (Cisjordanie)». Or Barack Obama exige désormais un gel total sans faire la distinction entre colonies légales et sauvages. Autre sujet de discorde : des responsables israéliens accusent Barack Obama de remettre en cause les engagements pris par George Bush dans une lettre adressée en 2004 à Ariel Sharon où G.W. Bush considérait « qu’il serait «irréaliste» de s’attendre à ce qu’Israël évacue les grands blocs de colonies dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens. » Certains Israéliens considèrent aujourd’hui que les États-Unis auraient de fait accepté l’idée d’une annexion future de ces grandes implantations, révèle Le Figaro.
Néanmoins, dans son discours du Caire, Obama a rappelé que la relation américano- israélienne était « inaltérable. »

Le discours attendu du Caire

Autour de formules clefs telles que la promotion d’un « nouveau départ entre les musulmans et les Etats-Unis» et la fin du «cycle de la méfiance et de la discorde», le président américain  a fait tourner son intervention autour de grandes questions : sur la lutte contre l’extrémisme, Obama a rappelé que les Etats-Unis feraient face non pas à l’Islam mais aux extrémismes.
Sur la Palestine, le président a réaffirmé son soutien à la création d’un Etat palestinien et au gel de la colonisation israélienne. Barack Obama a notamment estimé que «la situation pour le peuple palestinien est intolérable».
Concernant l’Afghanistan, Barack Obama a confirmé que les Etats-Unis n’y établiront pas de bases sur place mais interviendront à travers l’aide aux déplacés et à la reconstruction économique du pays.
Le président est également intervenu sur la question du nucléaire au Moyen-Orient. A ce sujet il a rappelé le droit au nucléaire civil pacifique et l’importance du respect du traité de non-prolifération.
Parmi les autres sujets-clefs de son discours, l’importance de la liberté religieuse et l’éducation des femmes. «Une femme à qui on ne donne pas l’accès à l’éducation est une femme à qui on ne donne pas son droit à l’égalité» a-t-il martelé.
Enfin, Obama a annoncé le lancement de partenariats et d’échanges d’étudiants entre le Moyen-Orient et les Etats-Unis, expose Le Figaro.

Parmi les réactions au discours d’Obama, celle du New York Times qui souligne que le président a utilisé le nom « Palestine » et non celui de « futur Etat palestinien » comme c’est souvent le cas. Le quotidien américain a également noté le fait qu’Obama a reconnu que le Hamas connaissait un certain soutien de la part d’une partie de la population palestinienne. Le président a fait la différence entre les interventions en Afghanistan et en Irak, soulignant l’importance de la présence de l’armée en Afghanistan et reconnaissant l’importance d’un consensus international en référence à l’invasion américaine en Irak.

Néanmoins, si la majorité des réactions a été positive, certains ont regretté le manque d’initiatives de B. Obama. « Je ressens ce discours comme historique mais il n’apporte rien de nouveau » a regretté Hasim Fouad, reporter au journal égyptien Al Dustour.
Hurriyet rapporte qu’Abdullah Gul, le président turc et Nabil Abu Rdainah, porte-parole du président palestinien ont considéré ce discours comme historique, réaliste et honnête alors que le porte –parole du Hamas Fawzi Barhum relevait des contradictions. Le porte –parole du gouvernement irakien a approuvé les références au Coran faites par Obama. Eric Goldstein de Human Right Watch a de son côté regretté que le président ne soit pas assez spécifique sur les questions de démocratie au Moyen-Orient. Ian O. Lesser, du Plan Marshall américain a de son côté relevé un élément important : si ce discours a changé l’image qu’a l’opinion publique américaine, il a surtout changé l’image qu’a l’opinion publique européenne des Etats-Unis.

Le quotidien israélien Haaretz semble aller plus loin : Obama aurait commencé un nouveau chapitre des relations trilatérales entre les Etats-Unis, Israël et le monde arabe. Pour le quotidien, le triangle irrégulier de cette relation a été remplacé par un triangle isocèle en mettant sur un pied d’égalité les Arabes et Israël. Haaretz déclare qu’aujourd’hui « la balle est dans le camp d’Israël » : premièrement, le président américain a été clair sur la prochaine création d’un Etat palestinien, deuxièmement, il a donné à Israël des directions sur la cessation des colonies et troisièmement, il a demandé l’ouverture de la frontière gazaouie au ravitaillement.
Le premier ministre israélien a jugé «déraisonnable» la demande américaine d’un gel total de la colonisation juive en Cisjordanie alors que le député travailliste Ophir Pinès a estimé qu’Israël pouvait «être le grand bénéficiaire du changement d’approche des Américains» rapporte Le Figaro. L’UE via Hans-Gert Pöttering a salué le « courage » d’Obama, encourageant Israël à coopérer tandis que l’ONU espère « une nouvelle ère » entre les Etats-Unis et le monde musulman.

Si le discours du Caire reste un événement historique, seule sa traduction en actes permettra de lui donner toute son ampleur.