19/06/2009

Impact des élections iraniennes au Moyen-Orient

Revue de presse – semaine du 15 au 19 juin 2009

Après le discours du Caire du président Obama présentant la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient, le premier ministre israélien Netanyahou a prononcé dimanche dernier à l’université de Bar Ilan un discours  sur les intentions israéliennes dans la région, provoquant des réactions internationales mitigées. Or ce discours s’est inscrit dans un contexte particulier : celui des élections iraniennes qui ont officiellement été gagnées par Ahmadinejad, qui ne cache pas sa volonté de voir Israël disparaître. A l’heure où B. Obama souhaitait tendre la main à l’Iran et convaincre Israël d’adopter une attitude plus modérée, la question iranienne risque d’influencer l’attitude occidentale au Moyen-Orient.

Discours de B. Netanyahou

Pour le quotidien israélien Haaretz, ce discours prononcé sous la pression américaine, n’apporte rien de neuf. Les conditions que le Premier ministre a exigées des Palestiniens pour la reprise de négociations de paix et à terme l’éventualité d’un Etat palestinien sont la reconnaissance du caractère juif de l’Etat d’Israël, l’acceptation qu’un futur Etat palestinien serait démilitarisé, sans retour des réfugiés de 1948 et Jérusalem une capitale indivisible. Le quotidien estime qu’un pacte de non-agression entre Israël et la Palestine devrait être signé avant d’envisager une démilitarisation palestinienne. Cependant, pour Haaretz ni les Israéliens ni les Palestiniens ne sont aujourd’hui prêts à négocier, coincés dans un mécanisme de tensions et le Premier ministre n’a pas parlé « courageusement et honnêtement » comme il l’avait promis, notamment au sujet des colonies, dont il refuse toujours le gel. Pour Haaretz, Netanyahou aurait dû parler aux Israéliens comme à des adultes en expliquant aux colons que les colonies sont un obstacle au processus de paix, en expliquant le plan de paix arabe et ce qu’Israël est prêt à accepter ou pas. Au lieu de souligner les promesses que les Palestiniens doivent faire, il aurait pu parler des risques qu’Israël devait prendre pour la paix. Mais la motivation pour la paix manque.

Réactions et conséquences

L’Union européenne a réagi en saluant le pas que représente l’acceptation par B. Netanyahou d’un éventuel futur palestinien mais juge ce pas insuffisant, selon La Libre Belgique. En effet, les diplomates européens regrettent que le Premier ministre refuse le gel des colonies et souhaitent des négociations sur ce sujet comme sur le statut de Jérusalem. Réunis à Luxembourg les chefs des diplomaties des Vingt-sept ont refusé de reprendre le processus d’approfondissement des relations UE/Israël dans ces conditions.

« Je ne peux que saluer la perspective d’un État palestinien tracée par le nouveau Premier ministre israélien, a commenté  Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française. La France est convaincue que [sa création] relève de l’intérêt même d’Israël et de sa sécurité », rapporte France 24.

Côté palestinien, les conditions posées par le Premier ministre israélien pour la création d’un État palestinien sont jugées inacceptables. « Les propos de Benjamin Netanyahou ont sapé toutes les initiatives, paralysé tous les efforts en cours et défié les positions palestiniennes, arabes et américaines », a déclaré Nabil Abou Rdainah, porte-parole de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne.

« C’est un refus total de reprise sérieuse des négociations, déplore Nassif Hitti, représentant de la Ligue arabe en France. La définition de l’État palestinien de Benjamin Netanyahou ne répond à aucun critère de l’État souverain, il s’agit d’une coquille vide », rapporte France 24.

Dans Le Figaro, Le Hamas a dénoncé «l’idéologie raciste et extrémiste» du premier ministre israélien. «Il propose un État (palestinien) sans identité, ni souveraineté, ni Jérusalem, ni droit au retour, ni armée, ni armes et insiste sur le maintien des colonies», a déclaré le porte-parole du mouvement islamiste, Fawzi Barhoum.

Le New-York Times met en avant l’acceptation du Premier ministre israélien d’envisager un futur Etat palestinien sous la pression américaine alors qu’il s’y refusait jusqu’à présent. Cependant, le quotidien américain reconnaît l’échec des Etats-Unis à  faire accepter à Israël le gel des colonies qui correspondent pour Netanyahou à la « croissance naturelle ». Le NY Times souligne que ce discours intervient juste après le rejet clair d’Obama des colonies, Israël tenant ouvertement tête à l’administration Obama. Malgré cela, la Maison Blanche a salué « ce pas vers la paix ». Le journal relève néanmoins le peu de place que Netanyahou a laissé au compromis puisque Netanyahou n’a pas évoqué les plans de paix en cours, ni l’espace géographique que couvrirait un futur Etat palestinien, il a renié le droit des Palestiniens au retour, considéré Jérusalem comme la capitale d’Israël sans évoquer de compromis. Pour Saed Erekat, négociateur pour la Palestine, B. Netanyahou n’accepte pas d’Etat palestinien puisqu’il impose des conditions irréalisables à sa création.

Dans son blog « Nouvelles d’Orient », le journaliste du Monde diplomatique Alain Gresh qualifie le discours de B. Netanyahou de « non-événement », de discours « vide » qui « repousse toute discussion sérieuse sur la paix ». D’après le journaliste, B. Netanyahou sait que les conditions qu’il propose sont inacceptables. Pour le Premier ministre les racines du conflit reposent sur le refus arabe de reconnaître « le droit du peuple juif à un Etat dans sa patrie historique ».  Quant aux réactions occidentales, A. Gresh s’interroge : « le président Obama a dit que ces propositions étaient « un pas en avant », mais un pas en avant vers quoi ? »

Le Palestinian News network (PNN) explique que Netanyahou a tenté d’imiter le discours du Caire d’Obama en proposant un support internet et en s’exprimant dans une université. Cependant, pour PNN, Netanyahou n’est pas Obama et son discours n’a pas eu « la profondeur, la sincérité et l’empathie » du discours présidentiel. Le discours de Netanyahou était clairement prononcé pour répondre à une demande américaine et pas pour assurer au Monde arabe son attachement à la paix. Par ailleurs, le journaliste estime que ce discours devrait être bien accueilli par la Jordanie qui a craint l’établissement d’un Etat palestinien en Jordanie.

Le Jordan Times revient lui sur la visite du ministre israélien des affaires étrangères Avigdor Lieberman à Washington. Il y a déclaré à la presse qu’il n’avait pas l’intention de changer « l’équilibre démographique en Cisjordanie » mais qu’on ne pouvait pas geler des colonies où « des bébés naissent, des gens se marient ou meurent ». « Notre approche sur la question est clair et la précédente administration américaine la soutenait» a déclaré Lieberman malgré la réitération de la Secrétaire d’Etat H. Clinton du refus américain des colonies.

Les élections iraniennes : coup d’arrêt à la nouvelle politique américaine ?

Deuxième écho plutôt négatif au discours du Caire de B. Obama au monde musulman : les élections iraniennes, officiellement remportées par Ahmadinejad alors que l’on attendait une nouvelle administration iranienne plus modérée. Annoncées comme un « coup dur » pour la Maison Blanche, ces élections pourraient avoir un impact sur la nouvelle politique moyen-orientale d’Obama, s’interrogent les médias. Pour Le Figaro, ce résultat peut en effet bouleverser les équilibres dans la région puisqu’Israël a déjà fiat savoir que ces élections confirmait la nécessité d’empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire. De fait, Israël rappelle l’urgence de sanctions envers Téhéran.

Cette nouvelle donne intervient quand Américains et Européens ont décidé de prendre un tournant dans leur politique étrangère , les Etats-Unis et l’Europe souhaitant être plus fermes vis-à-vis de leur allié israélien en demandant le gel des colonies et en refusant l’approfondissement de la relation UE-Israël et B. Obama choisissant de tendre une main à Téhéran. En outre, l’Union européenne a fait preuve d’un revirement notoire en rencontrant via le Haut représentant pour la Politique extérieure le député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan au Liban.

«Le Hezbollah fait partie de la société libanaise. Il est représenté au Parlement et il aura des responsabilités », a déclaré à l’AFP Javier Solana. Pour M. Hajj Hassan « cette réunion était l’expression d’un niveau d’ouverture supérieur de la part de l’UE vers le Hezbollah », estimant qu’avec cette rencontre, l’UE adoptait une attitude « plus réaliste », vis-à-vis du Liban.