03/07/2009

Relance de l’Union pour la Méditerranée

Revue de presse – semaine du 29 juin au 3 juillet 2009

Le 25 juin, la première réunion ministérielle de l’Union pour la Méditerranée portant sur le développement durable s’est tenue à Paris. Pour nombre de participants à cette réunion, il s’agit d’une « relance » du processus d’UPM même si l’union doit toujours faire face à des défis colossaux.

Une Union pour la Méditerranée bloquée depuis l’hiver

Lancée lors du Sommet de Paris du 13 juillet 2008 en grandes pompes, l’Union pour la Méditerranée s’était vue bloquée avec l’opération israélienne sur Gaza durant l’Hiver, les participants arabes ne souhaitant pas reprendre le dialogue dans une situation de guerre entre Israël et Gaza. En effet dès sa création l’UPM a soulevé une question de « méthode » déterminante : faut il régler le conflit israélo-palestinien pour permettre la constitution de l’UPM ou doit-on faire fonctionner l’UPM dès à présent afin de favoriser la paix au Proche Orient ?

«Les projets ne suffisent pas» critique Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la région sur le site Euractiv. «Ce n’est pas de cette manière que l’on mettra un terme au conflit israélo-palestinien», «ce dossier se règlera d’abord par le politique», explique-t-il sur Euractiv.
De son côté, N. Sarkozy avait dressé un parallèle entre le lancement de l’Union pour la Méditerranée et celui de l’Union européenne,  évoquant la CECA en tant que projet concret qui a permis un rapprochement européen. Le chercheur rappelle «que la CECA est un projet qui n’a pu être initié qu’une fois un accord politique conclu entre la France et l’Allemagne». «C’est le politique qui précède les projets, conclut-il, et non l’inverse.»

Après Gaza, relancer la coopération

Reprendre le projet d’UPM malgré les affrontements de Gaza des mois derniers et une tension palpable entre les partenaires arabes et Israël était le défi qui attendait les membres de l’UPM ce 25 juin à Paris.

Le Monde salue la capacité franco- égyptienne (l’UPM est pour l’instant co- présidée par les deux pays) à rassembler le ministre israélien de l’environnement, Gilad Erdan et le ministre de l’économie de l’Autorité palestinienne, Bassem Khouri, avec leurs homologues de l’UPM. C’était la première fois depuis le déclenchement de l’offensive israélienne sur Gaza, en décembre 2008, qu’une telle rencontre avait eu lieu. « Il y a quelques mois, personne n’aurait parié sur nos chances de parvenir à monter une réunion de ce genre. Elle dément ceux qui veulent toujours que tout échoue. On peut dire que l’UPM est relancée » a confié au Monde H. Guaino. »Nous récupérons la dynamique, a ajouté M. Borloo. Les projets vont plus vite que le processus politique. »

Le quotidien marocain Le Matin s’intéresse lui à la volonté d’Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée de faire d’un projet d’adduction et de traitement d’eau à Gaza une « priorité » de l’UPM. « Pour la première fois, on refait une réunion de ministres, donc une réunion politique : la preuve que l’on surmonte, même si c’est difficile, le drame de Gaza ». M. Borloo a précisé que ce projet concernait « environ 20% » des besoins en eau des territoires palestiniens.

Interrogé par l’AFP, le ministre israélien de l’Environnement, Gilad Erdan a considéré la réunion comme un « pas en avant très important ».

Sur le site Euractiv, les acteurs de l’UPM côté français estiment que si le processus a pu être relancé c’est parce que sa « méthode » diffère du  Processus de Barcelone et « parce que (nous) avions changé de paramètre de coopération ». Les réunions du processus de Barcelone rassemblent ambassadeurs et experts alors que celles de l’Union pour la Méditerranée réunissent chefs d’Etat et de gouvernement, un « atout précieux », selon Gilles Mentré.  Un point de vue partagé par le président de l’Institut du monde arabe, Dominique Baudis qui explique à Euractiv que « c’était une erreur de lancer le processus de Barcelone simplement à un niveau ministériel. Quand l’initiative est prise au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, l’impact politique est plus fort.»

« Nous avons discuté de la nécessité de réactiver l’Union pour la Méditerranée dans ses aspects techniques et sectoriels », a déclaré M. Aboul Gheit. Pour le leader égyptien, il convient aujourd’hui de « réaliser l’idée d’origine de l’UPM, qui n’a pas été conçue pour résoudre le conflit israélo-palestinien ni les conflits entre deux pays, mais pour renforcer le tissu des relations » entre pays riverains de la Méditerranée.

Le développement durable au cœur de l’UPM

L’Express rappelle la dimension quelque peu « apolitique » de cette réunion dans un contexte de tensions politiques et diplomatiques évidentes, le but de la réunion étant de coordonner les politiques nationales des 43 pays membres de l’UPM en matière d’écologie. Quatre enjeux majeurs ont été soulignés: la gestion de l’eau, les transports, l’énergie et le développement urbain. La situation de la région est urgente : avec une des plus fortes croissances du taux d’urbanisation de la planète, le bassin méditerranéen connaît les conséquences d’un stress hydrique  dû à un accroissement de la pression démographique sur le littoral.

« Cette réunion donne une impulsion importante (…) elle nous permet de passer d’un cadre de politique général à la mise en œuvre effective », a de son côté estimé ministre égyptien de l’Industrie, Rachid Mohamed Rachid, qui coprésidait la réunion.

Ver un partenariat énergétique ?

La coopération énergétique a également été au programme de la réunion ministérielle du 25 juin rapporte Euractiv. « Ce ne serait pas la première fois que l’économique, à travers l’énergie, pourrait servir d’effet de levier », a indiqué  Michel Derdevet, directeur de la communication et des affaires publiques du RTE. M. Derdevet faisait en effet référence à la construction de la communauté européenne du charbon et de l’acier, projet qui a constitué la base de l’UE que nous connaissons aujourd’hui.
L’énergie est une question de premier ordre dans la région : 9% de la demande d’énergie mondiale vient du pourtour méditerranéen. La croissance électrique des pays du sud est de 6 à 7% contre 1% pour le nord. « Encourager les pays proches à travailler entre eux a un sens, a ajouté M. Derdevet. Notre interdépendance peut déboucher sur un concept de partenariat énergétique. »

En effet, un grand nombre de projets examinés jeudi sont rattachés au Plan solaire méditerranéen (PSM), qui porte sur les énergies renouvelables, les questions d’efficacité énergétique et d’inter- connectivité entre pays comme par exemple la création de centrales solaires thermodynamiques dans le Sahara permettant d’alimenter  non seulement la rive Sud de la Méditerranée, mais aussi, via des câbles sous-marins, l’Europe (voir notre fiche sur le Plan Solaire Méditerranéen).

Une relance positive qui laisse des questions en suspend

M. Azoulay conseiller du roi Mohammed VI du Maroc a salué ce « redémarrage du dialogue politique et culturel », soulignant sur le site de la Fondation Anna Lindh qu’il « forge la vraie colonne vertébrale de l’UPM et détermine sa légitimité et finalement sa raison d’être ». Selon lui, cette reprise du dialogue « vient opportunément conforter et élargir la nouvelle donne qui se dessine dans la région » depuis le discours en juin au Caire du président américain Barack Obama.

Cette relance a été l’occasion pour certains pays de réaffirmer leur engagement dans l’UPM et le dialogue euro-méditerranéen.  C’est ce qu’à fait le Maroc qui a jugée la relation euro- méditerranéenne « plus pertinente que jamais » et dont la « relance immédiate est plus qu’impérative » via la secrétaire d’Etat marocaine aux Affaires étrangères, Latifa Akharbach auprès de l’AFP. Cette dernière a déclaré que l’engagement du Maroc s’expliquait par le désir de « fonder une relation chaque fois plus ambitieuse avec l’Union européenne ».

Le journal marocain Le Matin souligne que cette réunion donner lieu à d’autres dans les mois à venir, évoquant une réunion des ministres de l’Environnement à la mi-octobre à Dubrovnik  ainsi que d’autres conférences ministérielles consacrées aux transports puis à l’énergie devant avoir lieu en Egypte et en Grèce d’ici la fin de l’année. Le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires européennes, Gunter Gloser, confirme que la réunion de Paris du 25 juin a démontré que le projet d’Union pour la Méditerranée « n’est pas mort » rapporte Le Matin.

D’après le Ministère des affaires étrangères français, le prochain rendez-vous ministériel est prévu le 7 juillet à Bruxelles : une réunion des ministres des finances de l’Union pour la Méditerranée aura lieu en marge de l’ECOFIN ainsi qu’une réunion au niveau des hauts fonctionnaires.

Cependant, si cette relance mérite d’être soulignée, des blocages restent encore sans solutions.

Euractiv rappelle les difficultés qui existent dans le domaine institutionnel. On sait que le Secrétariat général se situera à Barcelone mais la composition de « l’équipe »  est problématique.  «Tous les pays de la rive sud de la Méditerranée ont été d’accord pour renoncer au poste de Secrétaire général à condition que leur voisin ne l’ait pas », a résumé Dominique Baudis, directeur de l’Institut du Monde Arabe (Paris). La nomination de ce secrétariat général devrait cependant intervenir d’ici la fin de l’année.

La question israélo- palestinienne est bien évidemment toujours d’actualité en tant que barrage à un processus ambitieux. « On ne peut pas faire abstraction de ce conflit israélo-palestinien. Les questions identitaires doivent êtres réglées avant de faire l’UPM », a estimé le directeur de la représentation diplomatique de la Ligue des Etats arabes à Paris, Nassif Hitti. Le risque de voir l’UPM otage du conflit était craint dès sa création et cette crainte s’est révélée parfaitement justifiée l’hiver dernier. « Si on ne retrouve pas l’esprit de Madrid, il n’y aura pas de Barcelone un, deux, ou trois », a ajouté Nassif Hitti. En effet, en 1991, la conférence de Madrid avait favorisé les discussions de paix qui conduisirent aux Accords d’Oslo de 1993 et au traité de paix israélo-jordanien de 1994.
« L’UPM est en difficulté puisque les Etats membres qui la composent sont en panne », a expliqué Asteris Huliaras, professeur associé au département de géographie de l’université Harokopion d’Athènes.

La question du financement qui était restée floue demeure un problème, qui plus est dans un contexte de crise financière mondiale. La Banque Européenne d’Investissement,  chargée du financement des «autoroutes de la mer» et du «plan solaire», a assuré que la crise financière ne changera rien aux financements qui doivent être attribués à ces projets.  Cependant on ignore toujours la teneur de l’engagement de la BEI. Pour certains experts, la crise pourrait même servir l’UPM en poussant davantage de projets à recourir à des partenariats public-privé, l’une des formes de financement privilégié, envisagée dans le cadre de l’UPM. Cependant, pour l’ensemble des projets de l’UPM, les besoins sont estimés à 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années. Or les 43 n’ont encore débloqué que 23 milliards d’euros. Du côté de l’Union européenne, l’Allemagne a réitéré ses mises en garde et a fixé des limites : l’UPM ne devra pas bénéficier de budgets supplémentaires par rapport au processus de Barcelone.

Autre obstacle au bon fonctionnement de l’UPM, les dissensions que connaît également la rive nord. En effet, Euractiv rappelle les tensions engendrées par les accords de la France qui, malgré les présidences tournantes de l’UE, reste co-présidente de l’UPM.  Après s’être mise d’accord avec les présidences tchèque et suédoise pour conserver la tête de l’UPM, la France vient de faire de même avec la future présidence de l’UE espagnole. Or dans une lettre adressée à son homologue espagnol, le ministre des Affaires étrangères belge, Karel de Gucht se dit choqué par cette nouvelle alliance. Le spécialiste de la Méditerranée Pierre Bekkouche estime que la lettre du ministre belge des Affaires étrangères confirme que l’UPM est bien un enjeux qui concerne tous les pays européens, et pas seulement les Etats qui bordent la Méditerranée. «C’est un vrai sujet de discussion, souligne-t-il. Ce n’est pas une question d’axe franco-espagnol.» L’image d’une UPM trop « franco-française » ne s’est donc pas estompée depuis sa création.