04/10/2009

Renforcer les échanges économiques avec les pays arabes : un intérêt européen

Par Professeur Bichara Khader
CERMAC, UCL

 

Les échanges économiques euro-arabes représentent plus  de 284 milliards d’euros(2008). Sur ce total, les exportations européennes représentent plus de 140 milliards et ses importations prés de 144  milliards, ce qui représente un solde négatif pour l’UE, de l’ordre de 4 milliards. Si on exclue les échanges énergétiques, le solde aurait été naturellement plus positif de manière structurelle. Ainsi les échanges européens avec le Monde arabe sont loin d’être  négligeables : ils sont certes moins importants que les échanges de l’UE avec la Chine (326 milliards), mais ils sont plus  importants que les échanges UE-Amérique Latine (176,5 milliards).

L’Union Européenne demeure un partenaire commercial important pour tous les pays arabes, et  pour les pays du Maghreb, elle  est même un partenaire incontournable. L’Union Européenne exporte pour une valeur de 45 milliards d’euros aux pays du Maghreb, mais elle en importe pour une valeur de 80 milliards. Le déséquilibre commercial (35 milliards) tient surtout aux importations pétrolières de la Libye (34 milliards) et aux importations de pétrole et de gaz de l’Algérie (28 milliards). Hors pétrole et gaz, le Maghreb se trouverait dans une situation chronique de déficit.

Avec les pays du Machrek, la situation est inverse : l’UE vend  aux pays du  Machrek (y compris les pays du Conseil de Coopération du Golfe : CCG) plus qu’elle en importe avec 94.7 milliards d’euros d’exportations et 63.8 milliards d’importations, dégageant ainsi un solde positif de plus 30.9 milliards d’euros.

Mais, au Machrek et dans une moindre mesure au Maghreb, l’UE  doit faire face, de plus en plus, à une concurrence plus âpre des pays asiatiques, notamment la Chine, l’Inde, le Japon, et depuis 2000, l’Amérique Latine , notamment le Brésil dont les échanges avec les pays arabes ont grimpé de 2 milliards en 2001 à 21 milliards en 2009.

Prenons l’exemple de l’Egypte, le plus emblématique de tous. Pendant longtemps l’Union Européenne était le premier fournisseur de l’Egypte mais sa part de marché, depuis les années 2000, est en chute libre, passant de 41%, en 2000, à 32% en 2004 et à 29 % en 2008, au profit des Etats-Unis ) qui voient leur part de marché passer de 21% en 2000 à 24% en 2004 et 27 % en 2008)  et des pays asiatiques qui accaparent  16%  des importations égyptiennes en 2004 et 22 % en 2008. Il semble que ces tendances se poursuivraient en 2009, en dépit de la crise économique ou peut-être à cause d’elle. En effet, avec un taux de change  de 1.50 $ dollar pour un euro, les exportations américaines  et asiatiques devraient enregistrer une croissance significative.

En ce qui concerne les exportations égyptiennes, la situation est plus contrastée puisque ce sont les Etats-Unis qui voient leur part baisser entre 2000 et 2008 de 45 % en 2000, à 35 % en 2004, 30% en 2006 ; et seulement 28 % en 2008. A rebours de cette tendance, l’Union Européenne qui était le deuxième client de l’Egypte avec 36% des exportations égyptiennes en 2008  (en  nette progression  par rapport à  2000 avec 27 % seulement) est devenue son premier client .Cette évolution s’explique en partie par l’entrée en vigueur de l’Accord d’Association Egypte-Union Européenne, et par les importations gazières et pétrolières accrues de l’UE.

Les pays du Conseil de Coopération du Golfe accaparent un peu plus du tiers des échanges UE-Pays arabes, avec 105.4 milliards d’euros (68.9 milliards d’exportations européennes et 36.5 milliards en importations.. Les Emirats Arabes Unis se détachent du lot avec prés de 31.6 milliards d’exportations européennes.

Entre 2001 et 2008, les échanges de l’UE avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe ont doublé en valeur passant de 54.3 milliards d’euros (34,6 en exportations UE et 19,7 milliards en importations et un solde positif de 14,9 milliards) à 105.4 milliards et un solde positif de l’ordre de 32,4 milliards).

Ainsi, et en dépit de l’envolée des prix pétroliers, l’UE conserve un solde commercial positif avec les pays du CCG et cela sans discontinuer depuis 2000. Au total, sur 1309 milliards d’euros d’exportations totales de l’UE  en 2008, la part des pays du Conseil de Coopération du Golfe représente 5,3%. Et sur les 1552 milliards d’importations, la part des pays du Golfe est de  2,4 %. En 2007, la part des pays du CCG  se situait à  2,2 % du total des importations européennes (1433 milliards d’euros) et à 5 % du total des exportations européennes (1240 milliards).

Ainsi, les pays du Conseil de Coopération du Golfe sont des partenaires importants pour l’Union européenne et le Golfe arabe, dans son ensemble, occupe une place irremplaçable dans la géopolitique de l’énergie. L’Asie l’a compris, comme l’attestent les multiples contacts entre les pays du golfe et les grands pays asiatiques, et l’importance de l’Asie dans le commerce extérieur des pays du Golfe. L’Union Européenne donne l’impression de ne pas prêter une attention suffisante à cette région –bien que les choses semblent évoluer dans le bon sens depuis peu-et elle  est en train de se faire doubler et distancer par d’autres acteurs économiques, notamment asiatiques. L’exemple des Emirats Arabes Unis est assez révélateur à cet égard puisque le continent asiatique a accaparé en 2008, 46% des flux sortants de marchandises en provenance des Emirats (hors pétrole et gaz), alors que la part de l’Union Européenne s’est limitée à 18 %.

Le Maghreb reste de loin polarisé sur l’Union Européenne. Depuis le Traité de Rome, l’Europe Communautaire a été le principal partenaire commercial des pays du Maghreb. Cette polarisation est marquée tout particulièrement  dans le cas de la Tunisie (78% des échanges) et du Maroc (60%) ; les échanges algériens et libyens sont plus diversifiés géographiquement. Cette verticalité des échanges fait du Maghreb un marché captif de l’UE. Celle-ci demeure la principale destination des exportations du Maghreb, absorbant près de 65% du total, et la principale source de ses importations (60%) en 2008. Cela contraste avec la part très modique du Maghreb dans les échanges globaux de l’UE puisque celle-ci n’excède guère 1,2% du total des échanges européens. En valeur, les exportations de l’UE à quatre pays du Maghreb (sans la Mauritanie) totalise en 2008 prés de 45,4 milliards d’euros, tandis que les importations essentiellement énergétiques, représentent presque le double (avec 80 milliards), ce qui signifie des échanges totaux de prés de 125,8 milliards et un déficit commercial européen de prés de 35,1  milliards d’euros. Comme il a été rappelé, plus haut, sans le pétrole et le gaz, les échanges du Maghreb avec l’UE seraient chroniquement déficitaires.

L’Europe aura à ses portes, d’ici 2020, plus de 400 millions d’arabes. C’est un marché énorme qui offrira de grandes opportunités aux exportations de biens et de services.

Il est donc de l’intérêt de l’Europe de maintenir les flux commerciaux avec la zone, voire de les consolider. De même, il est de l’intérêt de l’Europe de contribuer au développement économique général de la zone à cause de ses retombées positives sur l’économie européenne. En effet, on a démontré dans le cas des pays de la Méditerranée, mais cela vaut pour l’ensemble arabe également, que 10.000 dollars de P.I.B. supplémentaires génèrent approximativement 1300 dollars d’exportations communautaires.

Bien sûr, on n’a mentionné ici que les échanges de marchandises. Pour être complet, il faudrait mentionner l’importance des échanges de services où toute la zone conserve des atouts importants notamment dans le secteur du tourisme.