11/11/2009

Dubaï en Péril

Voir des stars flâner dans les couloirs des hôtels cinq étoiles lors du Festival du Film de Dubaï 2009 tenu la semaine dernière, n’est pas une surprise pour cet oasis des Emirats Arabes Unis (EAU) caractérisé par son luxe et son attraction financière. Les décors impressionnants habituels cachent, malgré tout, les conséquences d’une des crises économique les plus marquantes du 21ème siècle. (Brunei World, 10/12/2009). Les premiers signes de cette chute financière sont apparus lorsque Dubaï World, une des quatre principales holdings gouvernementales, a pris la décision de restructurer ses $26 milliards de dette, gelant ainsi de nombreux fonds d’investissements étrangers. (voir Robin Wigglesworth et Dan Thomas,Financial Times, 09/12/2009).

Les récents développements ont propagé un profond sentiment d’inquiétude parmi les plus grands investisseurs mondiaux. Malgré des mots sévères du Cheikh Mohammed bin Rashid Maktoum qui a fait remarquer que les investisseurs étrangers « ne comprennent rien » en référence à la restructuration de la dette de Dubaï World, les difficultés rencontrées par Dubaï pour tenir tête à ses obligations  de centre financier international ont entrainé le départ des investisseurs étrangers, qui, jusqu’à lors, ont été vitaux au prestige global de la capitale des EAU. (Sarah Arnott pour The Independent, 02/12/2009). De façon surprenante, le départ des investisseurs étrangers est maintenant progressivement contrebalancé par un intérêt touristique grandissant pour des vacances de Noël dans un Dubaï endetté. (Libération, 11/12/2009).

La crise a maintenant dépassé la seule question de la dette, plaçant au centre des débats la crédibilité du leader de Dubaï, Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum. Malgré l’insistance du Cheikh que la crise financière « n’affectera pas les ambitions de Dubaï de mettre en place ses plans de développement et…ne l’empêchera pas de jouer son rôle dans l’arène de l’économie internationale », la situation économique morose de Dubaï ne semble pas lui réserver un avenir facile et remet en question les capacités du Cheikh à extrapoler une solution pour cette situation difficile. (cité par The Daily Tribune, 01/12/2009).

De simples emprunts et une amélioration de la transparence ne seront pas suffisants. Comme le souligne Jim Mclean dans Times Online, il existe une « demande accrue pour une restructuration au sommet », commençant par une plus grande distinction entre les entreprises qui ont contribué au succès économique des Emirats, et les élites politique et la famille Royale. (05/12/2009).

Les leaders des EAU cherchent à critiquer les médias internationaux de peindre un portrait excessivement morose de la situation, gagnant ainsi en soutien domestique, mais on ne peut remettre en question la chute vertigineuse de l’inclination internationale à investir à Dubaï. En effet, Jaime Sanz, un leader financier chez Fitch, remarque que « l’incertitude économique à Dubaï à aigri notre vision du gouvernement et sa capacité à respecter ses engagements ». (Robin Wigglesworth, Anousha Sakoui et Simeon Kerr pour le Financial Times, 08/12/2009).

Cette crise qui inonde peu à peu les rues de Dubaï est un souci majeur pour l’économie internationale et sera sans aucun doute le sujet principal traité par les Chefs d’Etats des pays du Golfe lors du prochain Conseil de Coopération du Golfe, qui aura lieu dans quelques jours au Koweït. Par ailleurs, cette situation sera un vrai test pour un gouvernement normalement habitué à une attention internationale beaucoup plus étincelante. Des mots forts prononcés par le Cheikh peuvent démontrer une certaine détermination, mais les investisseurs étrangers seront difficilement convaincus que le rétablissement de cet « arbre porteur de fruits » est en chemin. (Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum cité par Sarah Arnott pour The Independent, 02/12/2009).

Andrew Bower