03/07/2009

Dégel précaire de l’Union pour la Méditerranée

Le 25 juin a eu lieu la première conférence ministérielle de l’Union pour la Méditerranée(UPM) sur le développement durable. Dès l’engouement français pour ce qui devait être une « union méditerranéenne », il avait été prédit qu’elle serait otage des conflits qui paralysent la rive sud méditerranéenne. Sans surprise, l’intervention israélienne à Gaza l’hiver dernier a immédiatement suspendu l’initiative, portant un coup à l’ « esprit » du 13 juillet 2008.  Poursuivre l’UPM dans « l’après- Gaza » semblait relever de l’utopie. Pourtant, la réunion a bien eu lieu, rassemblant des représentants palestinien et israélien et s’attelant aux projets « phares » de l’UPM.

Face à l’optimisme de l’Elysée, rappelons toutefois que l’UPM n’est pas « sauvée ».  Elle a été relancée, certes. Cependant, l’UPM n’est d’une part toujours pas à l’abri d’un « regel » en cas de regain de tension régionale. D’autre part, certaines questions ne sont toujours pas réglées et ce flou persistant a de quoi inquiéter. En effet, le nom du futur Secrétaire général de l’UPM n’a toujours pas été arrêté. Ce dernier sera issu d’un pays de la rive sud mais comme le résume Dominique Baudis de l’Institut du Monde arabe « tous les pays de la rive sud de la Méditerranée ont été d’accord pour renoncer au poste à condition que leur voisin ne l’ait pas ». Or, difficile d’avancer sans Secrétaire général.

En outre, la rive sud n’a pas le monopole des dissensions et rivalités. N. Sarkozy avait du faire face à l’agacement allemand ainsi qu’à la suspicion turque. C’est aujourd’hui au tour de la Belgique de protester contre les accords entre la France et les successives présidences tournantes de l’UE qui permettent à l’hexagone de conserver la co- présidence largement au-delà du semestre prévu.

Par ailleurs, les prévisions de financement des projets ne sont absolument pas à la hauteur des besoins évalués et l’asymétrie de l’intérêt porté par les Etats membres des deux rives à l’UPM n’est pas à sous-estimer. Néanmoins ce ne sont pas ces insuffisances mais  la cohérence même du projet qui est le plus souvent débattue. A la comparaison par N. Sarkozy des projets de l’UPM à la CECA, fondement de la future UE, beaucoup-et ils ont raison- répondent que la France et l’Allemagne ont attendu d’être réconciliées pour se rapprocher et qu’il serait logique de commencer par la paix au Proche-Orient. Il est indéniable que la portée du conflit israélo- palestinien dépasse très largement le cadre d’Israël et de l’Autorité palestinienne et l’UPM ne pourra qu’évoluer au gré des aléas du conflit.

Cependant, devant l’apathie mondiale en général et européenne en particulier face à ce drame, on est en droit de s’interroger : attendre la fin du conflit israélo-palestinien pour envisager une gestion adaptée et responsable du bassin méditerranéen, est ce bien raisonnable ? L’UPM ne résout pas le conflit israélo-palestinien et n’y prétend pas.  Elle a néanmoins le mérite de rappeler d’autres urgences, celle d’une mer malmenée et d’une région qui, si elle ne s’y prépare pas, sera la première victime du réchauffement climatique et de ses propres mutations démographiques, économiques, agricoles et énergétiques.

Face aux urgences que représentent le conflit israélo-palestinien et la survie du bassin méditerranéen, il n’y a pas à choisir.

Luce Ricard