16/10/2009

La diplomatie comme « Homme du match »

Le match de football opposant la Turquie et l’Arménie mercredi dans les tours de qualification de la prochaine Coupe du Monde FIFA qui se tiendra en Afrique du Sud en 2010, a été nettement dominé par la Turquie (2-0), mais a montré, avant tout, une victoire capitale pour la diplomatie dans l’amélioration des relations entre les deux pays. Entre la Turquie qui occupe une troisième place relativement décevante contre l’Arménie n’ayant plus aucune chance de qualification, l’espoir d’une qualification pour la Coupe du Monde 2010 avait disparu longtemps. Ne représentant rien de plus qu’une rencontre sportive amicale, cette partie représentait une avancée significative des relations diplomatiques entre les deux pays, enregistré dans l’histoire comme un match rapprochant deux Etats hostiles», rapportent les nouvelles arméniennes dePanorama. Suite à la signature d’un accord entre les responsables turcs et arméniens le week-end passé, les deux parties sont rentrées sur le terrain ce mercredi, avec l’intention de démontrer les progrès accomplis pour régler de diplomatique une rivalité historique qui les divisent.

La reprise des pourparlers entre les représentants arméniens et turcs pour rétablir les relations et l’ouverture de leurs frontières communes sont le résultat d’un accord «historique» signé par le ministre des Affaires étrangères turc Ahmet Davutoglu et son homologue arménien, Edward Nalbandian, rapporte le chroniqueur du Guardian, Robert Tait. Fox Newssouligne combien la normalisation des relations turco-arméniennes a été affectée par un siècle de différend concernant l’allégation par l’Arménie et par un certain nombre d’historiens que les Turcs ottomans ont commis un génocide contre des milliers d’Arméniens pendant la Première Guerre mondiale, une accusation que la Turquie dément.

Suite à la présence inattendue de président turc Abdullah Gül lors du match aller qui s’est tenu en septembre en Arménie, la présence du président arménien Serge Sarkissian lors du match retour dans la ville turque de Bursa, quelques jours seulement après la signature des accords a suscité beaucoup d’optimisme pour la normalisation des relations entre les deux pays, commente La Tribune. Les deux présidents ont clairement démontré de l’admiration mutuelle, se félicitant l’un l’autre pour les « mesures audacieuses prises pour la réconciliation», souligneAljazeera. Les griefs historiques ne seront pas résolus du jour au lendemain, dit Abdullah Gül dans le quotidien Hürriyet Daily News , mais mercredi la rencontre sportive a marqué le début d’un processus de fonte de «l’iceberg de problèmes» qui a jusqu’ici entravé la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie.

Les deux parties avaient craint l’apparition d’incidents causés par la présence d’un certain nombre de mouvements d’opposition au processus de normalisation dans et autour du stade. Sans surprise, Le Monde souligne que la désignation des joueurs arméniens et hymne nationale subséquent n’ont pas été épargnés par les sifflements turcs, malgré un lâché de colombes en signe de paix. Afin de faire respecter l’interdiction d’exposer des messages politiques dans les stades de football turc, la présence de la police et des forces anti-émeute a été renforcée afin de prévenir d’éventuelles perturbations, rapporte Çetin Cem Yilmaz pour le quotidien Hürriyet Daily News .

La soirée a été marquée par très de peu signes de violence, en dépit d’un incident avant la rencontre impliquant un autobus de journalistes arméniens visés par une poignée de supporters turcs, rapidement maîtrisés par les autorités turques, rappelle la BBC News. Le succès diplomatique de l’ensemble de l’événement sportif a été brièvement souillé par une critique par rapport à la l’interdiction des drapeaux d’Azerbaïdjan, un pays qui, comme le décrit Mustafa Aydin dans Spotlight Europe, a maintenu des intérêts stratégiques dans le développement des relations turco-arméniennes. En effet l’Arménie occupe depuis 1993 le territoire de Nagorno- Karabakh, ce qui avait provoqué la fermeture des frontières entre l’Arménie et la Turquie, alliée historique de l’Azerbaïdjan.

La normalisation des relations turco-arméniennes semble donc être en cours, mais combien de temps durera-t-elle? Beaucoup de sceptiques affirment que les accords signés à  Zurich n’offrent qu’une base fragile sur laquelle construire l’avenir des relations entre les deux ennemis historiques, malgré la décision de créer une commission pour clarifier la question du génocide. L’influente diaspora arménienne présente aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux demande la reconnaissance du génocide par la Turquie et ne permettra aucun rapprochement réel tant que ce différend ne sera pas réglé, note le New York Times. Il semble donc que de nombreux matchs de football seront encore nécessaires afin que l’«iceberg de problèmes »  entre la  Turquie et l’Arménie dont parle le Président Gül fonde et que le Caucase retrouve une plus grande stabilité.

Andrew Bower