31/12/2009

Crise et changements

Retour sur ce qui a marqué la Méditerranée en 2009

 

L’année 2009 commence par un événement qui en marquera en grande partie le déroulement : du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, l’opération israélienne Plomb Durci fait de la Bande de Gaza un champ de ruines. Plus de 1300 Palestiniens sont tués dont 410 enfants et 104 femmes, contre seulement 13 Israéliens, la plupart des militaires. La disproportion de l’attaque israélienne provoque de nombreuses réactions mais pas de sanctions. Commandé par les Nations-Unies, le rapport d’enquête du juge Goldstone accuse Israël et le Hamas de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, mais les différents résultats d’enquête sont discrédités et un an après, rien n’a changé pour les Palestiniens de Gaza.
Les grandes puissances

Le tonitruant départ de l’Union pour la Méditerranée en juillet 2008 avait laissé espérer une politique étrangère renforcée de l’Union Européenne vis-à-vis de ses voisins méridionaux, mais les événements de Gaza changèrent la donne, bloquant une nouvelle fois le processus de partenariat euro-méditerranéen. Suite à une présidence française haute en couleur, l’Union Européenne se tourne davantage vers l’Est avec la Présidence tchèque. Une aide financière énorme est promise pour la reconstruction de Gaza, mais la position européenne ne change pas par rapport au Hamas ce qui en bloque le versement. L’arrivée de la Suède à la Présidence commence avec une querelle diplomatique avec Israël à propos des déclarations du quotidien suédois Aftonbladed sur l’utilisation d’organes de prisonniers palestiniens par l’armée israélienne. C’est encore à la Suède qu’on doit une position plus ferme de l’UE concernant les colonies israéliennes et la situation à Jérusalem Est votée il y a quelques semaines par la Conseil européen des Affaires Etrangères. La nomination en novembre de Catherine Ashton comme Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangère et la politique de sécurité laisse enfin espérer une politique étrangère européenne plus unie et plus claire.

De leur côté, les Etats-Unis ont radicalement changé leur politique au Moyen-Orient grâce à un Président croyant davantage en un dialogue entre les peuples qu’en un « clash des civilisations ». Mais si la politique d’Obama dans la région était pleine de bonnes intentions, elle fait état en cette fin d’année, d’un manque criant de réalisations concrètes. Ainsi après avoir durci le ton face à Israël sur le plan des colonies, l’administration américaine se laisse finalement convaincre par les concessions minimes faite par le Premier Ministre israélien. Quant à l’espoir d’assister à un réel désengagement américain d’Irak, il a été relativement déçu par l’envoi de 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, où la situation à de moins en moins à envier à l’Irak.
Les acteurs régionaux en hausse

L’année 2009 a révélé l’ingéniosité de la Syrie et de son Président, Bashar Al-Assad. Rejeté de la communauté internationale suite aux soupçons dans l’affaire Rafik Hariri, la Syrie a cette année repris sa place, qui plus est une place de choix, sur la scène régionale. Ayant réussi à séduire et convaincre Nicolas Sarkozy en 2008, Bashar al-Assad s’est engagé dans un processus de réconciliation avec son voisin libanais. Sa poignée de main échangée il y a quelques jours avec le Premier Minsitre libanais Saad Hariri semble mettre un terme définitif aux querelles entre les deux pays. La Syrie a également entamé informellement des négociations en vue un processus de paix avec Israël, malheureusement ces dernières ont été gelées suite aux événements survenus à Gaza. Damas n’en a pas moins démontré aux Etats-Unis d’Obama qu’elle était un acteur régional respectable avec lequel il sera nécessaire de compter.

Devant les atermoiements de l’Union Européenne à traiter son dossier, la Turquie se tourne de plus en plus à l’Est quant à elle et se positionne comme un acteur fort sur la scène moyen-orientale. Médiatrice dans les négociations de paix entre Israël et la Syrie, elle a adopte une attitude intransigeante face à l’offensive israélienne sur Gaza au point de finalement mettre fin à son alliance militaire avec Israël. Cette stratégie s’avère payante puisque l’Union Européenne vient d’ouvrir le douzième volet des négociations concernant l’adhésion de la Turquie. Sa fermeté par rapport à l’attitude israélienne lui vaut une aura renforcée dans la région. Un point noir subsiste néanmoins dans la politique turque : la gestion des zones à population majoritairement kurde. Cette pierre d’achoppement ne manquera pas de freiner les négociations pour son adhésion à l’UE.
Ceux qui n’ont pas convaincu

Dire qu’Israël ne convainc pas est un faible mot. L’opération plomb durci sur Gaza durant l’hiver donnait déjà le ton. Les résultats des élections de février en Israël n’ont fait que confirmer une dérive à droite, voire à l’extrême droite de l’électorat israélien. Benjamin Netanyahou constitue un gouvernement avec l’extrême droite d’Avigdor Lieberman. Quant à la gauche, elle disparait définitivement lorsqu’Ehud Barak se compromet en devenant Ministre de la Défense du nouveau gouvernement. La colonisation s’étend de plus en plus dans les territoires palestiniens, malgré les appels incessants de la communauté internationale. Le sort de la population arabe de Jérusalem Est inquiète de plus en plus.

Dans un autre registre un autre acteur régional a déçu cette année. Ayant bénéficié un temps d’un sursis face à la crise qui touchait la planète financière, Dubaï a finalement succombé il y a quelques semaines. La capitale du luxe s’est transformée en ville fantôme, laissant même ses plus grands adeptes sceptiques quant à une résurrection du paradis des cinq étoiles. La riche Abu Dhabi n’a accepté de sauver sa voisine que parce que sa propre bourse se trouvait en danger. Le sort de Dubaï fait réfléchir sur le modèle de reconversion adapté aux pays du Golfe dans l’ère de l’après-pétrole.

L’Egypte n’a pas non plus donné une image très avenante cette année. Mal à l’aise depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas à Gaza, l’Egypte hésite entre sécurité et solidarité arabe. Il est donc de son intérêt de parvenir à une réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Mais par ses menaces répétées de concernant un éventuel blocage de la frontière avec la Bande de Gaza, l’Egypte risque de tourner le Parti de la résistance islamique définitivement contre elle. Sur le plan interne, la société égyptienne fait face à une situation économique et politique lourdes à portée. Les actions d’Ayman Nour ont laissé espérer la reconstruction d’une opposition mais cette dernière s’est vite retrouvée muselée. Les violences excessives qui ont précédé les deux rencontres sportives avec l’équipe de football d’Algérie illustrent l’état de frustration et de tension dans lesquelles se trouve aujourd’hui la population égyptienne.
Divers

Le Liban a encore tangué cette année suite à des élections marquées par la victoire courte de la coalition anti-syrienne. Le gouvernement d’unité nationale mis en place par le Premier Ministre Saad Hariri laisse néanmoins présager une unité libanaise durable.
Au Maroc, Mohammed VI a fêté ses dix ans de règne. Entre réformes sociales et autoritarisme, le souverain alaouite gouverne le pays d’une main de fer même si celle-ci se glisse souvent dans un gant de velours. Perdure néanmoins le problème du Sahara Occidental sur lequel le Maroc demeure intransigeant, comme l’a rappelé il y a quelques semaines le sort réservé à Aminatou Haidar, la « Gandhi sahraouie ».

Un autre anniversaire a été fêté en Libye où le colonel Kadhafi a célébré ses quarante années au pouvoir dans le faste et l’excès. 2009 a également été pour le chef d’Etat libyen l’occasion de tourner les puissances européennes en bourrique. On se rappelle ainsi de l’accueil controversé réservé à l’auteur des attentats de Lockerbie, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, à son retour à Tripoli, accueil qui a contribué à ébranler le monde politique britannique. On se souvient aussi des différends à répétition entre Khadafi et la Suisse qui ont été jusqu’à la demande d’un démantèlement de la Suisse faite par le colonel devant l’Assemblée Générales des Nations-Unies.

L’Autorité Palestinienne termine quant à elle l’année 2009 très affaiblie, voire réduite à néant par les coups conjugués d’Israël et du Hamas ainsi que par le soutien insuffisant de la communauté internationale, les Etats-Unis en tête. Les Palestiniens lui reprochent un trop grand silence pendant l’offensive israélienne sur Gaza, et un manque de résultats suite aux négociations de paix entamées en 2007 avec Israël. Dans un sursaut de fierté, son Président Mahmoud Abbas a annoncé sa démission en novembre mais cette décision semble déjà trop tardive pour sauver sa légitimité.

2009 s’achève donc dans une configuration bien différente de celle qui prévalait en 2008. Les équilibres et les rapports de force ont changé, mais il est difficile d’en prédire les conséquences. Si un souhait devait être donné pour 2010, ce serait celui d’un rôle renforcé de l’Union Européenne dans la région moyen-orientale, en particulier vis-à-vis de la situation israélo-palestinienne, qui reste encore et toujours le point noir de la région.

 

Nathalie Janne d’Othée