10/07/2009

Déclaration de Joe Biden – sommet russo-américain – G8

Revue de presse – semaine du 6 au 10 juillet 2009

La semaine passée a été marquée par des tergiversations de la communauté internationale par rapport à l’attitude à adopter face au régime iranien.

Déclaration de Joe Biden (5/7)

Dimanche passé, Joe Biden a déclaré lors d’une interview sur la chaîne américaine CNN que les Etats-Unis « ne peuvent dicter à une nation souveraine ce qu’elle peut ou ne peut pas faire (…) si elle considère que son existence est menacée ». Interprétée par beaucoup comme un feu vert des Etats-Unis à une éventuelle opération israélienne en Iran, cette déclaration a tout d’abord suscité de nombreuses réactions.

Le lendemain, le journaliste du Figaro, Georges Malbrunot soutient sur son blog « L’Orient indiscret » que la déclaration du Vice-Président américain est « à prendre au sérieux » et qu’ « Israël a raison de voir dans les dernières déclarations de Joe Biden « un tournant » dans la politique américaine sur l’Iran ». Il étaye sa position en expliquant que Joe Biden est habituellement parmi « les responsables les moins rigides sur l’Iran » et qu’une telle prise de position montre « l’exaspération qu’a suscitée à Washington « le trucage électoral » ayant conduit à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République. » Georges Malbrunot rapporte néanmoins également les déclarations de l’amiral Michel Mullen, le chef d’état-major interarmées, qui a quant à lui déclaré « qu’une attaque contre les installations nucléaires de l’Iran s’avèrerait « extrêmement déstabilisante » pour l’ensemble du Moyen-Orient. »

L’agence russe de presse internationale Ria Novosti rapporte mardi 7 juillet la « perplexité » de la Russie face à cette déclaration qui va à l’encontre des propos de Barack Obama jusqu’à ce jour et de la « disposition des Etats-Unis à engager le dialogue avec Téhéran afin de rechercher une solution à ce problème par des moyens politiques et diplomatiques ».

Le quotidien israélien Haaretz a quant à lui interrogé des officiels de la Maison Blanche qui explique qu’il ne s’agit pas d’un changement de la politique américaine, mais juste d’une reconnaissance de la souveraineté d’Israël. Haaretz souligne en outre que Joe Biden a sous-entendu que le Président Obama n’était pas contre une ligne plus dure vis-à-vis de l’Iran si celui-ci ne saisissait pas les occasions de dialogue que les Etats-Unis ont mis sur la table et que de leur côté, les Etats-Unis ne feraient pas de concessions pour parvenir à une négociation.

Face à toutes ces réactions, Barack Obama s’est enfin exprimé mardi depuis Moscou où il rencontrait son homologue russe. AFP rapporte qu’ à la question de savoir s’il s’agissant d’un feu vert à Israël pour une éventuelle attaque de l’Iran, M. Obama a répondu : « Absolument pas. C’est très important, je suis aussi clair qu’il est possible de l’être sur ce sujet ». Le Président américain a ensuite rajouté : « Le vice-président Joe Biden l’a dit catégoriquement: nous ne pouvons dicter à d’autres pays la conduite à tenir en matière de sécurité ». Il a par ailleurs réaffirmé la volonté des Etats-Unis de traiter la question nucléaire iranienne par des « canaux diplomatiques ».

Un autre article du Haaretz reprend les commentaires de Uzi Arad, un des conseillers proche du Premier Ministre Benjamin Netanyahou, qui analyse les déclarations successives de Joe Biden et de Barack Obama comme un message clair à l’Iran en faveur d’un processus diplomatique. Joe Biden a voulu au contraire de certaines interprétations, montrer que les Etats-Unis se distancent d’Israël. La déclaration d’Obama a été ensuite nécessaire pour mettre fin à certaines interprétations et rappeler l’engagement des Etats-Unis en faveur d’un processus négocié avec l’Iran.
Sommet russo-américain  (6-7/7)

Lundi 6 juillet, le Président Obama s’est envolé pour Moscou afin d’y rencontrer le Président russe Dimitri Medvedev pour un sommet de deux jours. Le sommet a permis de réinitialiser des relations russo-américaines qui s’étaient fortement dégradées sous les Présidences respectives de Georges Bush et Vladimir Poutine et de collaborer et de se mettre d’accord sur certains dossiers comme l’Afghanistan ou encore l’Iran.

Mercredi 8 juillet, l’agence de presse Ria Novosti rapportait les propos du président du comité de la Douma pour les affaires internationales Konstantin Kossatchev qui soutient que les Etats-Unis et la Russie finiront bien par se mettre d’accord sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’Iran. La Russie préconise une approche de dialogue et de négociation mais refuse de mettre Téhéran au pied du mur. Selon Konstantin Kossatchev, la Russie persuadera tôt ou tard ses partenaires américains de la suivre.

Selon Le Figaro, la Russie « continue à jouer la carte iranienne pour faire pression sur les États-Unis ». Le quotidien français souligne en outre qu’ « Aucun marchandage ne s’est engagé sur la question de l’Iran et du bouclier antimissile que les États-Unis prévoient de déployer en Pologne et en République tchèque ».

Concernant les armes nucléaires, l’agence AP informe que le Président Obama a proposé la tenue d’un sommet international sur la sécurité nucléaire l’année prochaine et que les deux dirigeants russe et américain ont signé un accord pour la négociation d’un nouveau traité de contrôle des armes nucléaires destiné à remplacer le traité START qui expire en décembre. Ria Novosti annonce ensuite que l’ensemble du G8 s’est rallié à cette proposition.

Le Monde rappelle que Barack Obama avait lancé son programme pour un monde sans armes nucléaires lors d’un discours à Prague en avril passé. Le quotidien français analyse donc que le président américain aborde la question iranienne dans un programme plus vase de non-prolifération nucléaire.

Réunion du G8 à l’Aquila  (8-10/7)

Une nouvelle réunion du G8 a eu lieu du 8 au 10 juillet à L’Aquila en Italie. Les commentaires de la presse ne sont pas tendre vis-à-vis  du faste entourant ces réunions disproportionnées et du peu de résultats qui en sortent. Concernant l’Iran, le G8 n’a pas avancé de nouvelles propositions, mais les débats ont été serrés pour parvenir à sortir une déclaration commune.

Le Monde rapporte que si la France et la Grande-Bretagne penchaient pour un communiqué sur l’Iran à part de la déclaration finale du G8, les autres participants voulaient l’y inclure. Dénotant l’esprit de compromis qui a régné durant le sommet, la solution finale fut de l’insérer en tête de la déclaration politique. Le G8 « déplore »la répression violente des manifestations post-électorales mais perdure dans sa volonté de  « trouver une solution diplomatique » à la question du nucléaire iranien, et fixe un nouvelle discussion sur la matière lors du G20 les 24 et 25 septembre prochains à Pittsburgh.

Cette décision demeure égale sur le fond à la position prise par les Ministres des Affaires étrangères du G8 à Trieste en juin passé. Nicolas Sarkozy, partisan de sanctions à l’encontre de l’Iran au vu des récents événements à Téhéran, l’a tout de même assortie d’un commentaire plus catégorique : « le G8 a décidé de donner sa chance à la négociation mais avec un rendez-vous qui sera Pittsburgh. S’il n’y a pas d’avancées, nous serons amenés à prendre des décisions », a-t-il dit. Il a également laissé entendre que la Russie s’accordait sur ce point.

Sur la question de la répression en cours en Iran, Le Monde souligne l’ »impatience collective » dont ont fait montre les participants concernant la situation actuelle, et la manière d’y réagir.

Le quotidien israélien Haaretz commente quant à lui ce qui se passe au G8 sous l’angle des relations israélo-américaines. Samedi, il annonçait déjà que les Etats-Unis freineraient les volontés de sanctions à l’encontre de l’Iran. Ils notent également un changement de la politique d’Obama qui ne désire plus de dialogue direct entre Téhéran et Washington, mais des négociations avec le groupe de P5+1 (les cinq permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne).

Le Yediot Aharonot met quant à lui l’accent sur les propos d’ Ali Akbar Velayati, le conseiller de l’Ayatollah Ali Khamenei qui declare que l’Occident ne veut pas que l’Iran se dote du nucléaire parce qu’il souhaite garde l’Iran dans une position de faiblesse.

L’Express rappelle de son côté qu’ « En dépit d’injonctions de l’ONU à l’interrompre, l’Iran poursuit à un rythme soutenu un programme d’enrichissement d’uranium » et rajoute en outre que « Dans son dernier rapport, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a établi que l’Iran avait accumulé 1,339 tonne d’uranium faiblement enrichi, un volume suffisant pour produire l’uranium hautement enrichi nécessaire à la fabrication d’une bombe nucléaire. »