25/09/2009

La Francophonie vue de Beyrouth

Cette année, les Jeux de la francophonie auront lieu à Beyrouth du 27 septembre au 6 octobre. Ces VIe Jeux rassembleront 70 pays francophones pour six compétitions sportives mais aussi des concours culturels.

En Méditerranée plus qu’ailleurs, le français semble perdre du terrain alors qu’il occupait une place de premier ordre notamment au Maghreb, au Liban et en Syrie. Ancien théâtre d’une concurrence franco-anglaise, le pourtour méditerranéen connaît aujourd’hui une influence américaine qui porte un coup fatal à la francophonie. Néanmoins, avec ses enseignes de magasins, ses panneaux, ses médias en français, la francophonie reste à Beyrouth une notion concrète. Par ailleurs, on dit le français en « bonne santé » au pays du cèdre tant au niveau de la pratique que de l’enseignement, de la presse et des publications.

Mais que peut la francophonie dans la région à part faire acte de présence?

Le village des partenaires des Jeux de la francophonie, plateforme entre acteurs économiques, institutionnels, associatifs et artistiques a pour thème le développement durable, sujet résolument en phase avec l’actualité et les priorités de l’Union pour la Méditerranée. Cet attachement n’est pas une surprise : dès 1991, les États francophones ont veillé à faire du développement durable une priorité absolue en adoptant, à Tunis, un plan d’action définissant une stratégie de coopération en matière environnementale dans l’espace francophone. Encourager cet impératif dans une région où ce n’est absolument pas une priorité n’est pas rien.

En outre, dans ce domaine, la francophonie a un message à délivrer, celui du développement fondé sur la diversité culturelle et linguistique et de la promotion de la culture hors de la sphère purement commerciale ou soumise aux seuls principes de libéralisation. En cela, la francophonie est une voix nécessaire et originale  aujourd’hui.

Au niveau politique, la francophonie pourrait à l’avenir constituer une voix alternative
entre celle des Etats-Unis et celle des pseudo « pays voyous » dans la région. En effet,  le sommet de Beyrouth de 2002 avait connu l’émergence d’une affirmation politique francophone en s’opposant à l’invasion américaine en Irak et en approuvant «l’initiative arabe de paix» proposée par l’Arabie saoudite. Les prochains sommets diront si cet élan politique est confirmé.

La francophonie est aussi un symbole. Elle démontre que le Nord et le Sud peuvent vouloir partager une vision commune et rassemble Chrétiens et Musulmans. Elle dépasse les clivages géographiques, religieux ou économiques. Si la francophonie souffre d’une faible visibilité et d’une mission compliquée, sa simple existence contient un message important alors que mondialisation rime souvent avec homogénéisation.

Enfin, le choix même de Beyrouth est un symbole fort. Montrer que la capitale libanaise, pilier de la francophonie, doit être reconsidérée comme une ville «fréquentable» est crucial pour le pays, trop souvent uniquement associé à une zone de guerre. Alors que les touristes reviennent au pays du cèdre, c’est l’instabilité chronique du pays qui fait la une des journaux du monde entier. La francophonie a fait de son côté le pari de montrer le Liban sous un jour meilleur et de le soutenir en en faisant sa capitale pour quelques jours.

Luce Ricard