31/07/2009

La stratégie payante de la Syrie

Pour la deuxième fois depuis le début de l’été, Damas a reçu la visite de l’envoyé de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, George Mitchell. Cette constatation permet de dresser deux conclusions : non seulement les relations entre les Etats-Unis et la Syrie se réchauffent mais, cette dernière devient également un acteur incontournable sur la scène régionale moyen-orientale.

Qui aurait parié sur un tel changement il y a quatre ans ?  En 2005, le Premier Ministre libanais Rafik Hariri était assassiné, et la Syrie se voyait très vite accusée d’être impliquée dans l’attentat. La France de Jacques Chirac faisait porter le chapeau à Damas et coupait ses relations diplomatiques avec la Syrie. Les Etats-Unis de leur côté reprochaient à la Syrie de laisser des combattants s’infiltrer en Irak pour combattre le régime pro-américain mis en place. Dans l’Etat de l’Union de 2005, G.W. Bush ajoutait la Syrie à son « Axe du Mal ».

Pour parvenir à un revirement de la situation, il a donc fallu des changements de politique au niveau global mais aussi l’intelligence politique d’un homme, Bachar El-Assad. Lorsque Nicolas Sarkozy est élu en 2007, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour le Président syrien, d’autant plus lorsque son homologue français le courtise afin que la Syrie prenne part à la nouvelle Union pour la Méditerranée. Les relations franco-syriennes se réchauffent au point que Bachar El-Assad est l’invité d’honneur du défilé du 14 juillet 2008 sur les Champs Elysées.

Si sur le dossier libanais, la Syrie adopte un profil bas et se montre coopérative, elle reste intransigeante en ce qui concerne ses relations avec son allié iranien. Sous G.W. Bush, cette alliance écarte toute possibilité de normalisation des relations américaines avec la Syrie. La France tente tant bien que mal de détourner la Syrie de ses amitiés avec Téhéran, mais peine perdue : la Syrie continue d’apporter  son soutien à l’Iran, mais aussi au Hezbollah et au Hamas.

Elu Président des Etats-Unis en novembre passé, Barack Obama inaugure une politique de dialogue avec les pays arabo-musulmans. Bachar El-Assad, fort de ses relations diplomatiques renouées avec la France, pousse alors la Syrie sur l’échiquier régional. Ses atouts : des relations normalisées avec son voisin libanais, un processus de paix lancé avec Israël – bien qu’en suspend, pour ne pas dire sursis depuis l’attaque israélienne sur Gaza – , de bonnes relations avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, ainsi que de bonnes relations entre le Président syrien et le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas.

La Syrie se présente désormais comme un acteur incontournable d’une part sur la question nucléaire iranienne, d’autre part dans un futur processus de paix israélo-arabe, et enfin même en ce qui concerne la querelle inter-palestinienne entre le Fatah et le Hamas. Le rôle de la Syrie n’est pas encore clairement défini, mais une place de choix lui semble en tous cas réservée aux tables de négociations. Pari gagné donc pour le Président syrien.

 

N.J.O.