17/12/2009

Midi de la Méditerranée – Debriefing du Congrès d’Alicante sur l’Education et les Migrations entre le Sud et le Nord de la Méditerranée

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE (11)

Debriefing du Congrès d’Alicante sur l’Education et les Migrations entre le Sud et le Nord de la Méditerranée

avec

Charles-Ferdinand Nothomb
Ministre d’Etat belge, Vice-Président du Mouvement Européen International, Vice-Président du MEDEA.

Jeudi 17 décembre 2009,

Organisée par le Mouvement européen-Belgique et MEDEA,
au Mouvement Européen Belgique, 63 avenue d’Auderghem, 1040 Bruxelles.

Compte-rendu : Nathalie Janne d’Othée

Présentation générale du Congrès d’Alicante

par Nathalie Janne d’Othée, directrice de l’Institut MEDEA

Les 19, 10 et 21 novembre dernier, s’est tenu le Congrès d’Alicante sur l’Education et les Migrations. Ce congrès s’inscrivait dans la lancée du Dialogue Sud/Nord Méditerranée inauguré en 2006 à Alger à l’initiative d’organisations du Nord et du Sud de la Méditerranée, dont le Mouvement Européen International et la Bibliothèque d’Alexandrie. Cette année, ces deux partenaires se sont associés à la Communidad de Valence et à la Casa Mediterraneo pour explorer deux thèmes centraux dans les relations entre les deux rives de la Méditerranée, l’éducation et les migrations, au cours d’un nouveaux Congrès à Alicante. Des réunions préparatoires ont eu lieu à Zaghreb, à Rabat, au Caire et à Bruxelles, réunissant public et experts de ces pays afin de construire la base documentaire du Congrès.

Le Congrès s’est ensuite déroulé en deux temps : un premier temps en atelier permettait aux participants d’échanger leurs idées et leurs expériences, dans un deuxième temps, les résultats de ces ateliers étaient exposées en séances plénières par deux rapporteurs, le professeur Bichara Khader pour les migrations et le professeur Iman El-Kafass pour l’éducation, en présence de décideurs politiques. Ces derniers ont alors eu l’occasion de réagir par rapport aux propositions reçues.

Le Congrès eu le privilège de compter sur des participants de qualité et fut une réussite. Le Vice-Président du Mouvement Européen International et Ministre d’Etat, M. Charles-Ferdinand nous fait aujourd’hui le plaisir de nous résumer les résultats de ces deux jours de Congrès. Vous aurez ensuite la possibilité de réagir à ces conclusions, d’y ajouter votre impression du Congrès d’Alicante si vous y étiez, les idées qu’elles suscitent chez vous si vous n’y étiez pas.

 

Congrès d’Alicante : Debriefing

par Charles-Ferdinand Nothomb

L’actualité nous montre que les thèmes de l’éducation et des migrations sont essentiels. Mais de ces questions il est important de traiter sur un pied d’égalité avec nos partenaires du Sud. C’est ce que nous avons tenté de faire à Alicante, et avant cela durant les réunions préparatoires. Celles-ci étaient une manière appropriée de parler dans un premier temps dans un cercle restreint et plus homogène, ce qui est souvent plus aisé, avant de présenter ces idées devant une assemblée plus large et beaucoup plus diversifiée.

Nous avons la chance d’avoir avec nous les deux rapporteurs de choix qu’ont été les professeurs Bichara Khader de l’Université Catholique de Louvain (UCL – Belgique) et Iman El-Kafass de l’American University in Cairo (AUC – Egypte).

Aujourd’hui c’est au suivi d’Alicante qu’il est nécessaire de penser. Il peut être envisagé dans le cadre du Dialogue 5+5 en ce qui concerne les migrations, ou pour ce qui concerne l’éducation, dans celui de la conférence Euromed qui aura lieu sur cette question en Slovénie durant la Présidence espagnole de l’UE (premier semestre 2010).

Quelles sont les conclusions générales qui ont pu être tirées du Congrès d’Alicante ?

En matière d’éducation, les participants au Congrès ont constaté une nécessité de l’initiation à l’interculturalité dès le plus jeune âge, un trop plein de diplômés dans certaines branches qui atterrissent dès lors au chômage et la qualification peu adaptée des migrants.

En ce qui concerne les migrations, les pays du Sud ont fait remarquer qu’eux aussi faisaient face à un phénomène migratoire. Il est nécessaire de définir les qualifications qui ont de l’avenir ainsi que d’améliorer la reconnaissance et l’équivalence des diplômes entre les deux rives de la Méditerranée. Une des solutions récurrentes dans les discussions est celle de la migration circulaire, une mobilité accrue entre les deux rives de la Méditerranée, dans les deux sens et aller-retour. Mais cela nécessite une politique moins restrictive en matière de visas de la part de l’Union Européenne. A noter que la solution de l’immigration choisie, défendue entre autre par le Président Sarkozy, est peu appréciée. Le concept de migration circulaire est davantage conçu comme un développement commun des deux rives de la Méditerranée.

Au croisement de l’éducation et des migrations, il faut par exemple améliorer l’image des uns et des autres dès l’enseignement primaire, améliorer la mobilité des universitaires, tirer profit des pôles d’excellence existant sur les deux rives de la Méditerranée. Il est également important de penser à l’intégration des migrants dans nos sociétés du Nord, et à la préparation des migrants au Sud (par exemple en définissant les métiers de l’avenir, qui leur permettraient de facilement trouver du travail).

Dans ces domaines se situant à l’intersection des deux thèmes, il est possible d’imaginer de nombreuses solutions originales, ou de développer certaines qui existent déjà mais en insuffisance :

  • Pour faciliter l’intégration, il est nécessaire de cultiver la culture d’origine ;
  • Chaque année la plupart des européens d’origine maghrébine retournent pour les vacances au Maroc, en Algérie, en Tunisie. Il serait intéressant de développer des universités d’été en profitant de ces échanges de population, de cultures ;
  • Imaginer des programmes de formation des professeurs à la culture d’origine de leurs élèves (histoire, langue, spécificités sociologiques) ;- Utilisation de l’éducation à distance pour ceux qui n’ont pas la possibilité de bouger.

Débat

Marine Imberecht, Centre de culture européenne : Il existe des institutions très pointues en Afrique du Nord sur le développement durable qui incluent les migrations. De plus, les conclusions du Congrès en matière de migrations n’incluent pas les aspects historiques qui sont pourtant essentiels.

M. Belguenani : Le Congrès était très intéressant mais on peut néanmoins regretter un nombre trop restreint de représentants de la société civile indépendante du Sud de la Méditerranée. De plus les discours des représentants politiques européens étaient éloignés de la réalité. De la part des politiques du Sud de la Méditerranée, on a pu assister à trop de doubles discours entre ce qu’ils disent et ce qui se passe vraiment. Les transferts de fonds des émigrés les intéressent beaucoup. Vous parlez d’enseigner leur culture d’origine aux enfants mais à l’heure actuelle, il existe trop peu d’écoles qui prodiguent cet enseignement en dehors des mosquées.

M. Barakat : Il est intéressant de regarder à combien se chiffrent les transferts dans l’autre sens,  c’est-à-dire des migrants européens. Pour qu’il y ait de l’interculturalisme, il faut que les enfants de migrants aient quelque chose à donner, mais ils ne connaissent pas bien leur culture d’origine. Il est également nécessaire de souligner l’importance des médias satellitaires.

M. Ebermann : Je viens de rentrer du Caire où j’étais en poste comme représentant de l’UE en Egypte. A Alicante, vous avez visé des objectifs envisageables dans les quarante ans à venir, mais l’avenir est peu prometteur pour les 10-15 ans à venir. L’Union Européenne ne peut pas dicter ce qu’elle veut dans l’éducation. Elle peut le faire à travers la Ligue arabe. Elle peut peut-être avoir plus d’influence concernant la mobilité estudiantine, mais certains problèmes demeurent hors de son ressort comme la difficulté qu’ont les parents de laisser partir leurs filles pour un séjour prolongé à l’étranger par exemple. Le problème de l’Euromed est financier d’une part –  il existe peu de possibilités de bourses d’étude – et provient d’autres par de la difficulté à obtenir des visas. Un terme important utilisé dans les conclusions d’Alicante est celui du brain drain mis en perspective avec celui du brain gain. En Chine, les étudiants qui partent rentrent ensuite au pays, pas en Egypte. Pourquoi ?Point de vue migrations, à nous de balayer devant notre porte : la migration et les jeunes sont essentiels à l’Europe.

M. Boone : Je tenais juste à dire qu’une association interculturelle a fait un livre sur la Belgique pour que les enfants de migrants puissent ensuite expliquer ce qu’ils ont appris à leurs parents. Mme ImberechtIl est très intéressant de souligner les avantages que comporte la pédagogie Freinet en ce qui concerne toutes ces problématiques.

M. Khalifa : Il existe un programme de la Ligue Arabe qui permet à de jeunes arabes européens de voyager, de se rencontrer et d’échanger des expériences.M. KrönerIl existe également une technique qui pourrait être utilisée, c’est celle d’un bus pour l’éducation.

Professeur Safar : Ce qui serait intéressant, ce serait de souligner la spécificité d’Alicante. Il s’agit ici d’une formule nouvelle. Depuis l’embargo pétrolier, différentes formules ont été avancées pour rapprocher les deux rives de la Méditerranée. Elles n’ont été qu’autant d’échecs car elles n’étaient pas à un niveau de négociation qui concernait le citoyen. A Alicante, le choix des problématiques était judicieux, ainsi que celui du public. Dans notre réseau Strademed, nous avons discuté d’Alicante. La plupart des universitaires ne pensent pas qu’une telle formule soit bonne. Moi j’ai défendu l’idée contraire, les citoyens et les académiques doivent se rencontrer pour parvenir à des résultats originaux.Nous voulons une zone de libre-échange, mais nous ne voulons pas de la libre-circulation. L’éducation doit donc se centrer sur le transfert.

M. Ryelandt : Le rôle des autorités publiques était excessif à Alicante. Intéressant mais excessif. La société civile d’Afrique du Nord est faible comme l’a déjà souligné M. Belguenani : les associations ont tendance à faire références aux ministres, à se cacher derrière eux. Iman El-Kafass jouait par contre très bien le rôle d’une société civile indépendante.Du point de vue organisationnel, un congrès comme Alicante devrait bénéficier de plus de préparation en petits groupes, mais devrait également aborder des sujets plus restreints, mieux définis.Il faut réfléchir à l’intégration. En ce qui concerne le brain gain, il faut promouvoir la migration circulaire. On a trop tu le besoin de migrants que l’Europe rencontrera dans les années à venir.

M. Bruneel : Il faut utiliser les réseaux de professeurs existant pour véhiculer les nouvelles méthodes.

Mme Imberecht : Il faut également insister sur le contentieux que représente la colonisation.

M. Raphael John : La migration n’est pas qu’économique : qu’en est-il des prisonniers politiques en Afrique du Nord ? Pour les diplômés, il est difficile de trouver un emploi dans ces pays parce qu’il faut des pistons, du népotisme pour y arriver. On ne parle pas assez de tout ça.M. ChamasUn problème est également dans la double identité des immigrés : ils se sentent mal et dans leur pays d’accueil et dans leur pays d’origine.

Conclusions

par Charles-Ferdinand Nothomb

Plusieurs conclusions peuvent être tirées de nos discussions aujourd’hui :

  • D’un point de vue temps, les politiques ont eu trop de temps impartis par rapport au but réel du congrès qui est de faire parler la société civile ;
  • Le problème des Droits de l’Homme mérite qu’on lui accorde une place spéciale: il est nécessaire de mettre des outils à disposition des minorités ;
  • Faiblesse de la société civile au Sud de la Méditerranée : on ne peut pas faire autrement que de prendre ce qui existe, même si ce n’est pas parfait. Notre réseau permet à certaines personnes de bouger un peu sans passer par les autorités et c’est déjà un bien.
  • On a beaucoup parlé de l’intégration des migrants ici, comment leur donner les bonnes clés ? Il faut également que nous laissions une porte ouverte pour qu’il y ait une collaboration.
  • Pour donner une alternative aux mosquées en ce qui concerne l’enseignement de la culture d’origine, les représentations de ces pays pourraient également jouer un rôle.

Afin que ces conclusions parviennent aux autorités compétentes, afin que de réels changements surviennent, nous devrons inscrire le suivi d’Alicante dans les deux présidences européennes suivante :

  • Les questions de l’éducation dans la zone Euromed à aborder durant la conférence qui aura lieu en Slovénie sous présidence espagnole (premier semestre 2010) ;
  • Les questions d’emplois à aborder durant la présidence belge (second semestre 2010).

 

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE SONT ORGANISÉS CONJOINTEMENT PAR L’INSTITUT MEDEA ET LE MOUVEMENT EUROPÉEN BELGIQUE.

INSTITUT MEDEA

Contact : Nathalie Janne d’Othée

Tel : +32 2 231 13 00

Email : Medea@medea.be

Site web : www.medea.be

MOUVEMENT EUROPEEN-BELGIQUE

Contacts: Laetitia de Fauconval et Lin Vanwayenbergh

Tel +32 2 231 06 22

Email : info@mouvement-europeen.be

Site web :www.mouvement-europeen.be / www.europese-beweging.be