19/06/2009

L’élan américain contrarié au Moyen-Orient

Avec le discours du Caire de Barack Obama semblait se tourner une nouvelle page au Moyen-Orient. Les Etats-Unis décidaient de tendre une main à un Iran qu’ils espéraient voir changer de gouvernement et de s’ouvrir au Monde arabo-musulman. Pour la première fois, l’Amérique adoptait un discours plus équilibré vis-à-vis de son allié israélien en exigeant le gel des colonies et la création d’un Etat palestinien. Du côté européen, Javier Solana, Haut Représentant pour la politique extérieure de l’UE,  rencontrait un député du Hezbollah, affichant une nouvelle position plus réaliste vis-à-vis du Liban. Les résultats des élections libanaises avaient confirmé une certaine détente entre l’Occident et le Moyen-Orient.

Or, avec le résultat controversé des élections iraniennes et le discours de Bar Ilan de B. Netanyahou, ce nouvel élan pourrait bien se voir entamé. En effet, la réélection de M. Ahmadinejad à la tête de l’Iran ne valide pas la stratégie de « main tendue » d’Obama et attise les tensions régionales. En outre, ce résultat, qu’il soit frauduleux ou non, conforte la position d’Israël qui ne cesse d’appeler aux sanctions contre Téhéran et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la « menace iranienne ».

Le discours de B. Netanyahou incarne  lui aussi un coup d’arrêt à l’élan américain pour la paix dans la région. En se prononçant contre le gel des colonies haut et fort et par deux fois- par la voix du premier ministre à Bar Ilan et par celle de Lieberman à Washington- le gouvernement israélien a montré qu’il ne s’embarrassait pas des exigences américaines. Par ailleurs, si B. Netanyahou a pu faire croire qu’il se pliait désormais à la demande américaine de l’établissement d’un Etat palestinien, il n’en est rien. Le Premier ministre israélien a certes prononcé le terme d’ « Etat palestinien » mais les conditions qu’il y lie sont irréalisables et il le sait.

Fort de ses « propositions », Netanyahou se pose en promoteur de la paix et laisse la balle dans le camp des Palestiniens, qui se disent eux outrés par de telles exigences alors que la presse souligne cette évolution d’un Premier ministre qui n’avait jusque là cessé de clamer son opposition à un futur Etat palestinien.

Après la fermeté inattendue dont le président américain avait fait preuve face à son homologue israélien en lui imposant une pression que l’on avait pensée décisive, B. Obama paraît aujourd’hui moins disposé à tenir tête à Israël, la Maison Blanche saluant le discours israélien. Côté européen, si les diplomates ont refusé la poursuite du processus d’approfondissement des relations euro-israéliennes, ils ont eux aussi salué le discours du Premier ministre, ne relevant que des « insuffisances ».

Enfin, il se pourrait que la question iranienne devienne prioritaire sur la question palestinienne dans les agendas occidentaux, ainsi que l’avait demandé Netanyahou lors de ses voyages en Egypte, Jordanie et aux Etats-Unis et contrairement à ce qu’Obama souhaitait. Dans ce cas, le gouvernement israélien  aurait réussi à gagner du temps une fois encore et l’établissement d’un Etat palestinien risquerait de se voir repoussé aux calendes grecques.

Luce Ricard