06/11/2009

Berlin: une leçon d’histoire

L’Allemagne sera de fête ce lundi afin de célébrer le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Cette structure de béton longue de 43 kilomètres fut édifiée pendant la guerre froide, formant un symbole des divisions idéologiques entre l’Est communiste et l’Occident. Après l’effondrement de l’Union soviétique, la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 marqua un tournant pour l’avenir d’une Allemagne unifiée.

Bien qu’Angela Merkel, actuelle chancelière allemande, prétende être restée indifférente face évènements de 1989 – ayant en effet maintenu un rendez-vous hebdomadaire banal le jour de la réunification (voir Kate Connolly pour the Guardian) – on ne peut oblitérer l’importance historique du 9 Novembre 1989 pour l’Allemagne et l’avenir de l’Union européenne. En effet, la chute du mur a non seulement permis la réunification d’une ville divisée, mais celle-ci symbolise également une victoire morale pour des millions d’Européens favorables à la construction d’une communauté européenne où règnent paix, sécurité et stabilité.

Malheureusement, les murs servant à des fins similaires tachent encore des paysages à travers certaines régions du monde. Un rapport intéressant présenté par la BBC analyse les murs les plus importants encore présents aujourd’hui (voir BBC). Ce rapport spécial souligne que deux de ces barrières se trouvent dans la région du Moyen-Orient: Le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, ainsi que les clôtures et murs de protection mis en place le long des frontières Saoudiennes.

Le mur construit le long de la Cisjordanie est le plus controversé des trois barrières édifiées au Proche-Orient au cours de ces dernières années (le mur de Gaza et le mur séparant Gaza de l’Égypte). Israël estime que la barrière constitue une mesure nécessaire pour assurer sa sécurité face aux attaques palestiniennes. Sa construction a néanmoins été condamnée par la Cour internationale de Justice, soulignant une violation du droit international. Bien que les attaques sur Israël aient considérablement diminué depuis la création du mur, des questions persistent vis-à-vis de la déviation du mur vers les territoires occupés, limitant ainsi la mobilité des Palestiniens dans la région de Cisjordanie. La « clôture de sécurité », soutenue par les Israéliens est en effet considérée comme un « mur de l’apartheid » par la plupart des Palestiniens de Cisjordanie (voir Palestinian News Network).

Une fortification similaire a été érigée le long des frontières saoudiennes, exposées à des environnements voisins instables tels que l’Iraq et le Yémen. Contrairement aux murs de béton érigés à Berlin et en Cisjordanie, le nombre de capteurs, de caméras nocturnes à vision ultra-violette et barbelés font de cette barrière un des systèmes de contrôle de frontières les plus avancés au monde. Craignant une violence dégradante, la migration illégale, le trafic et les risques encourus par ses réserves de pétrole, il est estimé que l’Arabie saoudite a versé trois milliards de dollars dans le renforcement de ses 9.000 kilomètres de frontières. Alors que les projets sont en cours pour sécuriser davantage les frontières avec l’Irak, la frontière commune entre l’Arabie saoudite et le Yémen reste une priorité sécuritaire tout aussi importante. Ces clôtures « aideront notre performance à la frontière », rapporte Mansour al-Turki, général Brigadier Saoudien (voir Aljazeera).

Soulignant l’importance d’ériger un mur de protection, Soviétiques, Israéliens et Saoudiens jouaient la carte sécuritaire, déployant un éventail de raisons pour lesquelles de telles mesures préventives puissent s’avérer nécessaires. L’absence d’influence et de présence occidentale en Europe de l’Est, l’atténuation de la violence entre Israéliens et Palestiniens le long de la frontière cisjordanienne, ainsi qu’une plus grande sécurité en Arabie saoudite peuvent en effet rendre légitime la construction de ces barrières comme moyens de promotion de la stabilité et la sécurité.

Des décennies de séparation ont marqué les réalités européennes au détriment de nombreux Berlinois coupés et aliénés les uns des autres par une barrière impénétrable. Une situation similaire peut être observée en Cisjordanie où les familles ont vu leur vie gravement touchées par la construction du mur (perte de terres, pas d’accès à l’emploi, etc.) Bien que les efforts Saoudiens pour renforcer la sécurité des frontières n’aient pas été déterminés par un conflit, la vie de nombreux individus sera sans aucun doute affectée.

Ces obstacles représentent sans doute des mesures sécuritaires nécessaires ; néanmoins, de nombreuses questions subsistent quant aux impacts négatifs de telles fortifications. À la veille du vingtième anniversaire de la chute d’une des constructions les plus notoires du 20ème siècle, il semble que peu de leçons aient été tirées de l’histoire. Selon un proverbe célèbre, les bons murs font les bons voisins. Cependant, l’histoire nous montre que de ces murs surgissent des tensions, faisant de la disparition de ces obstacles une occasion de célébration.

 

Andrew Bower