12/06/2009

Pari réussi au Liban

Nombreux sont ceux qui ont éprouvé du soulagement à l’annonce des résultats des élections libanaises de dimanche passé. La coalition du 14 mars, chapeautée par le Courant du Futur de Saad Hariri a obtenu une majorité de 71 sièges face à 57 pour le groupe du 8 mars, dirigé par le Hezbollah chiite.

La coalition anti-syrienne a donc connu une victoire nette. Plusieurs changements globaux et régionaux peuvent avoir eu une certaine influence sur ce résultat comme le changement de ton de la nouvelle administration américaine, l’éventualité d’une victoire du candidat modéré Mir Hussein Mossawi aux élections iraniennes de ce vendredi ou encore la normalisation des relations entre le Liban et la Syrie. Toutes ces hypothèses ont une certaine légitimité, mais dans un Etat où le vote est essentiellement communautaire, l’élément décisif de ces élections fut avant tout le vote de la communauté chrétienne, exposée au choix entre la coalition du 14 mars majoritairement sunnite et pro-occidentale, et celle du 8 mars, majoritairement chiite mais à laquelle s’est jointe la formation du général chrétien Aoun. La personnalité du général n’a finalement pas suffi à convaincre les chrétiens qui se sont en grande partie prononcé en faveur de la majorité pro-occidentale.

Suite à l’annonce des résultats, nombreux sont ensuite ceux qui ont retenu leur souffle, observant avec appréhension les réactions des uns et des autres.
Étonnamment, l’ambiance est restée très calme. Mais bien que les vaincus semblent avoir accepté leur défaite de manière sereine, ils n’entendent pas pour autant se laisser faire lors des négociations post électorales. Un point de désaccord a déjà fait surface concernant l’octroi d’un tiers de blocage à l’opposition au sein du futur cabinet d’Union nationale. Le Hezbollah entend ainsi entre autre protéger sa milice contre une éventuelle décision ministérielle de désarmement. Cependant, la coalition du 14 mars est partisane du fait que ce « droit de veto » soit plutôt donné au Président de la République, qui tiendrait en quelque sorte le rôle de médiateur. Si aucun accord n’est trouvé, le risque existe que le Hezbollah décide de ne pas participer au prochain exercice gouvernemental, prenant une position confortable dans l’opposition. Une des deux parties devra donc faire des concessions pour préserver la stabilité durement établie l’année passée.

En définitive, le Hezbollah dont on craignait un refus du résultat des élections, accepte sa défaite et les règles du jeu démocratique. Sa popularité auprès de la population libanaise n’en sort pas pour autant entamée et le Parti de Dieu garde une place confortable dans la société libanaise. La coalition du 14 mars s’apprête quant à elle à gouverner mais envisage son rôle dans un esprit de conciliation et d’unité nationale. Par conséquent , ces élections ont sans doute renforcé les chances de la stabilité durable au Liban.

Nathalie Janne d’Othée