22/01/2010

Les dessous de la menace yéménite

Suite à l’attentat manqué du Nigérian Umar Farouk Abdulmuttallab le 25 décembre dernier, le Yémen occupe l’attention des diplomaties du monde entier. Néanmoins, si certains y voient le nouveau repère de l’organisation terroriste Al Qaïda et de là, une menace pour le reste du monde, d’autres demeurent beaucoup plus circonspects.

Dans une interview accordée à Adla Massoud d’Al Jazeera, le haut responsable des Nations-Unies pour la surveillance d’Al Qaïda et des Taliban, Richard Barrett fait le point sur les risques que comportent la situation actuelle au Yémen (Interview : Richard BarrettAl Jazeera, 21/1/2010). Selon lui, Al Qaïda pour la Péninsule Arabique (AQPA) est aujourd’hui la branche la plus puissante du réseau terroriste. Principalement constitué de jeunes, l’AQPA représente un danger réel, mais essentiellement circonscrit à la péninsule arabique. Les branches régionales d’Al Qaïda n’ont jamais prétendu avoir des cibles en dehors de leur région. Le cas Abdulmuttallab serait donc isolé.

Les Etats-Unis ne semblent pas appréhender la situation au Yémen de la même manière puisqu’Hilary Clinton aurait déclaré qu’il s’agissait d’une « menace pour la stabilité mondiale ». Mais selon de nombreux analystes, la réaction américaine est exagérée. Le journaliste du Figaro, Georges Malbrunot a recueilli les propos d’un diplomate européen déclarant : « La dimension de politique intérieure américaine dans la gestion du dossier yéménite est aveuglante ». (voir «Yémen : Quelques vérités sur la menace Al Qaïda » sur blog de Georges Malbrunot, 15/1/2010).

Une tentative d’attentat comme celle du vol Amsterdam-Detroit du 25 décembre dernier représente en effet du pain bénit pour les Républicains. Ebranlée par ce genre de nouvelle, l’opinion publique américaine est en effet sensible au discours sécuritaire dispensé par le parti de l’opposition, ce qui pousse l’administration Obama, manquant en ce moment de soutien, à prendre des mesures dans ce sens.

Des frappes aériennes ont été menées par l’armée yéménite contre les bastions avérés de l’AQPA ces derniers jours (voir « Senior Qaeda Figures Killed in Attack, Yemen Says » dans le New York Times, 15/1/2010). Y a-t-il eu une intervention de l’armée américaine ?  Les réponses divergent : alors que les Etats-Unis ne démentent pas une possible coopération, les autorités yéménites nient quant à elle une telle collaboration. Selon un diplomate en poste à Sanaa néanmoins « Le travail a été trop bien fait pour que ce soit les Mig 29 yéménites qui en soient les auteurs ». Le gouvernement yéménite aurait donc menti, conscient qu’une implication américaine serait mal vue par la population.

L’AQPA ne représente donc pas pour l’instant de menace globale, mais bien une menace régionale. L’Arabie Saoudite est une des cibles principales de cette filière d’Al Qaïda, puisque le régime de Ryad est une des cibles principales du réseau terroriste, mais aussi parce qu’il permet de toucher indirectement les pays occidentaux dépendant de ses ressources pétrolières. Sans être pour autant alarmiste, il par conséquent nécessaire que la communauté internationale aide le gouvernement yéménite avant que la situation ne lui échappe. Le pays mérite depuis longtemps une attention particulière. Il est regrettable que ce soit un attentat raté qui nous le rappelle.

Nathalie Janne d’Othée