14/08/2009

Pour que les Kurdes « descendent de la montagne »

A la fin du mois de juillet dernier, le leader historique du PKK, Abdullah Ocalan, a annoncé qu’il divulguerait une « feuille de route » le 15 août pour parvenir à une paix définitive entre le gouvernement turc et les militants du PKK. Depuis quelques semaines, un processus a été enclenché et suscite quelques espoirs. Les parties semblent cette fois-ci de bonne volonté et surtout impatientes d’en finir avec les actualités violentes.

Côté kurde, la stratégie de la lutte armée a vécu pendant vingt cinq ans, sans grands résultats. Depuis quelques années déjà, les militants du PKK semblent prêts à lâcher les armes. Le Parti a abandonné ses visées séparatistes, pour ne revendiquer qu’une reconnaissance des droits culturels du peuple kurde, ainsi qu’une autonomie politique. Jusqu’à présent néanmoins, l’écho n’était pas positif côté turc. Ce silence d’Ankara avait provoqué la recrudescence des actions du PKK depuis le refuge des montagnes du Kurdistan irakien. La riposte ne se fit pas attendre du côté turc.

Pour évoluer, la question se devait donc d’être traitée dans l’enceinte politique. L’Union Européenne, veillant au respect des minorités a toujours soutenu un tel processus. Néanmoins depuis quelques années, le processus d’adhésion de la Turquie dans l’Europe a ralenti, ce qui n’incite pas Ankara à faire des progrès.

Les Kurdes ne sont pas prêts à faire de grandes concessions, la déclaration d’Ocalan confirmera sans doute leurs revendications. Et si la reconnaissance de droits culturels au Kurdes est aujourd’hui bien acceptée par la majorité des Turcs, il en sera certainement différemment de l’autonomie politique. Quant à l’amnistie pour les membres du PKK, elle est envisagée par certains, comme le conseiller d’Erdogan sur la question kurde, Yalcin Akdogan, mais sera-t-elle acceptée par d’autres franges plus nationalistes de la population ?

La machine est donc lancée, mais les deux parties marchent aujourd’hui sur des œufs. Pour que la guérilla kurde « descende de la montagne » et pose ses armes, Ankara devra œuvrer intelligemment. Tandis que du côté de l’Union Européenne, c’est le moment où jamais d’encourager le mouvement en reprenant plus activement les négociations d’adhésion avec la Turquie.

Nathalie Janne d’Othée