07/08/2009

Sixième congrès du Fatah

Revue de presse – semaine du 3 au 7 août 2009

Mardi, le Fatah a entamé son sixième Congrès depuis sa création, le dernier ayant eu lieu en 1989. 2350 délégués étaient attendus pour l’occasion afin de faire le point sur les structures et lignes stratégiques de l’organisation créée il y a cinquante ans par Yasser Arafat.

Sous les pressions américaines, Israël a délivré des visas à quelques 400 délégués du Fatah issus de la diaspora. Parmi ceux-ci, certains n’ont jamais mis un pied dans les territoires palestiniens. D’un autre côté par contre, le Hamas a empêché quelques centaines de délégués du Fatah de la Bande de Gaza de se rendre au Congrès sous peine d’emprisonnement, et cela malgré l’offre in extremis de Mahmoud Abbas de libérer des prisonniers du Hamas.

PNN (Palestinian News Network) rapporte les mesures de sécurité qui marquent la vie de la petite ville de Bethléem à l’aube du Congrès du fait des tensions existantes au sein même du Fatah où certaines personnes n’ont pas été invitées pour des raisons politiques mais aussi de place.

Les enjeux de la rencontre sont grands, comme le confie Sofiane Abu Zaida à RFI : « LeFatah n’a pas de direction, pas de programme et pas de stratégie. C’est pour cela que ce congrès est si important : pour nous permettre de clarifier notre idéologie et remettre le parti en état de fonctionner ». Et pourtant d’après un sondage effectué par PNN, peu de Palestiniens pensent qu’un réel changement en découlera.

RFI explique que les deux instances dirigeantes du Fatah doivent être renouvelées : le Comité central (18 sièges) et le Conseil révolutionnaire (120 sièges). Lors de ce Congrès on s’attend ainsi à assister à la consécration de Marwan Barghouti, candidat au Comité central mais toujours retenu dans une prison en Israël où il a été condamné cinq fois à la perpétuité suite à son rôle dans la seconde Intifada. Un autre retour est également prévu, celui de Mohamed Dahlan, ancienne personnalité en vue à Gaza et réputé proche des Etats-Unis .

Les fractures internes du Fatah

Interrogé par la RTBF, le Professeur Bichara Khader explique la double fracture dont souffre aujourd’hui le Mouvement de Libération Nationale de la Palestine (Harakat Al Tahrir al watani al Filistini, dont l’acronyme inversé, Fatah, a donné son nom au parti).

La première fracture oppose ceux qu’on appelle « la jeune garde » du Fatah, que RFI qualifie de la « génération de l’Intifada », à la vieille génération des fondateurs du mouvement, issus de l’entourage de Yasser Arafat. Les jeunes reprochent aux anciens leur gestion désastreuse du parti qui a mené la situation actuelle avec  Israël, mais également à la victoire du Hamasen 2006.

La deuxième fracture se remarque entre Palestiniens des territoires et Palestiniens de l’exil. Sur la RTBF, Bichara Khader note que les premiers sont souvent plus pragmatiques, connaissent mieux la situation et l’adversaire, contrairement aux Palestiniens vivant dans les pays arabes souvent plus radicaux. Le Monde explique cette division par le fait que les Palestiniens de l’extérieur étaient les premiers à « repalestiniser » le mouvement de résistance en créant le Fatah, alors que les Palestiniens de l’intérieur restaient immobiles face aux avancées sionistes. En 1994, l’OLP chapeautée par Yasser Arafat s’installe dans les territoires occupés et la rupture s’élargit avec une diaspora qui se sent souvent négligée.

Toutes les têtes sont tournées vers Mahmoud Abbas : va-t-il réussir à réunifier le mouvement ? Bénéficie-t-il du soutien de la majorité ?

Dans l’opposition « jeune garde » contre « vieille garde », le Figaro explique que Mahmoud Abbas a choisi les jeunes, les militants des deux intifadas de 1987 et 2000. Ils connaissent la réalité du conflit et ont pour la plupart séjourné dans les geôles israéliennes. Ils sont plus pragmatiques et moins corrompus que les Anciens.

Opposée à cette tendance, la « vieille garde » est menée par Farouk Qaddoumi, le président du Comité Central rapporte RFI. D’orientation plus « dure » que les jeunes, ils craignent le pouvoir de ces derniers, mieux implantés localement. Ce sixième congrès est le premier à se dérouler dans les territoires palestiniens (les précédents avaient eu lieu dans d’autres pays arabes), signe de la volonté de Mahmoud Abbas de « recentrer le mouvement sur cette génération ancrée dans les territoires palestiniens, contre la volonté des « historiques » de la diaspora. »

Comme illustration de ces fortes divisions, le Monde relaye l’accusation portée par Farouk Qaddoumi envers Mahmoud Abbas, lui imputant un complot contre la personne de Yasser Arafat.

AFP (dans La Libre Belgique) rapporte le mea culpa prononcé par Mahmoud Abbas lors de l’ouverture du congrès. « En raison du blocage du processus de paix, mais aussi à cause de nos erreurs, certains de nos comportements rejetés par le public, notre faible performance, notre éloignement du pouls de la rue et notre manque de discipline, nous avons perdu les élections législatives (en 2006) et ensuite avons perdu Gaza », a déclaré M. Abbas devant les délégués de son parti à Bethléem.

Ces excuses n’ont pourtant pas suffi à écarter les attendues demandes de comptes de la « jeune garde » quant à la gestion financière du Fatah depuis son dernier Congrès il y a vingt ans souligne RFI.

Querelles intra-palestiniennes : Hamas-Fatah

Depuis la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006, le Fatah est en perte de vitesse au sein de la population palestinienne. Les questions posées au Congrès relèvent surtout de l’attitude à adopter pour faire face à la déferlante islamique.

Comme le souligne le Professeur Khader sur la RTBF, il est vain de croire à une réconciliation proche entre le Fatah et le Hamas, vu que les six rounds de négociations menés sous la houlette de l’Egypte n’ont rien donné.

Le Monde résume bien le problème : le Hamas est né dans les territoires et continue la lutte armée sans reconnaître explicitement l’existence d’Israël. Face à lui, le Fatah est un mouvement issu de l’exil, qui a mis du temps a trouvé une assise locale, et qui depuis Oslo a choisi de privilégier l’option de la négociation. Or, cette dernière n’a jusqu’ici pas porté de fruits.

Le Courrier International explique qu’en intégrant l’Autorité Palestinienne, le Fatah s’est écarté de son identité première. Souvent réduit comme parti au pouvoir à mettre en place des mesures nées des négociations avec Israël, le Fatah ne tient aujourd’hui sa légitimité que de son rôle de « partenaire de paix ».  D’autre part le Hamas bénéficie de soutiens régionaux beaucoup plus solides que ceux du Fatah. Seuls l’Egypte, la Jordanie et d’autres Etats qualifiés de « modérés » semblent apporter leur soutien au mouvement de Mahmoud Abbas, et cela pour obéir à Washington. Si les Etats-Unis décident maintenant d’engager le dialogue avec le Hamas, quels seront ceux qui soutiendront encore le Fatah ?

Résistance vs. Négociations , lutte armée vs. Résistance pacifique

Face aux choix stratégiques du Hamas, le Fatah doit clarifier ses propres lignes de conduite dans le conflit : lutte armée, résistance pacifique, négociations… ?
L’agence palestinienne Maan News rapporte que Mahmoud Abbas a ouvert la session du Congrès mardi en réaffirmant que  même si la paix était leur choix, la résistance reste un droit, reconnu légitime par le droit international.

Il a également rajouté : « Nous ne somme pas des terroristes, et nous rejetons toute description de notre lutte légitime comme du terrorisme, C’est notre position ferme et permanente », a rapporté l’AP (dans La Libre Belgique).

Dans le Monde, Mahmoud Abbas déclare l’attachement des Palestiniens « à l’option de la paix et des négociations ». Le quotidien français explique comment la « lutte armée » est désormais peu utilisée au profit du terme plus générique de « résistance », mais que ce n’est pas pour autant que le terme disparaitra de la charte du mouvement. Si le Fatah supprime officiellement cette option, il abandonne en effet complètement ce type de lutte au Hamas et risque d’encore perdre du terrain.

Néanmoins la préférence du chef de l’OLP va aux négociations et à la résistance pacifique comme en atteste le NY Times qui explique que le dirigeant palestinien encourage le développement la résistance sous forme de protestations populaires ou de manifestations. Parlant de la même chose, le Professeur Bichara Khader emploie lui le terme plus précis de « désobéissance civile ».

Le Courrier International résume bien finalement l’enjeu de ce choix stratégique et le dilemme qui se présente à Mahmoud Abbas : « Pour conserver sa place sur l’échiquier régional et international, il faudrait qu’il se présente comme une force « modérée » attachée à un processus de paix inexistant et risquer ainsi de perdre encore plus de sa légitimité aux yeux du peuple ».