04/09/2009

Kadhafi, 40 ans au pouvoir

(Revue de presse – semaine du 31 août au 4 septembre 2009)

Le colonel Mouammar Kadhafi fêtait cette semaine sa quarantième année au pouvoir. Les cérémonies à Tripoli furent grandioses mais marquées par l’absence des dirigeants européens. Dans cette revue de la presse internationale de cette semaine, revenons sur ces événements et les relations ambigües qu’entretient l’Europe avec le leader libyen.

40 ans  : rétrospective et festivités

Sur son site Internet, RFI offre une rapide rétrospective sur ces quarante années passées au pouvoir. En 1969, alors qu’il n’a que 27 ans, le jeune capitaine Mouammar Kadhafi renverse le vieux roi Idriss El-Sanousi.  En 1977, il instaure la Jamahiriya arabe populaire et socialiste. Il cherche alors des alliances avec ses voisins à l’Est, à l’Ouest, et puis au Sud, sans succès. C’est alors qu’il est mêlé par ses proches à plusieurs actions terroristes dont l’attentat de Lockerbie en 1988 qui fit quelques 270 morts. La Libye est alors mise au ban de la communauté internationale. Elle ne reprend progressivement sa place qu’il y a quelques années. En 2003, Mouammar Kadhafi renonce à son programme de développement d’armes de destruction massive et annonce qu’il indemnisera les familles des victimes de l’attentat de Lockerbie. En 2006, les relations avec les Etats-Unis s’améliorent et la Libye est retirée de la liste des « Etats voyous ». Kadhafi ouvre alors son pays aux investissements étrangers et noue des relations avec plusieurs Etats européens.

Après quarante ans au pouvoir, il reste le maître incontesté en Libye. Le Monde et la RTBFrevienne sur ce règne sans partage du colonel. Selon Luis Martinez du Centre d’études et de recherches internationales (CERI) cité dans le Monde, « Sa force, c’est (…) d’avoir su partager le pouvoir – en particulier l’administration et l’armée – avec d’autres tribus, tout en maintenant le leadership des Kadhafa »et « Grâce à la rente pétrolière, le régime a pu se doter d’appareils de sécurité et de répression extrêmement performants. C’est ainsi qu’a été neutralisée ou éliminée toute contestation : les monarchistes, les islamistes et les démocrates. »  Cette analyse rejoint celle du politologue Antoine Basbous interrogé par laRTBF. Selon lui, Kadhafi a coupé toutes les têtes de ceux qui tentaient de s’opposer à lui et a réussi à concentrer toutes les cartes économiques entre ses mains.

Le Monde détaille ces ressources libyennes sur lesquelles Kadhafi garde la main : 136 milliards de dollars (94,7 milliards d’euros), obtenues grâce à ses exportations de pétrole et de gaz, contre 8 milliards seulement en 2002.

Fidèle à sa réputation extravagante, le chef d’Etat libyen a donc fêté ses quarante ans au pouvoir avec faste rapporte l’Express. La cérémonie, hétéroclite, était ponctuée de fanfares militaires, de danses, d’acrobaties aériennes, de défilés de militaires et d’armes, de projections et de feux d’artifices. Le public a été en grande partie écarté des festivités par un appareil de sécurité étendu.

Le Figaro souligne que les dirigeants européens n’étaient pas les seuls à ne pas être présents mardi à Tripoli, les dirigeants arabes ne sont pas non plus des grands supporters du colonel, souvent agacés par ses prises de positions extrêmes et ses interventions intempestives lors des sommets arabes.

La RTBF revient par contre sur ceux qui étaient présents lors des festivités c’est-à-dire les chefs d’Etat de Tunisie, d’Algérie, du Koweït, du Zimbabwe ou encore du Soudan. Mouammar Kadhafi avait par ailleurs fait d’Hugo Chavez son invité d’honneur.

Une semaine chargée

Outre la cérémonie de son quarantième anniversaire, la semaine du colonel était chargée en rendez-vous. Le Figaro rapporte que le Premier Ministre italien était présent dimanche à Tripoli pour célébrer le premier anniversaire du traité d’amitié italo-libyen. L’Italie semble en tous cas soucieuse de rentrer dans les bonnes grâces de son ancienne colonie et lui offre une nouvelle autoroute côtière traversant le pays d’Est en Ouest sur 1700 km. Le quotidien français souligne néanmoins que Silvio Berlusconi s’est empressé de quitter le pays une fois la cérémonie terminée afin de se joindre avec les autres pays occidentaux au boycott de l’anniversaire de Kadhafi auquel ils étaient conviés.

Lundi le leader libyen conviait ses homologues africains à un Sommet extraordinaire de l’Union Africaine, qu’il préside actuellement. Euronews remarque la présence du Président soudanais, Omar El-Béchir, sujet de poursuites internationales, ainsi que les propos remarqués de Kadhafi sur Israël. Celui-ci a en effet accusé l’Etat hébreu « d’être derrière tous les conflits en Afrique ».

La capitale libyenne a ensuite laissé la place mardi aux cérémonies d’anniversaire pour les 40 ans de Mouammar Kadhafi au pouvoir dont le faste a déjà été souligné.
AFP rapporte ensuite que le secrétaire d’Etat français à la coopération, Alain Joyandet a inauguré mercredi un nouvel hôpital à Benghazi (1000 km à l’Est de Tripoli) après avoir représenté la France dans les cérémonies de la veille. Cette aide financière française avait été promise par la France dans la foulée de la libération des infirmières bulgares il y un an.

Relations avec l’Europe

Pourtant invités par le chef libyen, les dirigeants européens ont tous décliné l’invitation et se sont fait représenter par des membres de leur gouvernement. En cause, l’accueil réservé à Abdel Basset Ali al-Megrahi, l’auteur de l’attentat de Lockerbie, libéré la semaine passée par les autorités écossaises. L’accueil juge triomphal de l’homme à l’aéroport de Tripoli a en effet indigné les opinions européennes et américaines.

Seif al-Islam, le fils aîné de Kadhafi s’est exprimé samedi dernier à ce propos dans une tribune parue dans le New York Times. Il explique que l’accueil réservé à Al-Megrahi n’avait rien d’un accueil officiel ou héroïque. Il exprime également sa joie de voir l’homme revenir au pays, convaincu de son innocence. Il insiste sur le fait que la libération de Megrahi n’a jamais été l’objet d’un accord commercial entre l’Angleterre et la Libye. Confirmant la version donnée par les autorités anglaises et écossaises, l’auteur présumé de l’attentat de Lockerbie a selon lui été libéré pour des raisons médicales, étant en phase terminale d’un cancer. Megrahi aurait également abandonné l’occasion d’interjeter appel, afin de passer ses derniers jours avec ses proches. Seif Al-Islam appelle enfin à une nouvelle enquête publique sur le drame de Lockerbie afin de démasquer les vrais coupables.

Deux jours plus tard, c’est au tour du secrétaire d’Etat libyen aux Affaires Etrangères de s’exprimer sur le sujet comme le rapporte Le Figaro. Commentant des images transmises à la télévision qui montre Megrahi dans un lit d’hôpital à Tripoli, portant un masque, Mohammed Siala a affirmé que l’homme était mourant. Cette image vient corroborer les raisons médicales de sa libération, ainsi que le fait qu’il ne serait pas présent à la cérémonie des 40 ans. Mais il est trop tard pour que les chefs d’Etat occidentaux assistent ce mardi aux festivités.

Les représentants européens présents s’étaient en outre mis d’accord pour quitter la cérémonie si Al-Megrahi y faisait une apparition en personne, rapporte la RTBF. Or seule une brève vidéo de son retour en Libye fut diffusée, ce qui selon le Secrétaire d’Etat à la coopération ne constitue pas un incident.

Une autre affaire a également été relatée dans la presse récemment : celle des excuses du Président de la Confédération Helvétique Hanz-Rudoplh Merz pour l’arrestation « injustifiée » d’Hannibal, un autre fils de Kadhafi, accusé de mauvais traitement sur ses domestiques alors qu’il séjournait en Suisse. Ces excuses ont provoqué un tollé au sein de la population suisse et européenne. Hanz-Rudoplh Merz a alors expliqué que c’était l’unique solution pour obtenir la libération des deux ressortissants suisses arrêtés par les autorités libyennes en représailles de l’arrestation d’Hannibal. Revenu avec la garantie de leur libération, l’excuse du Président tenait la route. Or une dépêche de l’AFP reprise dans La Libre Belgique annonce que Kadhafi réclame désormais plus d’un demi-million d’euros de caution pour la libération des ressortissants suisses. En outre, le leader libyen aurait déposé une demande de démantèlement de la Suisse auprès des Nations-Unies annonce le Temps.

Cité dans le Daily Times pakistanais, Antoine Basbous analyse clairement la situation en disant que si les dirigeants européens ne sont pas prêts à vexés Kadhafi, les opinions elles le considèrent comme indésirable.

Alain Joyandet explique au quotidien le Parisien que le fait de garder des contacts avec Kadhafi relève d’une bonne stratégie pour mettre fin à l’expansion des activités d’Al Qaeda dans le Sahel.

Mais la réelle raison n’est pas l’endiguement du terrorisme, mais bien l’énorme richesse des sous-sols libyens. Comme le souligne François Burgat, chercheur au CNRS et auteur d’un Que sais-je sur la Libye (PUF) dans le Monde,Kadhafi « peut se payer le luxe d’être impertinent ».