24/07/2009

Mohammed VI : dix ans de règne

Revue de presse – semaine du 20 au 24 juillet 2009

Ayant accédé au trône à la mort de son père le 23 juillet 1999, le souverain marocain Mohammed VI s’apprête à fêter ses dix ans de règne le 30 juillet prochain.  Le fils d’Hassan II a entrepris de poursuivre la politique d’ouverture initiée à la fin du règne de son père. A 46 ans et après ces dix années à régner sur le Maroc, le bilan est positif pour celui que l’on surnomme « M6 » bien qu’il reste encore de nombreux points noirs au tableau.

Selon Jeune Afrique, les différents projets qu’il a lancé rendent le bilan de ses dix ans de règne « plus que positif, mais d’un poids relatif au regard des chantiers à venir ».

L’agence de presse Belga décrit elle ces premières années de règne comme « une décennie marquée par des réformes importantes et la persistance de points noirs ». Il faut en tous cas reconnaître que le Maroc bouge, en témoigne le « statut avancé » que lui a accordé l’UE le 13 octobre 2008.

Les grands chantiers de ces dix années

Le Premier Ministre Abbas El Fassi explique lors d’une conférence rapportée dans le quotidien marocain Le Matin, que : « La méthodologie adoptée par S.M. le Roi durant une décennie est celle d’un «juriste attaché à garantir une concordance entre droits politiques et droits socio-économiques, sur la base de la réconciliation avec le passé afin de consolider la confiance entre l’Etat et la société et entre toutes les composantes de la nation».

Dans cette perspective, le roi a entamé de grandes réformes sociétales comme l’Instance équité et réconciliation (IER), l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) ou encore la Moudawana (le nouveau code de la famille).

Lorsque Mohammed VI décide de mettre en place une commission pour enquêter sur les violations des droits humains sous le règne de son père, il lève selon RFI un tabou. La commission Instance équité et réconciliation (IER) reste l’un des plus grands succès du nouveau souverain à ce jour, même si 66 personnes sont toujours portées disparues et que sur ordre du monarque, les bourreaux ne sont jamais poursuivis. La Commission a néanmoins contribué à indemniser les victimes des « années de plomb », souligne AFP.

Le quotidien Le Matin se penche quant à lui sur l’INDH qu’il qualifie de « fleuron de la politique sociale de S.M. le Roi ». Mohammed VI a voulu centrer le changement social autour de l’humain, et a entamé sous le titre d’Initiative nationale pour le développement humain, un vaste programme de réforme parmi lesquelles « la rénovation du système éducatif national, la réforme du système de santé et l’élargissement de la couverture médicale, l’accès au logement, la réalisation d’équipements sociaux et culturels ainsi que le développement humain ». Ce programme jouit par ailleurs de nombreux soutiens internationaux.

Le code de la famille est enfin un des grands projets qu’a porté Mohammed VI lors de ces dix premières années de règne. La Moudawana a été réformée en 2004 dans le sens d’une amélioration du statut des femmes, ce qui a provoqué la colère des fondamentalistes. Aujourd’hui, les femmes jouissent de droits quasiment égaux à ceux des hommes, ce qui rend difficile des pratiques comme la polygamie ou la répudiation explique l’AFP.

D’autre part, l’agence Belga souligne que le monarque alaouite a voulu réaffirmé son rôle comme Commandeur des croyants (Amir al-Mouminine) et cela pour mieux contrôler la religion et les fidèles et « empêcher les dérives d’imams intégristes ».

Belga rapporte également que Mohammed VI s’est en outre beaucoup investi dans de grands chantiers comme l’électrification de l’ensemble du territoire, l’amélioration des axes de communication et des réseaux de transports en communs, ainsi que la construction de toutes pièces du colossal port de Tanger Med.

Lacunes

A côtés de ces multiples avancées qu’à connu le Maroc de ces dix dernières années, de nombreux efforts restent encore à faire en matière de justice, de corruption, d’éducation, d’inégalités sociales et de liberté de la presse.

AFP rapporte que « L’indépendance de la justice est régulièrement critiquée par la presse et les ONG marocaines, qui affirment que torture et détentions arbitraires continuent ».

En matière de corruption, RFI rapporte que « Transparency International classe le Maroc à la 80e place sur 177 pays ». Ce problème semble en outre prendre de l’ampleur ces dernières années.

Du côté de l’éducation, RFI souligne que, malgré un programme d’alphabétisation intensive, 40 % de la population est encore analphabète.

L’agence Belga souligne en outre la disparité des situations sociales dans un Maroc où « la misère la plus noire côtoie souvent l’opulence la plus insolente ». Le pays se range en effet à la 126e place dans le rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement).

Enfin, la liberté de la presse est enviable par rapport à d’autres voisins arabes, selon AFP, mais n’est respectée qu’à condition qu’on ne porte pas atteinte à la religion officielle (sunnite malékite), à la monarchie, ou encore à l’intégrité territoriale.

La discrétion internationale

Autant l’intérêt du monarque est grand pour les grands chantiers et les questions sociales propres à son pays, autant son désintérêt l’est pour la politique extérieure.

Le Figaro explique que Mohammed VI déserte les grands sommets internationaux comme le lancement de l’Union pour la Méditerranée à Paris en 2008, ou encore le dernier sommet des non-alignés en Egypte la semaine passée. Par ailleurs, il n’hésite pas à intervenir de manière « peu diplomatique » sur la scène internationale. Ainsi lors du sommet arabe de Doha, le souverain, absent, a envoyé une « lettre assassine » aux autres dirigeants arabes, les tançant sur leur désunion perpétuelle.

Jeune Afrique souligne l’intérêt du roi pour une région délaissée par son père : l’Afrique sub-saharienne. Mohammed VI effectue des voyages réguliers et il n’est pas rare de le voir « parcourir au volant d’un véhicule emprunté les quartiers populaires de Brazzaville ou de Dakar ».

L’hebdomadaire revient d’autre part sur les relations toujours tendues entre le Maroc et l’Algérie. Mohammed VI avait cru pouvoir améliorer la situation mais un de ses proches avoue que « tant que Bouteflika sera là, rien ne sera possible ». Tout en effet sépare les deux hommes : âge, langage, références politiques et culturelles, ainsi que le tempérament. Le souverain entretient au contraire des bonnes relations avec la Mauritanie que le futur devrait voir s’améliorer encore puisqu’un des favoris de M6, le général Ould Abdelaziz, vient d’y être élu.

Les particularités du successeur d’Hassan II

Jeune Afrique consacre sa une à ce « Roi à part ». L’hebdomadaire souligne les particularités du règne de Mohammed VI, souvent aux antipodes de ce qu’était celui d’Hassan II. M6 a ainsi rendu leur liberté d’expression à de nombreuses voix que son père avait fait taire : mouvement indépendantistes sahraouis, républicains…. Le palais royal et sa vie auparavant cachée font aujourd’hui les choux gras de la presse. De son côté par contre, M6 est tout sauf un communicateur et reste très discret sur lui et l’idée qu’il se fait du métier de roi.

Cette discrétion lui vaut de rester une énigme pour beaucoup,  commente l’agence Belga. De son côté, le site Internet de RFI qualifie de « véritable mystère » ce roi qui ne donne que très peu d’interviews à la presse internationale, voire aucune aux journalistes marocains.

Le politologue Mohammed Tozy explique au Figaro que M6 préfère « être aimé que craint », tandis que Jeune Afrique parle du « Père Noël » par rapport au « Père Fouettard » qu’était son père. Mohammed VI entretient un excellent contact avec la population et n’hésite pas à par exemple lui-même distribuer de la soupe aux sans logements à l’occasion du Ramadan. Sa proximité des gens ordinaires lui offre une cote de popularité haute auprès du peuple marocain, à l’inverse de son prédécesseur.

Mais attention, le Figaro fait bien remarquer que « Cette discrétion affichée n’enlève rien à l’étendue de son pouvoir ». Mohammed Tozy explique que «Il n’y a pas eu de rupture en termes institutionnels, la monarchie occupe toujours la même place dans le système politique». Encore loin d’une monarchie parlementaire, on parlerait ici davantage d’une « monarchie exécutive ».

Les proches conseillers de la couronne ont également connu des changements depuis la fin du règne d’Hassan II. M6 préfère lui s’entourer de contemporains qu’il choisit, comme nous l’apprend Jeune Afrique, parmi les anciens du Collège royal et parmi ses amis de jeunesse. Les conseillers traditionnels de la couronne, demeure néanmoins non loin du roi, qui prend également régulièrement les conseils de technocrates en ce qui concerne l’économie du Maroc.

Du côté des finances royales, M6 n’a pas restreint et a même surpassé le train de vie royal de son père. Afrik.com rappelle qu’il a été classé 7e fortune royale du monde par le magazine Forbes. Sa fortune estimée à 500 millions de dollars en 2000 aurait été multipliée par cinq depuis, une richesse choquante pour qui sait qu’ « au Maroc plus de 5 millions de personnes vivent avec moins d’un euro par jour (10 dirhams) et que le pays est classé au 108e rang mondial en terme de richesse par habitant, selon l’Onu », et que  « Par ailleurs, la dette extérieure publique du Maroc en hausse de 10 % sur un an en 2008, est estimée à 16,6 milliards de dollars, soit 20 % du PIB du royaume ».

L’hebdomadaire marocain Tel Quel se penche plus en profondeur sur les finances du roi. On apprend ainsi qu’en 1999, Mohammed VI a hérité d’un holding qu’il a depuis transformé en « véritable machine de guerre économique que rien ne peut plus arrêter ».

Au niveau de sa vie privée, contrairement au harem d’Hassan II, Mohammed VI a épousé Selma Bennani que l’hebdomadaire Jeune Afrique qualifie volontiers de « première dame » et qui, détentrice d’un diplôme d’ingénieur informaticienne, mène de nombreuses actions caritatives.