18/09/2009

Indispensable justice

Le rapport de la commission des Nations-Unies présidée par le juge Richard Goldstone sur les événements survenus à Gaza en décembre et janvier dernier a été publié mercredi. Bien qu’il accuse Israël et le Hamas « de crimes et de guerre, voire de crimes contre l’humanité », il est surtout accablant pour l’Etat hébreu.

Le gouvernement israélien a tout de suite réagi en discréditant la commission d’enquête et les résultats obtenus, l’accusant de partialité. Les responsables politiques israéliens ont néanmoins rapidement compris l’impact négatif que ce rapport pouvait avoir sur les positions diplomatiques du pays, mais aussi sur la solidité de son armée.  Apprenant certaines pratiques appliquées à Gaza, par exemple, certains Israéliens se sont dit trahis par l’armée.

Pour endiguer cette vague de contestation et convaincre les gouvernements occidentaux, les membres du Conseil de Sécurité en tête, de ne pas donner de suites aux conclusions du juge Goldstone, les responsables israéliens ont choisi l’argument de l’efficacité de la lutte anti-terroriste. Selon eux,  juger d’éventuels crimes commis par l’armée israélienne à Gaza affaiblirait les futurs entreprises israéliennes contre le terrorisme. Netanyahou réussira-t-il à convaincre la  Maison Blanche avec ce discours à la mode Bush ? L’administration américaine s’est déjà dite « préoccupée par  certaines recommandations du rapport » mais n’a pas encore émis de déclaration officielle.

Pour une fois, Israël semble mesurer les conséquences que peuvent avoir ses gestes. Le rapport Goldstone est sans doute la plus aboutie des initiatives visant à utiliser la justice internationale contre les violations du droit humanitaire commises par l’Etat hébreu. Le jeune Tribunal Russell pour la Palestine, lancé en mars 2009 sur le modèle du tribunal Russell sur le Vietman mis en place en 1966, n’a par exemple aucun caractère légal mais vise à « examiner les violations du Droit international dont est victime le peuple palestinien, qui le privent d’un Etat souverain ». En France, un procès réel a été intenté par l’Association France-Palestine Solidarité contre deux sociétés françaises, Veolia et Alstom, pour leur implication dans le projet d’un nouveau tramway traversant Jérusalem-Est occupée.

Comme le souligne lui-même le juge Goldstone, « il ne peut y avoir de processus de paix si les gens ne regardent pas la vérité ». Mais au Moyen-Orient, le principe « pas de paix sans justice » est trop souvent ignoré au profit d’un autre principe : celui du double standard.

N.J.O.