24/07/2009

Une main de fer dans un gant de velours

A la mort de son père Hassan II le 24 juillet 1999, Mohammed VI montait sur le trône. LeMaroc s’apprête donc à fêter les dix années de règne du roi la semaine prochaine, ce qui donne l’occasion de nombreuses rétrospectives sur cette première décennie. La rupture avec l’époque d’Hassan II est bien réelle. Néanmoins ceux qui seraient tentés de voir en son fils un souverain effacé ou laxiste sont loin de la vérité. Sous ses dehors de souverain moderne, proche du peuple, voire « cool », celui que l’on surnomme « M6 » mène le pays d’une main de fer.

Au vu de la discrétion dont fait preuve le jeune souverain, il est souvent difficile de discerner sa vraie nature. N’accordant que très peu d’auditions à la presse, cette dernière doit se contenter de le comprendre à travers ses actes. Ainsi on peut voir un roi qui fréquente beaucoup plus volontiers les associations et chantiers du Maroc, qu’il ne dispense de beaux discours lors de cérémonies ampoulées. Le monarque n’hésite pas non plus à retrousser sa chemine si nécessaire. Il dénigre par ailleurs la scène internationale, dont les réunions et les déclarations peuvent lui paraître des pertes de temps. Peu de paroles mais des actes qui montrent un souverain très terre à terre.

Tout aussi déterminé que l’était son père, Mohammed VI préfère la méthode douce. Ainsi sa popularité lui donne les instruments nécessaires à l’implémentation de ses réformes et de ses projets. On l’a vu imposer de la sorte un nouveau code de la famille – la Moudawana – malgré les protestations de la frange ultraconservatrice de la population, ou encore mettre en place une commission sur les exactions aux droits de l’Homme sous Hassan II au détriment parfois de l’ancienne intelligentsia entourant la couronne. Le peuple l’aime et le soutient, peu importent donc les politiciens et autres dignitaires lorsque le souverain décide de changer les choses.

Etrange par rapport à une personnalité qu’on perçoit rigoureuse, le train de vie du monarque est loin d’être austère. Il se range parmi les souverains les plus fortunés au monde et la presse ne se prive pas pour révéler les fastes du palais. Outre les richesses héritées,Mohammed VI a les qualités d’un businessman, ce qui lui a permis de quintupler les avoirs de la couronne en dix ans. Or, à côté de cela, une part importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté dans un Maroc à deux vitesses. Etonnement, ce mode de vie fastueux ne porte pas atteinte à la popularité du roi.

Entre discrétion et détermination, douceur et fermeté ou encore intérêt réel pour les indigents et train de vie luxueux, les antinomies royales sont légions et perdent ceux qui tenteraient de circonscrire la personnalité de Mohammed VI. A la manière d’un monarque éclairé, il offre au pays ce qu’il pense être bon pour lui. En dix ans, il a ainsi mené le Maroc sur la voie de l’ouverture et de la modernité, mais sans faire grand cas des pratiques démocratiques.  Malgré certaines apparences, le roi règne et continue de gouverner.

 

N.J.O.