27/11/2009

Amis ou Ennemis? Président Obama et Israël

Alors que la réactivation des pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens avait constitué jusqu’à présent une tâche périlleuse, l’expansion des colonies israéliennes dans le territoire palestinien a rendu la chose quasi-impossible. En effet, on peut observer une expansion de la solidarité pour la cause palestinienne dans le Moyen-Orient et le monde, accompagné du sentiment commun que la paix avec Israël est difficilement envisageable. Mis en évidence par Max Hastings dans le Financial Times, la crise des colonies a atteint un niveau critique, créant un environnement dans lequel, selon un homme politique jordanien, «la paix avec Israël est aujourd’hui très impopulaire ». (Obama’s damaging silence on Israel, 25/11/2009).

Peu surprenant pour beaucoup, une pression intense a ainsi été placée sur les épaules de la présidence américaine. Désireux de se démarquer de son prédécesseur, M. Obama avait initialement lancé sa présidence avec une politique Moyen-Orientale cherchant à relancer le processus de paix par le biais, entre autres, d’un soutien plus important pour la cause palestinienne. (voir le Speech du Caire du Président Obama, 04/06/2009). Six mois plus tard cependant, des questions subsistent quant à l’impact d’une nouvelle administration américaine luttant pour être à la hauteur des attentes placées par de nombreuses personnes du monde musulman.

La multiplication des nouvelles colonies de peuplement israéliennes dans les territoires palestiniens a nettement aggravé une situation déjà très fragile. (voir Obama warns Israel on settlements – BBC, 18/11/2009). Invité à commenter sur la question, Obama s’est inhabituellement aligné avec l’opinion internationale, critiquant ouvertement la construction de centaines de nouvelles colonies de peuplement dans la colonie Gilo dans Jérusalem Est. S’exprimant pour le Financial Times, le président Obama a déclaré que « la construction de colonies supplémentaires ne contribue pas à la sécurité d’Israël. Je crois que cela rend le processus de paix avec leur voisin plus difficile … cela fâche les Palestiniens d’une façon qui pourrait finir par être très dangereux ». (voir Tobias Buck and Stanley Pignal, Israel defies US on settlements, 18/11/2009).

Helena Cobban, écrivant pour le Christian Science Monitor, insiste sur le fait que les espoirs de parvenir à une solution à deux Etats, ou au mieux de relancer les négociations de paix, s’estomperont rapidement si Obama ne parvient pas à se distancer de ce que Cobban décrit comme des « actions provocatrices et illégales » menées par Israël. Prévenir l’explosion de la poudrière de Jérusalem constitue en effet un intérêt américain vital que l’administration Obama ne peut se permettre de négliger. (Can Obama stand up to Israel?, 24/11/2009).

Les responsables israéliens et les défenseurs des colonies israéliennes se sont opposés à la position américaine, soulignant que le président américain ne doit pas, selon l’avocat israélien Danny Danon, « interférer avec les droits du peuple juif ». (voir Ben Hubbard, Israel Brushes off Obama criticism over Jerusalem – Associated Press 18/11/2009). En effet, Shmuel Rosner, correspondant Américain pour Haaretz, souligne le soutien inchangé des Etats-Unis pour Israël, indiquant que le président Obama est « pro-israélien. Point final. ». (Obama supports Israel. Period.).

Gardant à l’esprit la relation intime dont jouissent les États-Unis et Israël ces dernières années et l’importance d’Israël pour les intérêts nationaux américains, Obama peut-il s’opposer de pied ferme et de façon réaliste aux gaffes diplomatiques israéliennes, et permettre ainsi la cicatrisation des plaies du processus de paix causées par les politiques expansionnistes d’Israël?

Ayant suivi avec émotion l’intervention d’Obama il y a seulement quelques mois, le peu de progrès accomplis jusqu’à aujourd’hui par l’ambitieuse administration américaine nous a permis de remettre, comme pour beaucoup d’autres, les pieds sur terre. Après les espoirs et les attentes suscités par le discours du Caire, nous entamons maintenant une nouvelle année avec un habituel pessimisme en ce qui concerne un avenir de paix au Moyen-Orient. Il nous reste à attendre et espérer. Après tout, Obama possède tous les outils nécessaires et trois ans de mandat pour répondre aux attentes placées à juste titre dans les mains du dernier Prix Nobel de la Paix.

Andrew Bower