29/01/2010

Obama tenté par l’isolationnisme

Un an après son accès à la Présidence des Etats-Unis, Barack Obama adressait mercredi soir son premier discours sur l’Etat de l’Union à la nation américaine (voir le texte intégral sur le site de la Maison Blanche). Habitué des discours fleuves, l’exercice n’aurait été qu’une preuve de plus des qualités d’orateur du Président américain si celui-ci jouissait d’une popularité confortable. Mais voilà qu’un an à peine après son élection, Barack Obama n’atteint plus que les 50% d’opinions favorables aux Etats-Unis. Avec la récente défaite des démocrates dans le Masschussets, le Président sera de plus mis en difficulté dans un Sénat où son parti ne possède plus la majorité qualifiée.

Bref, comme il le dit lui-même, “quand j’ai posé ma candidature pour la Présidence, j’ai promis de ne pas uniquement faire ce qui était populaire, mais que je ferais ce qui était nécessaire ». Nécessaire, la réforme des soins de santés aux Etats-Unis l’était à ses yeux et à ceux des démocrates. Nécessaire aussi était selon lui l’envoi de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Mais ces mesures ont laissé beaucoup d’électeurs insatisfaits.

Barack Obama a déçu, même dans son propre camp mais cela tient également au poids des espoirs qui reposaient sur lui. Il analyse lui-même cette frustration par le fait que « le changement n’est pas venu assez rapidement », tout en soulignant les difficultés héritées de la précédente présidence, dont « deux guerres, une économie secouée par une grave récession, un système financier sur le point de s’effondrer, et un gouvernement profondément enfoncé dans la dette ».

Mais aux yeux du monde extérieur, ce qui parait inquiétant c’est le peu de place octroyée à la politique extérieure dans son discours. Roger Cohen le souligne dans un éditorial du New York Times (Exit AmericaNY Times, 28/1/2010) : « À en juger d’après les neuf minutes dérisoires consacrées aux affaires internationales dans un état de l’Union de plus d’une heure, il est las d’une Amérique chargée du maintien de l’ordre dans le monde ». L’éditorialiste continue en analysant que « Quand Israël-Palestine ne mérite pas un mot d’un président, vous savez que les Etats-Unis se tournent vers l’intérieur ».

Le Président a en effet résolument mis l’accent sur la création d’emplois, cela pour regagner le cœur d’Américains qui pensent souvent qu’ « une partie des milliards dépensés à Kaboul pourrait être utilisé pour créer des emplois à domicile », comme le relève bien Roger Cohen.

Les Etats-Unis tentés par l’isolationnisme, c’est également l’avis de Pierre Rousselin du Figaro (Obama tenté par le repli, blog du Figaro, 29/1/2010) et de Robert Kagan du Carnegie Endowment (Response to President Obama’s State of the Union AddressCarnegie website, 28/1/2010). Le premier remarque que « L’objectif final des deux opérations militaires extérieures des Etats-Unis semble, de plus en plus, être avant tout de… ramener les troupes à la maison, à court terme en Irak, à moyen terme en Afghanistan ». Le second note que l’Irak et l’Afghanistan ne sont mentionnés qu’en termes de désengagement et non d’engagement, ce qu’il trouve au final « inquiétant ».

Quelle serait la réponse à “moins d’Amérique” dans la politique internationale? La réponse de Roger Cohen est l’avènement de la Chine comme unique superpuissance mondiale. Notre réponse demeure un vœu pieu mais serait « plus d’Europe ». Bien entendu, l’Union Européenne n’a pas encore des outils de politique étrangère qui lui permettent d’égaler son voisin outre-Atlantique, voire la puissante Chine, mais elle a aujourd’hui de nouvelles structures qui doivent encore démontrer leur portée et une réelle place à prendre, en particulier au Moyen-Orient.

Nathalie Janne d’Othée