18/09/2009

Médiation égyptienne et rapport Goldstone

(Revue de presse – semaine du 14 au 18 septembre 2009)

La semaine a été riche en événements reliés au conflit israélo-palestinien, certains ont fait du bruit, d’autres pas. On a ainsi appris que d’une part le Hamas et le Fatah avaient pu trouver un terrain d’entente grâce à la médiation égyptienne, et que d’autre part l’Egypte a également reçu le Premier Ministre Benjamin Netanyahou et l’a exhorté à reprendre les négociations avec les Palestiniens. Plus médiatisé fut ensuite la publication du rapport d’enquête de l’ONU accusant Israël , et le Hamas , de crimes de guerre et voire de crimes contre l’humanité.

Chassés-croisés diplomatiques au Caire

Cette semaine l’Egypte s’est positionné en médiatrice dans différents cycles de négociation en cours ou à venir. En effet, le Président Moubarak recevait successivement le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, et le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas.

L’hebdomadaire égyptien Al Ahram Weekly, rapporte les analyses de journaux israéliens selon lesquels Netanyahou venait pour obtenir le soutien de l’Egypte à son plan de reprise des négociations sans gel préalable de la colonisation. De son côté le Ministre des Affaires Etrangères égyptiennes Ahmed Abul Gheit soutient qu’un gel total de la colonisation pendant la durée totale des négociations sera nécessaires.

Le Matin marocain rapporte les suggestions de Moubarak concernant une reprise des négociations. Outre le gel de la colonisation, le Président égyptien a insisté sur la sensibilité de la question de la colonisation de Jérusalem Est, pour les Palestiniens mais aussi pour l’ensemble du monde arabe. Il a déclaré qu’un futur Etat palestinien devrait avoir Jérusalem comme capitale. Par ailleurs, il a appelé Israël à lever les blocus sur la Cisjordanie et Gaza.

Du côté des négociations interpalestiniennes, les événements de la semaine passée en Cisjordanie n’auguraient rien de bon. Le Jerusalem Post rapportait en effet que l’Autorité Palestinienne avait dissout samedi le conseil municipal de Qalqilya, dirigé par le Hamas. Ce dernier a jugé la mesure arbitraire et nocive pour les négociations en cours entre les deux mouvements. L’AP a justifié son acte par des arguments financiers, les dépenses de cette municipalité ayant plus que quadruplé depuis 2005.

Lundi, le même quotidien israélien annonçait que Hamas et Fatah ont accepté le plan egyptien pour une reprise de négociations interpalestiniennes. Ce plan prévoit entre autres des élections libres durant la première partie de 2010, et la division des Territoires palestiniens en 16 circonscriptions électorales : 11 en Cisjordanie (citée sous le nom de Judée-Samarie dans le quotidien israélien), 5 dans la Bande de Gaza. Le vote bénéficiera d’un contrôle de la part de représentants de pays occidentaux et arabes afin d’en garantir la transparence.

Ces probables nouvelles élections posent à nouveau la question de la reconnaissance des résultats par l’Europe. Sur son blog « L’Orient indiscret », le reporter du Figaro Georges Malbrunot rapporte la rencontre de l’ancien Ministre des Affaires Etrangères français avec des représentants du Hamas à Genève. Il en profite pour souligner que «  la France, et plus généralement les Européens, ne savent pas comment « traiter le problème Hamas ». L’Europe refuse de parler avec un mouvement islamiste, mais comprend que ne pas lui parler contribue à le durcir et le renforcer. L’avis d’Hubert Védrine, et d’autres diplomates, est qu’il est nécessaire de parler avec le mouvement islamiste parce que, comme il dit,  « la démocratie a été inventée pour parler avec des gens qui ne sont pas de votre avis ».

Rapport Goldstone

La mission des Nations-Unies dirigée par le juge sud-africain a remis son rapport mercredi sur les événements ayant eu lieu à Gaza en décembre et janvier dernier, mais aussi avant et après l’opération israélienne « Plomb durci ». Le rapport accuse Israël et la Hamas de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.
France 24 détaille les actes reprochés aux deux parties. Israël est accusé d’un usage disproportionné de la force et d’avoir violé le droit humanitaire international. Le Hamas est quant à lui accusé d’avoir tiré des roquettes sur des zones où vivaient des civils. Dans le reportage vidéo de la chaine d’information, le juge Goldstone affirme également, qu’ « il ne peut pas y avoir de processus de paix si les gens ne regardent pas la vérité en face, s’ils ne se confrontent pas aux faits et si les victimes ne sont pas reconnues.

La réaction israélienne à la publication de ce rapport ne s’est pas fait attendre : « un prix décerné au terrorisme », « une moquerie de l’Histoire », « un jugement sommaire, politique, à parti pris anti-israélien » comme le rapporte un article de La Libre Belgique. Accusant la commission de partialité, le gouvernement israélien fait remarquer que le rapport « marginalise le fait que le Hamas est à l’origine de la guerre ».

A ce propos, sur son blog « Nouvelles d’Orient », le journaliste du Monde Diplomatique, Alain Gresh revient sur les conclusions du rapport concernant la période entre le cessez-le-feu conclu le 18 juin entre Israël et le Hamas et le début de l’offensive israélienne. L’enquête établit clairement qu’Israël n’a pas respecté ses engagements d’ouvrir les points de passage, maintenant une politique de blocus sur la bande de Gaza. En ce qui concerne le cessez-le-feu, il a été plus ou moins respecté par les deux parties jusqu’à une incursion israélienne le 4 novembre qui a donné lieu à une escalade de violences entre le Hamas et Israël. Ces faits démontrent que c’est Israël et non le Hamas comme le prétend le gouvernement israélien, qui a le premier rompu les termes du cessez-le-feu.

D’autre part, une autre vidéo publiée sur le site d’information de France 24 rapporte les témoignages de soldats israéliens récoltés par l’organisation Breaking the Silence. Ceux-ci affirment qu’ils ont à maintes reprises utilisé les civils palestiniens comme des boucliers humains dans les zones à risque. Or Israël a souvent accusé le Hamas d’utiliser cette technique pendant les événements de décembre et janvier dernier, justifiant le fait que des civils soient touchés par l’offensive.

Dans un édito écrit dans le New York Times, le juge Richard Goldstone souligne que s’il est vrai que le Hamas est coupable de s’être mêlé à la population civile pour se cacher, l’armée israélienne n’a elle pas pris assez de mesures pour éviter de toucher ces civils. Il déplore aussi qu’aucune des deux parties n’aient mené de sérieuses enquête sur les agissements de leurs forces.  Voilà la raison pour laquelle la communauté internationale a un rôle à jouer. Si les autorités locales ne sont pas capables de mettre en place une justice pour les victimes civiles, les gouvernements étrangers doivent agir. La justice internationale peut être menée par différents canaux, dont la Cour Internationale de Justice.

Face au risque que comporte pour lui l’établissement d’une instance internationale de justice sur ce qui s’est passé à Gaza, le gouvernement israélien a décidé de lancer une contre-offensive.  La Libre Belgique rapporte que le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, ainsi que le Ministre de la Défense Ehud Barak, le Ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et le Président Shimon Pérès vont contacter leurs homologues étrangers afin de les convaincre de ne pas donner suite au rapport Goldstone. Leur argument est le suivant : « le rapport établit un précédent qui compliquera la lutte antiterroriste partout dans le monde ».

Renée-Anne Gutter de La Libre Belgique rajoute que le rapport et ses suites ne faciliteront pas la mission de l’émissaire américain pour le Proche-Orient, en visite dans la région en cette fin de semaine pour servir de médiateur dans les questions du gel de la colonisation israélienne dans les territoires occupés. A ce sujet, une vidéo issue de la chaîne israélienneChannel 2 et publiée sur le site anglais du quotidien Haaretz entend Netanyahou affirmer qu’il ne sera en aucun cas question d’un gel de la colonisation malgré les demandes américaines.