23/10/2009

Revirement stratégique turc

Au cours des semaines précédentes, deux gestes turcs ont démontré une remise en question du partenariat stratégique conclut avec Israël en 1996. Il y a deux semaines, la Turquie a en effet décidé de retarder la manœuvre aérienne internationale « Aigle d’Anatolie » devant initialement se dérouler du 12 au 23 octobre au-dessus de son territoire,  et cela afin d’en revoir la liste des participants et plus que probablement d’en exclure l’Etat hébreu (voir l’article «Ankara change de partenaires » sur  de RFI).  Alors que la tension était déjà forte entre les deux pays, la diffusion de la série Ayrilik mettant en scène une armée israélienne inhumaine (voir article « la discorde israélo-turque en série télé » sur RFI) , finit par avoir raison de l’entente cordiale qui règne d’habitude entre les deux pays. Les réactions en Israël ne se firent pas attendre et nombreuses sont les compagnies qui décident aujourd’hui de boycotter les produits turcs (voir article « Appel au boycott du café et des sites touristiques turcs » sur RFI).

Le désaccord de l’opinion publique turque par rapport à l’alliance stratégique avec Israël a souvent été avancé comme explication des accrocs diplomatiques entre les deux pays. Et ce n’est pas la première fois les relations israélo-turques connaissent des crispations du fait des agissements de l’armée israélienne. Ainsi en 2004, alors qu’Ariel Sharon menait une politique d’assassinats ciblés sur des leaders palestiniens, le Premier Ministre Turc avait publiquement émis de vives critiques à son égard. A nouveau, au sommet de Davos qui eut lieu peu de temps après les événements de Gaza, Erdogan ne pouvait rester sans réagir.

Mais cette réaction doit être analysée dans une perspective plus large, et la décision d’évincer les effectifs israéliens de la manœuvre « Aigle d’Anatolie » ne fait que le confirmer.  Ce n’est en effet plus simplement un gel de l’alliance en vue de satisfaire l’opinion publique, mais l’amorce d’un véritable revirement stratégique, qui ne peut se faire qu’en accord avec l’intelligentsia militaire turque (voir brève du Courrier International, « Rien ne va plus » ).

Suite à de nombreuses tentatives pour se rapprocher de l’Union Européenne, sans succès, la Turquie semble désormais se positionner en tant que leader régional au Moyen-Orient : tout d’abord en jouant un rôle de médiation entre les acteurs régionaux, mais également en renouant des contacts avec ses voisins, l’Arménie d’une part, mais également et surtout ses voisins musulmans. D’une part, la remise en question du partenariat stratégique avec Israël s’inscrit dans une volonté de cohérence par rapport aux positions de la Syrie et de l’Iran. D’autre part, la Turquie montre  ainsi une certaine indépendance par rapport à la volonté des grandes puissances occidentales. La puissance anatolienne opère donc un revirement stratégique majeur qui en fera à terme un acteur incontournable du Moyen-Orient.

Nathalie Janne d’Othée