14/08/2009

Ankara aborde la question kurde

(Revue de presse – semaine du 10 au 14 août 2009)

Le Monde et le Figaro l’ont annoncé cette semaine :  le chef du PKK, Abdullah Ocalan s’apprête à publier le ce samedi 15 août depuis l’île-prison d’Imrali, « une feuille de route » pour conclure une paix durable entre le gouvernement turc et les Kurdes.
Le choix de la date est symbolique puisque comme le rappelle Guillaume Perrier, envoyé spécial du Monde dans le Sud-Est turc, c’est le 15 août 1984 que les premières attaques du PKK ont été lancées simultanément depuis Simdinli près de la frontière turco-irakienne,  et depuis Eruh situé plus à l’Est.

Le Monde rappelle aussi dans un autre article que le mouvement a abandonné ses revendications séparatistes pour se rabattre sur une reconnaissance de « droits culturels et d’une autonomie politique ». L’annonce du leader historique du PKK a été entendue par Ankara, un dialogue se met progressivement en place.

De son côté, le Figaro rappelle que c’est cette année l’anniversaire des 25 ans de lutte du PKK. Dans le Sud-Ouest de la Turquie, les partisans du parti d’Ocalan restent nostalgiques en se rappelant de ces années d’espoirs de sacrifices. Mais comme l’a déclaré le maire d’Eruh, Melihan Oktay, « le sang a assez coulé, le temps est venu de trouver une réponse politique ». Le quotidien souligne tout de même que si le peuple kurde est las de la lutte armée, ses revendications demeurent quant à elles inchangées.
Le quotidien suisse Le Temps rapporte quand à lui les espoirs d’Abdullah Demirbas, maire de la municipalité de Sur, dans le centre ville de Diyarbakir : « Les événements actuels sont positifs. Malgré les nombreuses difficultés, je pense que nous allons vers une solution à la question kurde. Toutes les conditions sont réunies : le peuple veut une solution, le PKK aussi, la société civile, nos voisins du Moyen-Orient, l’Union européenne et les Etats-Unis. C’est une occasion historique qui se présente à nous, mais pour cela nous avons besoin de volonté politique. »

Le site anglophone du quotidien Hurriyet, soulignait mercredi la mise en garde d’Ahmet Turk, le président du parti pro-kurde modéré DTP (Demokratik Toplum Partisi), quant à un éventuel échec des pourparlers actuels qui mènerait à de nouvelles frustrations.

Le Courrier International rapporte qu’Ahmet Tûrk a rencontré Recep Tayyip Erdogan le 5 août dernier, ce qui représente une grande première. Le premier ministre turc refusait en effet de dialoguer avec le DTP tant que le parti n’acceptait pas de qualifier de « terroriste » le PKK. Le Courrier International souligne un autre fait marquant : Yalcin Akdogan, conseiller d’Erdogan et travaillant depuis 5 ans sur la question kurde, était présent durant l’entretien. Pour trouver une solution, Yalcin Akdogan prône trois choses : le lancement d’un processus, plutôt que l’établissement d’un dispositif de lois, Abdullah Ocalan peut contribuer à la solution mais ne peut être partie aux négociations, des propositions « provocatrice ou radicales » peuvent mettre le processus en échec.

Selon le Monde pourtant, la politique du premier ministre Erdogan n’est pas claire. Ce dernier ne fait que reconnaître la « possibilité d’une meilleure compréhension à moyen et long terme ». Si la reconnaissance de droits culturels au peuple kurde semble être sur la bonne voie, l’amnistie des combattants du PKK n’est pas encore envisagée. Or il s’agit de plusieurs milliers de militants kurdes qui se cachent encore actuellement dans les montagnes du Nord-Est du Kurdistan irakien. Le Monde rappelle enfin que les opérations «antiterroristes » continuent à être menées conjointement par Ankara et Washington pour affaiblir la guérilla.

Le processus enclenché dernièrement porte à la fois des espoirs et des craintes.
Hurriyet et le Monde parlent d’une réunion entre les représentants kurdes et Tusiad, l’association des patrons turcs. Différents segments de la société sont cette fois-ci intégrés dans les discussions et le seront dans les éventuelles solutions trouvées. Mais si le dialogue est enclenché, rares sont les optimistes quant au changement des mentalités.

Ainsi, dans Hurriyet également, l’éditorialiste Ertugrul Ozkok se pose la question de savoir si un Turc élirait un jour un Kurde – qui se revendique comme tel – à la présidence de la République. Un tel changement s’est révélé possible aux Etats-Unis, qui 15-20 ans après une vague de racisme, a vu le premier afro-américain être élu à la Maisons Blanche. La réponse qu’il donne est claire. Selon lui, en Turquie, les Kurdes continueront dans un avenir proche à voter pour des Kurdes, et les Turcs pour des Turcs.  Selon lui, une révolution « à la Obama » n’est pas encore d’actualité en Turquie et le changement est une fois de plus relayé dans le futur.