(Revue de presse – semaine du 21 au 25 septembre 2009)

Dimanche seront lancés les VIe jeux de la Francophonie, qui auront cette année lieu à Beyrouth du 27 septembre au 6 octobre prochains. Le site Internet des Jeux(http://jeux.francophonie.org/ ) annoncent la participation de plus de 3000 ressortissants de plus de 70 pays francophones. Créés en 1987 et organisés tous les quatre ans, les Jeux de la Francophonie allient de manière originale compétitions sportives et événements culturels avec pour point commun la langue française.
Dans la zone Euromed, les pays faisant partie de la francophonie sont les suivants: la Belgique, l’Egypte, la France, la Grèce, le Liban, le Luxembourg le Maroc, la Mauritanie, Monaco, la Suisse et la Tunisie.

L’absence de l’Algérie est remarquable. Sur son blog, Gilbert Grandguillaume,  auteur de« Francophonie et Mondialisation » explique cette absence par l’ambivalence que représente la langue française dans ce pays, revêtant des aspects à la fois sociaux, politiques, culturels et identitaires. Au IXe sommet de la Francophonie à Beyrouth en 2002, le Président Bouteflika, invité personnel du Président Libanais avait prononcé un discours sur l’ouverture de l’Algérie sur le monde extérieur, mais cette démarche ne s’était pas accompagnée d’une adhésion à l’organisation, l’opinion algérienne n’y étant pas encore préparée.

Tels que détaillés sur le site internet, les objectifs des Jeux sont multiples : « contribuer à la promotion de la paix et du développement à travers les rencontres et les échanges entre jeunes francophones ; permettre le rapprochement des pays de la Francophonie et constituer un facteur de dynamisation de sa jeunesse en contribuant à la solidarité internationale dans le respect de l’égalité des genres ; faire connaître l’originalité des cultures francophones dans toute leur diversité et développer les échanges artistiques entre les pays francophones ; favoriser l’émergence de jeunes talents artistiques francophones sur la scène artistique internationale ; contribuer à la préparation de la relève sportive francophone en vue de sa participation à d’autres grands évènements sportifs ; contribuer à la promotion de la langue française.

La couverture médiatique des jeux est pourtant inégale selon les pays participants. Ainsi sil’Orient le jour libanais ou le Matin marocain consacraient plusieurs articles aux Jeux cette semaine, les quotidiens belges francophones la Libre Belgique et le Soir, les quotidiens suisses francophones le Temps et la Tribune de Genève, ainsi que les quotidiens français Le Monde, le Figaro et Libé n’en parlaient peu ou pas du tout. Peut-être les quotidiens européens annonceront-ils l’événement que dans leurs éditions du weekend, mais on peut néanmoins remarqué un faible intérêt pour l’événement.

Le site d’information Swissinfo.ch analyse ce manque de visibilité des Jeux de la francophonie. Il souligne que «  contrairement aux jeux du Commonwealth, leur pendant anglo-saxon, dont la première édition date de 1930, les Jeux de la Francophonie n’ont jamais réussi à conquérir le cœur du grand public. Conséquence: les sportifs ou les artistes de premier plan montrent souvent peu d’intérêt à faire le déplacement ». La responsabilité de cet « anonymat » des Jeux de la Francophonies incombent aux pays francophones et plus précisément aux fédérations sportives et aux comités culturels nationaux. Le site d’information note que ces derniers utilisent davantage les Jeux « pour offrir à de jeunes athlètes peu connus la possibilité de faire leurs premiers pas au niveau international ». Néanmoins à cela il n’y a pas que des mauvais côtés puisque d’après Julien Fivaz, spécialiste confirmé de saut en longueur : « le niveau n’est pas si mauvais que ça. C’est toujours intéressant pour le palmarès de pouvoir remporter une médaille dans une compétition internationale. Et puis, l’ambiance est beaucoup plus décontractée que lors d’autres grands rendez-vous. C’est aussi l’occasion de découvrir d’autres cultures, notamment à travers les soirées musicales et les spectacles. »

Malgré un manque de notoriété, les Jeux de la Francophonie sont une initiative de valeur et haute en couleur, qui gagne à être promue.

 

 

(Press review – week from September 21 to 25, 2009)

Sunday the Sixth games of the Francophonie will be launched and will take place this year in Beirut from September 27 to October 6. The website of Games(http://jeux.francophonie.org/ ) announce the participation of more than 3,000 nationals of over 70 French-speaking countries. Established in 1987 and held every four years, the Games of the Francophonie combine in an original way sports competitions and cultural events with the French language in common.

The Euromed countries belonging to the Francophonie are: Belgium, Egypt, France, Greece, Lebanon, Luxembourg, Morocco, Mauritania, Monaco, Switzerland and Tunisia.

The absence of Algeria is remarkable. On his blogGilbert Grandguillaume, author of « Francophonie et Globalisation” explains this absence with the ambivalence that the French language representents in this country regarding identity, social, political and cultural aspects. In the ninth Summit of the Francophonie in Beirut in 2002, President Bouteflika, personally invited by the Lebanese President, delivered a speech on the opening of Algeria to the outside world, but this approach was not accompanied by accession of the country to the organization. The Algerian opinion seems not yet ready to accept it.

As detailed on the website, the objectives of the Games are multiple: « to contribute to promoting peace and development through meetings and exchanges between young Francophone ; to enable rapprochement of Francophone countries and constitute a factor boosting their youth to contribute to international solidarity in respect of gender equality, to raise awareness about the originality of the French speaking culture in all its diversity and develop artistic exchanges between francophone countries, to promote the emergence of francophone artistic talent on the international art scene, to help to prepare the French sport for participation in other major sports events; to contribute to promote the French language”.

The media coverage of the Games is on the other hand uneven among the participating countries. So if the Libanese l’Orient le Jour or the Moroccan Le Matin devoted several articles to the Games this week, the Belgian French speaking dailies La Libre Belgique andLe Soir, the French-Swiss dailies Le Temps and La Tribune de Genève and the French dailies Le MondeLe Figaro and Libération spoke little or not at all about it. Perhaps the European dailies will announce the event in their weekend editions, but we may nevertheless notice a low interest for the event.

The information website Swissinfo.ch analyses this lack of visibility of the Games of the Francophonie. It underlines the fact that « unlike the Commonwealth Games, their Anglo-Saxon equivalent, whose first edition appeared in 1930, the Games of the Francophonie have never managed to conquer the heart of the general public. Result: the leading athletes or performers often show little interest in participating”. The responsibility for this « anonymity » of the Games of the Francophonie is to attribute to the francophone countries and more specifically to their national sports federations and cultural committees. The news website notes that they use more games « to give young and little known athletes the opportunity to take their first steps at international level ». However this it is not all bad because according to Julien Fivaz, senior specialist in long jump, « the level is not so bad. It’s always interesting for the charts to win a medal in international competition. And then, the atmosphere is more relaxed than in other major events. It is also an opportunity to discover other cultures, particularly through the evenings and musical performances.  »

Despite a lack of visibility, the Games of the Francophonie is a valuable and colorful event which deserves to be promoted.

 

 

Cette année, les Jeux de la francophonie auront lieu à Beyrouth du 27 septembre au 6 octobre. Ces VIe Jeux rassembleront 70 pays francophones pour six compétitions sportives mais aussi des concours culturels.

En Méditerranée plus qu’ailleurs, le français semble perdre du terrain alors qu’il occupait une place de premier ordre notamment au Maghreb, au Liban et en Syrie. Ancien théâtre d’une concurrence franco-anglaise, le pourtour méditerranéen connaît aujourd’hui une influence américaine qui porte un coup fatal à la francophonie. Néanmoins, avec ses enseignes de magasins, ses panneaux, ses médias en français, la francophonie reste à Beyrouth une notion concrète. Par ailleurs, on dit le français en « bonne santé » au pays du cèdre tant au niveau de la pratique que de l’enseignement, de la presse et des publications.

Mais que peut la francophonie dans la région à part faire acte de présence?

Le village des partenaires des Jeux de la francophonie, plateforme entre acteurs économiques, institutionnels, associatifs et artistiques a pour thème le développement durable, sujet résolument en phase avec l’actualité et les priorités de l’Union pour la Méditerranée. Cet attachement n’est pas une surprise : dès 1991, les États francophones ont veillé à faire du développement durable une priorité absolue en adoptant, à Tunis, un plan d’action définissant une stratégie de coopération en matière environnementale dans l’espace francophone. Encourager cet impératif dans une région où ce n’est absolument pas une priorité n’est pas rien.

En outre, dans ce domaine, la francophonie a un message à délivrer, celui du développement fondé sur la diversité culturelle et linguistique et de la promotion de la culture hors de la sphère purement commerciale ou soumise aux seuls principes de libéralisation. En cela, la francophonie est une voix nécessaire et originale  aujourd’hui.

Au niveau politique, la francophonie pourrait à l’avenir constituer une voix alternative
entre celle des Etats-Unis et celle des pseudo « pays voyous » dans la région. En effet,  le sommet de Beyrouth de 2002 avait connu l’émergence d’une affirmation politique francophone en s’opposant à l’invasion américaine en Irak et en approuvant «l’initiative arabe de paix» proposée par l’Arabie saoudite. Les prochains sommets diront si cet élan politique est confirmé.

La francophonie est aussi un symbole. Elle démontre que le Nord et le Sud peuvent vouloir partager une vision commune et rassemble Chrétiens et Musulmans. Elle dépasse les clivages géographiques, religieux ou économiques. Si la francophonie souffre d’une faible visibilité et d’une mission compliquée, sa simple existence contient un message important alors que mondialisation rime souvent avec homogénéisation.

Enfin, le choix même de Beyrouth est un symbole fort. Montrer que la capitale libanaise, pilier de la francophonie, doit être reconsidérée comme une ville «fréquentable» est crucial pour le pays, trop souvent uniquement associé à une zone de guerre. Alors que les touristes reviennent au pays du cèdre, c’est l’instabilité chronique du pays qui fait la une des journaux du monde entier. La francophonie a fait de son côté le pari de montrer le Liban sous un jour meilleur et de le soutenir en en faisant sa capitale pour quelques jours.

Luce Ricard

 

 

This year, what is called “la Francophonie” (the organisation of the French-speaking world) launches sport competitions that will be held in Beirut from September 27 to October 6. This 6th edition will bring together 70 French-speaking countries for six sports competitions but also cultural competitions.

In the Mediterranean area as elsewhere, the French language and culture seem to lose ground while they used to have a preponderant role in a region including Maghreb, Lebanon and Syria. Former field of a Franco-British competition, the Mediterranean is today under a certain American influence, which is fatal to the “Francophonie”. However, with its French shops signs and panels and its French-speaking media, the “Francophonie” in Beirut is a concrete concept. Moreover, French is said to be « in a good shape » in the cedars’ country in terms of practice teaching, media and publications.

Nevertheless, what can the “Francophonie” do in the region except being present?

The “village des partenaires des Jeux de la Francophonie”, a platform between economic actors, institutions, associations and artists is based on the theme of sustainable development, a topic which is in tune with current events and the priorities of the Union for the Mediterranean. This concern is not a surprise: in 1991, the French-speaking States had decided to make sustainable development a priority by adopting, in Tunis, an action plan outlining a strategy for environmental cooperation in the French-speaking world. Promoting this imperative in a region where it is absolutely not a priority is to be taken into account.

In addition, in this area, the “Francophonie” has a message to deliver: the promotion of a development based on cultural and linguistic diversity with a vision of culture beyond the purely commercial field or submitted only to the principles of liberalization. In this, the “Francophonie” is a necessary and original voice to be heard today.
At the political level, the “Francophonie” could be an alternative voice from the U.S. and the so called « rogue States ». Indeed, the Summit of Beirut in 2002 had witnessed the emergence of a French-speaking political statement opposing the U.S. invasion of Iraq and endorsing « the Arab peace initiative » proposed by Saudi Arabia. The next summits will tell whether the political momentum is confirmed.

The “Francophonie” is also a symbol. It shows that the North and the South might wish to share a common vision and it brings together Christians and Muslims. It transcends geography, religions or economics. If the “Francophonie” suffers from low visibility and a complicated mission, its mere existence provides an important message while globalization is often a synonymous of homogenization.

Finally, the choice of Beirut to organize this French-speaking meeting is a powerful symbol. Showing that the Lebanese capital, pillar of the “Francophonie”, must be reconsidered as a city to come to, is crucial for the country, which is still too often associated only to a war zone. While tourists are returning to Lebanon, the chronic instability of the country is still making the headlines worldwide. La “Francophonie” has made, on the contrary, the bet to show Lebanon under another light and to support it by making Beirut its capital for a few days.

Luce Ricard

 

 

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE (8)

Les migrations entre le Maghreb et l’Europe

avec

Prof. Bichara Khader
Directeur du CERMAC (Centre d’Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain) à l’Université Catholique de Louvain.

Lundi 21 septembre 2009,

organisée par le Mouvement européen-Belgique et MEDEA, avec le soutien de laReprésentation de la Commission européenne en Belgique
à la Représentation de la Commission Européenne en Belgique.

Compte-rendu : Nathalie Janne d’Othée.

 

Présentation de l’intervenant

par Nathalie Janne d’Othée, Institut MEDEA.

Le Professeur Bichara Khader nous fait pour la deuxième fois le plaisir d’intervenir dans les Midis de la Méditerranées. La première fois il s’était exprimé au sujet du projet français d’Union pour la Méditerranée, aujourd’hui il parlera des migrations entre le Maghreb et l’Europe.

Le Professeur Khader est professeur à l’Université Catholique de Louvain et directeur du Centre d’Etudes et de Recherche sur le Monde Arabe Contemporain dans cette même institution. Il a par ailleurs été membre du Groupe des Hauts Experts sur la PESC (Commission Européenne 1998-2000) et membre du Groupe des Sages pour le dialogue culturel euro-méditerranéen (Présidence Européenne 2003-2004).

Au nombre de ses publications, se sont récemment ajoutés deux ouvrages : Le monde arabe expliqué à l’Europe. Histoire, imaginaire, culture, politique, économie, géopolitique et L’Europe pour la Méditerranée. De Barcelone à Barcelone (1995-2008), parus tous deux cette année chez L’Harmattan. Au sujet des migrations, le Professeur Khader a coordonné il y a trois ans un ouvrage intitulé Penser l’immigration et l’intégration autrement : une initiative belge inter-universitaire, issu d’un colloque qui a rassemblé différentes universités belges autour de ce thème en 2004.

Présentation du Congrès d’Alicante (anciennement dénommé Congrès de Valence)

par Charles Kleinermann, Secrétaire Général de l’Institut MEDEA

Du 19 au 21 novembre prochains, avec l’aide de l’Institut MEDEA, le Mouvement Européen International organise un Congrès sur l’éducation et les migrations dans le cadre du Dialogue Nord-Sud Méditerranée, initié il y a 5 ans à Malte. Cette initiative vise à parler de Méditerranée entre les rives Nord et Sud, mais sans que le Nord impose son agenda aux partenaires du Sud.

Le Congrès devait initialement se tenir à Valence, mais l’inauguration de la Maison de la Méditerranée à Alicante aux mêmes dates représente une occasion de rassembler plusieurs initiatives allant dans un même sens.

Les organisateurs encouragent vivement la participation à ce Congrès. Toute personne qui souhaiterait exposer ses idées ou initiatives en matière d’éducation et de migration, est invitée à les adresser à l’Institut MEDEA et également à participer au Congrès d’Alicante.

Les migrations entre le Maghreb et l’Europe

Présentation rapide des ouvrages

  • Le Monde arabe expliqué à l’Europe : a été écrit pour les étudiants du Professeur, il répond aux questions qu’ils se posent. Un chapitre y est dédié aux migrations (« Géopolitique des migrations arabes et maghrébines vers l’Europe »).
  • L’Europe pour la Méditerranée : un chapitre y est dédié aux politiques européennes en matière de migrations
  • Penser l’immigration et l’intégration autrement : initiative d’un aristocrate belge qui a financé un colloque interuniversitaire sur les migrations et l’intégration. A cette occasion s’est créé un Consortium interuniversitaire sur l’immigration et l’intégration.

Cette intervention ne traitera pas de l’intégration des immigrés maghrébins en Europe. Le sujet des migrations donne pour l’instant naissance à de nombreux ouvrages : on peut en dénombrer quelques 537 ouvrages parus dans les 27 pays de l’UE sur le sujet.

Cette intervention abordera la géopolitique des migrations dans l’espace méditerranéen, livrant à la fois une analyse du passé, une lecture du présent et une prospective du phénomène migratoire pour les années à venir.

Historique des migrations arabes

Il faut tout d’abord noter que le monde arabe a été une terre d’immigration avant d’être une terre d’émigration. Durant la période coloniale, plus d’un million de Français se sont installés en Algérie.

En ce qui concerne les migrations des populations arabes dans l’histoire contemporaine, trois flux migratoires peuvent être distingués :

1) Migrations vers le continent américain

Ces migrations ont tout d’abord concerné l’Amérique latine : les populations arabes y fuient la domination ottomane et les persécutions après la révolution des Jeunes Turcs. Ces migrants sont surtout des Libanais, des Syriens et des Palestiniens. Paradoxalement, ils sont surnommés « Los Turcos » par les populations locales. Ils ont donné quelques Présidents à l’Amérique Latine. Ces Arabes se sont totalement intégrés dans leur pays d’accueil mais récemment, la 5e génération se prend de nostalgie pour ses origines et essaye parfois de revenir. Cette communauté a développé une littérature spécifique, Adab al Mahjar (Littérature de la diaspora). Elle entretient une solidarité émotionnelle et parfois économique avec le pays d’origine.

Les Arabes ont ensuite émigré en Amérique du Nord. La communauté arabe a donné aux Etats-Unis et au Canada de nombreux scientifiques (dont des Prix Nobel). Il serait par ailleurs intéressant d’analyser la capacité de cette communauté à s’ériger en groupe de pression, en la comparant à d’autres, comme la communauté juive par exemple. Cette dernière constitue un lobby puissant aux Etats-Unis contrairement à la population arabe, et une des réponses est sans doute que les populations arabes ont des contextes d’origine très différents. Ces populations sont majoritairement originaires du Machrek, mais depuis peu le Canada connait une immigration maghrébine.

2) Migrations vers le Golfe

5 à 6 millions de Palestiniens, Syriens, Egyptiens ont émigré pour des raisons économiques dans les pays du Golfe. Il s’agit donc d’une migration des pays arabes pauvres et peuplés vers des pays riches et peu peuplés. Le soutien économique des Palestiniens du Golfe est important pour la résistance palestinienne.

3) Migrations du Maghreb vers l’Europe

Elles commencent déjà avant la première guerre mondiale. Pendant la guerre, les Algériens immigrent en grand nombre en France pour remplacer les soldats partis au front dans les industries. L’immigration algérienne continue dans l’entre deux guerres et est rejointe par une immigration marocaine et tunisienne.

En Belgique, l’immigration maghrébine débute en 1964. Des entrepreneurs belges partaient au Maroc faire la publicité de l’Eldorado qu’était la Belgique. Ils avaient besoin de main d’œuvre et essayaient d’attirer les Marocains dans l’industrie belge.

Les immigrés maghrébins réguliers et irréguliers sont aujourd’hui au nombre de 5-6 millions en Europe. Le chiffre de 2,5 millions est souvent avancé mais ne prend pas en compte les immigrés naturalisés. Si on inclut les clandestins, on peut monter jusqu’à 7 millions. En Espagne, pour deux immigrés réguliers, il y a un immigré irrégulier.

Les 3 phases de l’immigration maghrébine en Europe

Première phase

Les années soixante représentent en quelque sorte l’apogée des migrations maghrébine en Europe. Les réservoirs de l’Est et du Sud Européens sont épuisés. A l’Est, le rideau de fer ne permet plus aux travailleurs de venir à l’Est. En Italie, les travailleurs du Sud préfèrent migrer dans le Nord de l’Italie qui se développe. Les mains d’œuvre turque et grecque sont passablement épuisées. C’est dans ce contexte que des entrepreneurs partent au Maroc et dans le reste du Maghreb pour trouver de la main d’œuvre pour les travaux Difficult, Dirty and Dangerous (DDD – difficiles, sales et dangereux).

L’immigration de cette première phase a des caractéristiques particulières : elle est en grande majorité masculine (95% sont des hommes), jeune (92% ont moins de 25 ans) et analphabète. Le jeune a laissé sa famille dans son pays d’origine et est parti pour gagner de l’argent en Europe. Il vit souvent en collocation avec d’autres travailleurs. Son projet à long terme est d’acheter à son retour un taxi, une petite entreprise, une voiture. 75% de ces immigrés versaient directement leur salaire dans leur pays d’origine.

En 1973, le choc pétrolier et la crise subséquente mettent un frein à cette période d’immigration.

Deuxième phase

L’économie est en panne, la législation devient restrictive en matière d’immigration. On a plus besoin de nouveaux migrants, on ferme donc les portes. Par ailleurs on procède à une politique de regroupements familiaux pour les migrants restés en Europe. Les conséquences sont à la fois quantitatives et qualitatives sur la population immigrée.

Au niveau quantitatif, les femmes arrivent avec les familles ou alors les immigrés retournent chercher une épouse dans leur pays d’origine. En Belgique, la population immigrée double.

Au niveau qualitatif, cette population se féminise, rajeunit et a une dépendance accrue. En effet, les femmes ont des enfants ce qui contribue à un rajeunissement très net, et donc un besoin d’encadrements et de soins. La dépendance des immigrés par rapport à leur société d’accueil augmente puisque sur trois immigrés il n’y a plus qu’un travailleur.

Ce qui change aussi c’est la visibilité de la population immigrée. Avant le travailleur immigré passait sa journée au travail, mangeait, passait éventuellement par un café, souvent fréquenté par d’autres personnes de la même origine que lui et puis allait se coucher. Désormais, les femmes sortent dans la rue et les enfants vont à l’école. La population immigrée entre donc dans l’espace publique.

Cette confrontation va provoquer une peur et en réaction, une stigmatisation de cette population de la part des autochtones. Les immigrés remplacent ces derniers dans les quartiers qu’ils délaissent, ce qui crée une ghettoïsation de facto.

Durant les années 70 et 80, on assiste donc à la montée du sentiment xénophobe vis-à-vis des Maghrébins. Ce sentiment n’est pas propre à cette population mais découle de l’éternelle peur de l’Autre.

Troisième phase

La porte de l’Europe a beau être fermée, l’immigration se poursuit par les fenêtres ouvertes (politique de regroupement familial, politique des visas et immigration clandestine). Tous les pays ne sont pas touchés de la même manière. Ce sont surtout les pays du Sud de l’Europe, Italie et Espagne en tête qui subissent cette troisième phase d’immigration maghrébine.

Ces deux pays, auparavant terres d’émigration, attirent les immigrés du fait du développement de leur économie ainsi que par le développement de leur secteur informel. Les immigrés représentent une main d’œuvre nombreuse et bon marché.

Exemple : Les immigrés marocains en Espagne : ils sont passés de 50 000 à 750 000 en 20 ans et ont été absorbés principalement dans les secteurs hôtelier, de la construction et agricole. L’Espagne ayant connu une hausse du tourisme, le secteur hôtelier a eu un grand besoin d’employé, de même pour le secteur de l’immobilier et la construction. Concernant le secteur agricole, la multiplication des invernaderos (trad. Serres) dans le Sud de l’Espagne nécessite pour la cueillette une main d’œuvre nombreuse et peu d’espagnols acceptent un faible salaire.

L’immigration est donc venue parce qu’il y avait un besoin. Cette nouvelle phase d’immigrés est différente parce qu’elle est constituée d’hommes et de femmes, à 80% alphabétisés, qui ont le sens de l’entreprise et un « goût pour l’aventure ».

La politique européenne en matière d’immigration

Face à ce phénomène, l’Europe légifère mais cela ne suffit pas à freiner l’immigration parce que si le capital ne va pas là où sont les hommes, les hommes vont là où se trouve le capital. L’Europe garde encore une certaine image d’Eldorado mais c’est surtout pour échapper à une situation économique mauvaise, voire à une dictature que les maghrébins sont attirés par le Nord de la Méditerranée.

Pour contrôler cette immigration, l’Europe tente de restreindre l’accès aux visas. La file ininterrompue devant les consulats démontre néanmoins que cette solution n’est pas la bonne. Le Partenariat euro-méditerranéen n’a pas permis d’améliorer la mobilité entre les rives de la Méditerranée. La politique européenne représente un paradoxe entre coopération, discours d’ouverture et ces barrières imposées à la mobilité.

Différentes autres solutions ont déjà été envisagées : la Blue card européenne, l’immigration choisie de Sarkozy, les quotas, les contrats saisonniers. Mais toutes ces politiques n’empêcheront pas l’envie de partir des jeunes maghrébins.

Conclusion

Il est nécessaire de s’interroger sur l’existence d’un facteur d’appel (pull effect) en Europe à ajouter au facteur de répulsion (push effect) présent dans les pays du Maghreb. Il existe pour sûr une demande de migrants dans des secteurs de pointes comme l’ingénierie ou l’informatique, ainsi que dans des professions laissées de côté par les autochtones.

L’économie a besoin des migrants, la société, elle, les refuse. Autrement dit, les entrepreneurs demandent davantage de migrants, les décideurs quant à eux sont tenus par la dépendance à un électorat réticent et des élections régulières.

 

QUESTIONS/ REPONSES

• Une contradiction est présente dans ce discours parce que la raison d’une demande du secteur professionnel pour des travailleurs immigrés tient plus aux conditions de contrat qui peuvent leur être imposée. Et un autre point qui n’a pas été abordé est celui des questions de sécurité et de terrorisme.

Prof. Khader : Il est vrai que les immigrés peuvent rendre précaire la situation des travailleurs autochtones et fragilisent à terme le marché de l’emploi. Les entrepreneurs qui profitent de ce système ont à portée de main une main d’œuvre nombreuse et peu exigeante. Il faut peut-être réfléchir sur les manières possibles de flexibiliser le marché de l’emploi.

En ce qui concerne le terrorisme et la délinquance, il est important de dire que les problèmes des sociétés d’origine rejaillissent sur le théâtre extérieur. Il ne faut tout de même pas aller trop vite en besogne en disant que les problèmes sont dus à l’immigration.

• La Méditerranée est elle-même un espace de migration africain : peut-on différencier ces migrants ? Il ya en effet une contradiction, l’Union Européenne arme et entraine les pays du Maghreb afin qu’ils bloquent les migrations venue du Sud de l’Afrique.

Prof. Khader : Les pays du Maghreb sont en effet devenus des pays de transit. Ils commencent donc à légiférer en la matière. L’Europe leur demande quant à elle de jouer les gardes frontières de l’Union Européenne. En mettant les pays du Maghreb dans ce rôle-là, l’Europe brise des solidarités Sud-Sud. L’agence Frontex a par exemple récemment décidé de former les gardes-côtes marocains pour contenir les boat people. Mais la migration n’est pas un crime. La liberté de circulation est un droit humain, droit qui est pour l’instant bafoué.

• La situation des immigrés Africains dans le Rif marocain est indigne. Il existe une réelle contradiction entre l’idéal que représente l’UE et sa législation en matière d’immigration. La plupart des immigrés ne partiraient pas s’ils avaient de meilleures possibilités dans leur pays d’origine. Il est donc nécessaire de réfléchir les migrations parallèlement au développement.

• Au final, qui sont les responsables et où sont les solutions ? Une anecdote à relever : des crevettes grises pêchées en Mer du Nord sont envoyées au Maroc pour être décortiquées par une main d’œuvre bon marché. Il ne faut donc pas forcément migrer pour être exploité.

• Que se passerait-il si on enlevait toutes les restrictions ?

• L’Algérie a peut-être du mal à contrôler le phénomène migratoire mais elle subit une forte pression de la part de l’Afrique sub-saharienne. Cette question est traitée de manière bilatérale avec l’Union Européenne et non pas dans le processus Euromed.

Prof. Khader : Il y a en tous cas une nécessité d’assurer une véritable liberté de circulation en Méditerranée. L’Union européenne et ses membres doivent appliquer dans un premier temps une politique plus généreuse en matière de visa, par exemple en ce qui concerne la mobilité des chercheurs, professeurs, étudiants…  (voir les résultats du colloque organisé le 6 mars 2007 par l’Institut Medea sur « la circulation des porteurs de dialogue »). Cette politique de visa est d’autant plus choquante lorsqu’on la compare à la facilité avec laquelle les Européens obtiennent des visas dans les pays du Sud Méditerranée. Il faut avant tout une gestion humaine de ces questions.

En osant une vision prospective, il est possible que l’Europe et les pays du Maghreb en aient pour encore 10-15 ans de tensions sur la question migratoire. Après cela, d’une part le Maghreb sera devenu une terre d’immigration pour l’Afrique Sub-saharienne, d’autre part la population maghrébine se stabilisera car le taux de fécondité est déjà en baisse.

En définitive, il n’y pas vraiment de solution, mais une constatation : lorsqu’il y a une différence économique forte au sein d’une région géographique retreinte, il y a migration. Inversement quand on réduit la différence de niveau de vie et de salaire, le phénomène migratoire diminue.

 

Afin d’inaugurer une nouvelle année, les Midis de la Méditerranée ont le plaisir de recevoir pour la deuxième fois le Professeur Bichara Khader, professeur dans le Département de Sciences Politiques de l’Université Catholique de Louvain, et Directeur du Centre d’Etude et de Recherche sur le Monde Arabe Contemporain (CERMAC).

Le Professeur Khader a abordé la question complexe des migrations entre le Maghreb et l’Europe. Retraçant d’abord brièvement l’histoire des migrations, il a expliqué les trois phases des migrations maghrébines vers l’Europe avant d’évoquer certains aspects de la politique européenne en matière d’immigration. Les questions du public ont ensuite porté le débat sur les thèmes de l’emploi, de la sécurité, des paradoxes de la politique européenne en matière de migration et sur les perspectives futures en matière de migration.

Voir notes.

 

To begin this new year, the Midis de la Méditerranée were pleased to welcome for the second time Professor Bichara Khader. Professor in the Department of Political Science at the Catholic University of Louvain-la-Neuve, he is also Director of the Center for Study and Research on the Contemporary Arab World (CERMAC).

Professor Khader addressed the complex issue of migration between the Maghreb and Europe. First briefly tracing the history of migration, he explained the three phases of migration from North Africa to Europe before discussing some aspects of European policy on immigration. The questions from the public then focused the debate on the issues of jobs, security, on the paradoxes of European policy on migration and on the future prospects concerning migrations.

See notes.

 

 

(Press review – week from September 14 to 18, 2009)

The week was rich in events related to the Israeli-Palestinian conflict, some of them made some noise, some did not. We learned that on the one hand Hamas and Fatah have been able to find a common ground through Egyptian mediation, and secondly Egypt also received the Prime Minister Benjamin Netanyahu and urged to resume negotiations with the Palestinians. The publication of the UN report of investigation accusing Israel and Hamas of war crimes and possibly crimes against humanity had large media coverage.

Diplomatic meetings in Cairo

This week Egypt was positioned as a mediator in several rounds of negotiations under way or planned. Indeed, President Mubarak received successively Prime Minister Benjamin Netanyahu and President of the Palestinian Authority, Mahmoud Abbas.
The Egyptian Al Ahram Weekly reports the Israeli newspaper analysis according to which Netanyahu had to get the support of Egypt in its plan to resume negotiations without prior freezing of the colonization. For his part Egypt Minister of Foreign Affairs, Ahmed Abul Gheit, maintains that a complete freeze of colonization over the duration of negotiations will be necessary.

Moroccan Le Matin reported the suggestions of Mubarak for a resumption of negotiations. Besides the freeze on colonization, the Egyptian President stressed on the sensitivity of the issue of colonization in East Jerusalem, for Palestinians but also the entire Arab world. He said that a future Palestinian state should have Jerusalem as its capital. He also urged Israel to lift blockade on the West Bank and Gaza.

As for the interpalestinian negotiations, the events of last week in the West Bank did not bode well. The Jerusalem Post reported that in fact the Palestinian Authority dissolved on Saturday the municipal council of Qalqilya, led by Hamas. The latter found the measure arbitrary and harmful to the ongoing negotiations between the two movements. The AP has justified its act by financial arguments, the expenditure of the municipality having more than quadrupled since 2005.

On Monday, the same Israel daily newspaper announced that Hamas and Fatah have accepted the Egyptian plan for a resumption of interpalestinian negotiations. This plan includes free elections in the first half of 2010, and the division of Palestinian territories in 16 electoral districts: 11 in West Bank (referred to as Judea -Samaria in the Israeli daily), 5 in the Gaza Strip. The vote will receive a check from representatives of Western and Arab countries to ensure transparency.

These likely new elections raise again the question of recognition of results by Europe. On his blog « L’Orient indiscret, » the Figaro reporter Georges Malbrunot recounts the meeting of the former French Minister of Foreign Affairs with Hamas representatives in Geneva. He took the opportunity to emphasize that « France and Europeans more generally, do not know how to « treat the problem of Hamas.” Europe refuses to speak with an Islamist movement, but understands that not to speak with it just help to harden and strengthen it. The opinion of Hubert Védrine, and other diplomats, is that it is necessary to talk with Hamas because, as he said, « Democracy was invented to talk with people who do not agree with your opinion.”

Report Goldstone

The mission of the United Nations headed by the judge of South Africa presented its report Wednesday on the events that took place in Gaza in December and January, but also before and after the Israeli operation “Cast Lead”. The report accuses Israel and the Hamas of war crimes or crimes against humanity.

France 24 details the alleged acts for both parties. Israel is accused of a disproportionate use of force and of violating international humanitarian law. Hamas is accused of firing rockets into areas where civilians lived. In the video of the news channel, judge Goldstone also said, « It cannot be any peace process if people do not confront the truth, if they do not confront the facts and if the victims are not recognized.”

The Israeli government reacted promptly to the publication of this report: « a prize to terrorism », « a mockery of history”and «a summary, political, anti-Israeli trial” as reports an article in La Libre Belgique. Accusing the commission of bias, the Israeli government noted that the report « marginalizes the fact that Hamas is behind the war. »

In this connection, in his blog « Nouvelles d’Orient« , the journalist of Le MondeDiplomatique, Alain Gresh comes back on the findings of the report for the period between the cease-fire agreement reached in June the 18th between Israel and Hamas and the beginning of the Israeli offensive. The survey makes it clear that Israel did not respect its commitments to open the crossing points and maintained a policy of blockade on the Gaza Strip. Regarding the cease-fire, it was more or less respected by both parties until an Israeli incursion in November the 4th which provoked an escalation of violence between Hamas and Israel. These facts show that it is Israel which first broke the terms of the cease-fire and not Hamas as claimed by the Israeli government.
On the other hand, another video posted on the Information website, France 24, reported accounts given by Israeli soldiers and collected by the organization Breaking the Silence. They say they have repeatedly used Palestinian civilians as human shields in areas at risk. But Israel has often accused Hamas of using this technique during the events of December and January, justifying the fact that civilians are affected by the offensive.

In an editorial written in the New York Times, Judge Richard Goldstone underlines that although Hamas is guilty of meddling in the civilian population to hide, the Israeli army has not taken enough measures to avoid harming the civilians. He also regrets that none of the two parties had conducted serious investigations into the actions of their forces. That is why the international community has a role to play. If local authorities are not able to establish justice for civilian victims, foreign governments must act. International justice can be done through various channels, including the International Court of Justice.

Given the risk implied by the establishment of an international court with jurisdiction on what happened in Gaza, the Israeli government decided to launch a counter offensive. La Libre Belgique reports that Prime Minister Benjamin Netanyahu, Minister of Defense, Ehud Barak, Foreign Minister Avigdor Lieberman and President Shimon Peres will contact their foreign counterparts to convince them not to implement the report Goldstone. Their argument is as follows: « The report establishes a precedent that will complicate the fight against terrorism around the world. »

Renee-Anne Gutter, journalist for La Libre Belgique added that the report and its aftermath will not facilitate the mission of U.S. envoy to the Middle East, who will visit the region this weekend to mediate in the issue of freezing Israeli colonization of the occupied territories. In this connection, a video by the Israeli Channel 2 and published on the English site ofHaaretz newspaper said that according to Netanyahu a freeze on colonization will not be in question, despite the American demands.

 

 

(Revue de presse – semaine du 14 au 18 septembre 2009)

La semaine a été riche en événements reliés au conflit israélo-palestinien, certains ont fait du bruit, d’autres pas. On a ainsi appris que d’une part le Hamas et le Fatah avaient pu trouver un terrain d’entente grâce à la médiation égyptienne, et que d’autre part l’Egypte a également reçu le Premier Ministre Benjamin Netanyahou et l’a exhorté à reprendre les négociations avec les Palestiniens. Plus médiatisé fut ensuite la publication du rapport d’enquête de l’ONU accusant Israël , et le Hamas , de crimes de guerre et voire de crimes contre l’humanité.

Chassés-croisés diplomatiques au Caire

Cette semaine l’Egypte s’est positionné en médiatrice dans différents cycles de négociation en cours ou à venir. En effet, le Président Moubarak recevait successivement le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, et le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas.

L’hebdomadaire égyptien Al Ahram Weekly, rapporte les analyses de journaux israéliens selon lesquels Netanyahou venait pour obtenir le soutien de l’Egypte à son plan de reprise des négociations sans gel préalable de la colonisation. De son côté le Ministre des Affaires Etrangères égyptiennes Ahmed Abul Gheit soutient qu’un gel total de la colonisation pendant la durée totale des négociations sera nécessaires.

Le Matin marocain rapporte les suggestions de Moubarak concernant une reprise des négociations. Outre le gel de la colonisation, le Président égyptien a insisté sur la sensibilité de la question de la colonisation de Jérusalem Est, pour les Palestiniens mais aussi pour l’ensemble du monde arabe. Il a déclaré qu’un futur Etat palestinien devrait avoir Jérusalem comme capitale. Par ailleurs, il a appelé Israël à lever les blocus sur la Cisjordanie et Gaza.

Du côté des négociations interpalestiniennes, les événements de la semaine passée en Cisjordanie n’auguraient rien de bon. Le Jerusalem Post rapportait en effet que l’Autorité Palestinienne avait dissout samedi le conseil municipal de Qalqilya, dirigé par le Hamas. Ce dernier a jugé la mesure arbitraire et nocive pour les négociations en cours entre les deux mouvements. L’AP a justifié son acte par des arguments financiers, les dépenses de cette municipalité ayant plus que quadruplé depuis 2005.

Lundi, le même quotidien israélien annonçait que Hamas et Fatah ont accepté le plan egyptien pour une reprise de négociations interpalestiniennes. Ce plan prévoit entre autres des élections libres durant la première partie de 2010, et la division des Territoires palestiniens en 16 circonscriptions électorales : 11 en Cisjordanie (citée sous le nom de Judée-Samarie dans le quotidien israélien), 5 dans la Bande de Gaza. Le vote bénéficiera d’un contrôle de la part de représentants de pays occidentaux et arabes afin d’en garantir la transparence.

Ces probables nouvelles élections posent à nouveau la question de la reconnaissance des résultats par l’Europe. Sur son blog « L’Orient indiscret », le reporter du Figaro Georges Malbrunot rapporte la rencontre de l’ancien Ministre des Affaires Etrangères français avec des représentants du Hamas à Genève. Il en profite pour souligner que «  la France, et plus généralement les Européens, ne savent pas comment « traiter le problème Hamas ». L’Europe refuse de parler avec un mouvement islamiste, mais comprend que ne pas lui parler contribue à le durcir et le renforcer. L’avis d’Hubert Védrine, et d’autres diplomates, est qu’il est nécessaire de parler avec le mouvement islamiste parce que, comme il dit,  « la démocratie a été inventée pour parler avec des gens qui ne sont pas de votre avis ».

Rapport Goldstone

La mission des Nations-Unies dirigée par le juge sud-africain a remis son rapport mercredi sur les événements ayant eu lieu à Gaza en décembre et janvier dernier, mais aussi avant et après l’opération israélienne « Plomb durci ». Le rapport accuse Israël et la Hamas de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.
France 24 détaille les actes reprochés aux deux parties. Israël est accusé d’un usage disproportionné de la force et d’avoir violé le droit humanitaire international. Le Hamas est quant à lui accusé d’avoir tiré des roquettes sur des zones où vivaient des civils. Dans le reportage vidéo de la chaine d’information, le juge Goldstone affirme également, qu’ « il ne peut pas y avoir de processus de paix si les gens ne regardent pas la vérité en face, s’ils ne se confrontent pas aux faits et si les victimes ne sont pas reconnues.

La réaction israélienne à la publication de ce rapport ne s’est pas fait attendre : « un prix décerné au terrorisme », « une moquerie de l’Histoire », « un jugement sommaire, politique, à parti pris anti-israélien » comme le rapporte un article de La Libre Belgique. Accusant la commission de partialité, le gouvernement israélien fait remarquer que le rapport « marginalise le fait que le Hamas est à l’origine de la guerre ».

A ce propos, sur son blog « Nouvelles d’Orient », le journaliste du Monde Diplomatique, Alain Gresh revient sur les conclusions du rapport concernant la période entre le cessez-le-feu conclu le 18 juin entre Israël et le Hamas et le début de l’offensive israélienne. L’enquête établit clairement qu’Israël n’a pas respecté ses engagements d’ouvrir les points de passage, maintenant une politique de blocus sur la bande de Gaza. En ce qui concerne le cessez-le-feu, il a été plus ou moins respecté par les deux parties jusqu’à une incursion israélienne le 4 novembre qui a donné lieu à une escalade de violences entre le Hamas et Israël. Ces faits démontrent que c’est Israël et non le Hamas comme le prétend le gouvernement israélien, qui a le premier rompu les termes du cessez-le-feu.

D’autre part, une autre vidéo publiée sur le site d’information de France 24 rapporte les témoignages de soldats israéliens récoltés par l’organisation Breaking the Silence. Ceux-ci affirment qu’ils ont à maintes reprises utilisé les civils palestiniens comme des boucliers humains dans les zones à risque. Or Israël a souvent accusé le Hamas d’utiliser cette technique pendant les événements de décembre et janvier dernier, justifiant le fait que des civils soient touchés par l’offensive.

Dans un édito écrit dans le New York Times, le juge Richard Goldstone souligne que s’il est vrai que le Hamas est coupable de s’être mêlé à la population civile pour se cacher, l’armée israélienne n’a elle pas pris assez de mesures pour éviter de toucher ces civils. Il déplore aussi qu’aucune des deux parties n’aient mené de sérieuses enquête sur les agissements de leurs forces.  Voilà la raison pour laquelle la communauté internationale a un rôle à jouer. Si les autorités locales ne sont pas capables de mettre en place une justice pour les victimes civiles, les gouvernements étrangers doivent agir. La justice internationale peut être menée par différents canaux, dont la Cour Internationale de Justice.

Face au risque que comporte pour lui l’établissement d’une instance internationale de justice sur ce qui s’est passé à Gaza, le gouvernement israélien a décidé de lancer une contre-offensive.  La Libre Belgique rapporte que le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, ainsi que le Ministre de la Défense Ehud Barak, le Ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et le Président Shimon Pérès vont contacter leurs homologues étrangers afin de les convaincre de ne pas donner suite au rapport Goldstone. Leur argument est le suivant : « le rapport établit un précédent qui compliquera la lutte antiterroriste partout dans le monde ».

Renée-Anne Gutter de La Libre Belgique rajoute que le rapport et ses suites ne faciliteront pas la mission de l’émissaire américain pour le Proche-Orient, en visite dans la région en cette fin de semaine pour servir de médiateur dans les questions du gel de la colonisation israélienne dans les territoires occupés. A ce sujet, une vidéo issue de la chaîne israélienneChannel 2 et publiée sur le site anglais du quotidien Haaretz entend Netanyahou affirmer qu’il ne sera en aucun cas question d’un gel de la colonisation malgré les demandes américaines.

 

 

The report of the Committee of the United Nations chaired by Richard Goldstone on the events that occurred in Gaza last December and January was released on Wednesday. Although it accuses Israel and Hamas of « war crimes, and eventually crimes against humanity”, it is especially compromising for the Jewish state.

The Israeli government immediately responded by discrediting the inquiry and its results, accusing it of bias. Israeli policymakers have nevertheless quickly understood the negative impact that this report could have on the country’s diplomatic position, but also on the strength of his army. Learning of some practices applied in Gaza, for example, some Israelis felt betrayed by the army.

To stem this wave of protest and persuade Western governments, members of the Security Council especially, not to give effect to the conclusions of the Goldstone report, Israeli officials chose the argument of the effectiveness of anti – terrorist. According to them, to judge possible crimes committed by the Israeli army in Gaza would undermine future Israeli enterprises against terrorism. Will Netanyahu succeed in convincing the White House with his Bush-fashioned speech ? The U.S. administration has already expressed « concerns about certain recommendations of the report » but has not yet issued a formal statement.

This time, Israel seems to measure the potential consequences of its actions. The Goldstone report is probably the most successful initiative to use international justice against violations of humanitarian law committed by Israel. The young Russell Tribunal for Palestine, launched in March 2009 on the model of the Russell Tribunal on the Vietman established in 1966, for example, has no legal standing but is intended to « examine violations of international law suffered by the people Palestinian who deprive a sovereign state.  » In France, proceedings were instituted by the association France-Palestine Solidarité against two French companies, Veolia and Alstom, for their involvement in the project of a new tramway passing through occupied East Jerusalem.

As highlighted by R. Goldstone himself, « there can be no peace process if people do not look at the truth. » But in the Middle East, the principle of « no peace without justice » is too often ignored in favor of another principle: the one of double standard.

N.J.O.