15/01/2010

Lady Ashton aux commandes de la PESC : de nombreux points d’interrogation demeurent

Catherine Ashton, la nouvelle représentante des relations extérieures de l’UE, était la première à passer son « grand oral » devant le Parlement Européen ce lundi. Durant son audition, Lady Ashton a déclaré : « l’Afghanistan et le Pakistan, l’Iran, le Moyen-Orient, la Somalie et le Yémen font clairement partie de nos principales priorités ». L’accent est donc résolument mis sur le Moyen-Orient, mais sur la question des objectifs à atteindre, la nouvelle tête de la diplomatie européenne n’a pas été claire. Elle a bien mentionné sa rencontre avec Georges Mitchell et Tony Blair le lendemain ou encore une future rencontre avec Hilary Clinton afin d’analyser la manière de « mettre en commun nos stratégies et nos actions sur les questions mondiales » mais n’a apporté aucune précision concernant la politique européenne à mener au Moyen-Orient. A noter néanmoins qu’elle a décliné la proposition de l’eurodéputé Bastiaan Belder d’organiser prochainement un sommet UE-Israël.

Suivie attentivement par les médias, cette première démonstration de Lady Ashton n’a que peu convaincu des europarlementaires qui quittèrent l’hémicycle en masse. De même pour la presse qui ne se montre pas élogieuse vis-à-vis des premiers pas de la baronne. Le Guardian qualifie l’intervention de l’anglaise « Solide, convenable – mais peu inspirée » (11/1/2010), mais souligne par ailleurs le « calme diplomatique » avec lequel elle a su répondre aux questions. Le Figaro s’inquiète de la capacité de Catherine Ashton à « faire entendre la voix de l’Europe dans le Monde » (« Ashton défend une «stratégie européenne unique», 12/1/2010). Le Courrier International déplore de son côté les mauvais choix que l’UE fait de ses ambassadeurs au Moyen-Orient. Seul Miguel Angel Moratinos, envoyé spécial du Conseil des Ministres Européens pour le processus de paix au Moyen-Orient de 1996 à 2003 a un tant soit peu les esprits dans la région (« De piètres ambassadeurs », 15/1/2010). C’est dernier est par ailleurs l’actuel Ministre des Affaires Etrangères de l’Espagne qui assure la Présidence de l’UE depuis le 1er janvier dernier. Le Monde se demande si Lady Ashton, novice en matière de politique internationale est capable de faire le poids face à une telle figure (« Les débuts laborieux de Catherine Ashton à la tête de la diplomatie des Vingt-Sept », 12/1/2010).

A l’occasion de son audition devant le Parlement Européen, Andries Piebalgs, le nouveau Commissaire en charge de la politique de Développement de l’UE a quant à lui précisé qu’il souhaitait travailler en étroite collaboration avec Catherine Ashton, afin de ne pas « donner de l’argent d’une main et de le reprendre avec une autre politique ». Cette remarque peut entre autres concerner les aides conséquentes accordées par l’UE à l’Autorité Palestinienne, sans qu’il n’y ait une politique claire de la part des vingt-sept pour soutenir les efforts entrepris sur le long terme.

Ceux qui attendaient une politique extérieure de l’UE plus forte dès les premiers pas du nouveau Traité de Lisbonne seront déçus. Il faudra attendre que la machine se mette en place et que les rouages s’huilent avant que la nouvelle Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) atteigne sa vitesse de croisière. Quant à dire si Catherine Ashton est le capitaine adéquat pour commander ce navire, seul l’avenir nous le dira.

Nathalie Janne d’Othée