12/02/2010

L’Iran et le nucléaire : Quel avenir pour la région ?

Téhéran, une puissance nucléaire ? Le 9 février 2010, le président iranien Ahmadinejad a annoncé la mise en place d’une dizaine de sites enrichissement d’uranium à 20%. L’Iran produisait déjà de l’uranium faiblement enrichi (entre 3 et 5%) qui est utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires. Pour fabriquer une arme atomique, il faudrait que l’uranium produit soit enrichi à 90%. 

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique avait précédemment condamné la République islamique après que cette dernière ait caché l’existence de la construction du site d’enrichissement d’uranium de Fordow, près de Qom.
La question nucléaire en Iran est aujourd’hui une des principales inquiétudes du Monde occidental et d’Israël. Le compromis ne semble pas être à l’ordre du jour et selon Zalmay Khalilzad, ancien ambassadeur américain auprès des Nations Unies, la voie diplomatique s’achève et il n’y aurait a priori aucune solution mis à part l’établissement de nouvelles sanctions. (New sanctions won’t stop Iran’s nuclear proliferation ; Gulfnews, 9/02/2010)

Si aujourd’hui la communauté internationale se dit prête à sanctionner l’Iran, il n’est reste pas moins que cette même communauté est divisée. La Chine et la Russie sont plus frileuses à l’idée d’adopter une forme de répression contre  Téhéran. La Chine et la Russie sont plus frileuses d’adopter des sanctions contre Téhéran avec qui elles entretiennent une collaboration économique. Seul Israël, directement menacé par ce danger, condamne l’Iran et attire l’attention sur le rôle de la communauté internationale. Benjamin Netanyahu lance un appel à la société mondiale. (Netanyahu: Crippling Iran sanctions needed now, Haaretz, 10/02/2010).

Mais qu’en pensent les pays arabes ?
Car si les Etats Unis et l’Europe, particulièrement la France, se révolte contre l’augmentation de la production d’uranium iranien enrichi à 20%, les pays arabes, voisin de l’Iran, ne font pas beaucoup entendre leurs voix.
Par voie diplomatique, l’ambassadeur iranien au Koweït a déclaré qu’il n’y a aucune raison pour les pays voisins de s’alarmer quand à cette situation. De plus, selon Ali Jannati, les Etats Unis n’ont pas les moyens de recourir à la force étant donné la situation en Afghanistan. Les Etats du Golfe  n’auraient  par conséquent pas de soucis à se faire même si trois des six pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) abritent d’importantes bases américaines: le Koweït, le Qatar et Bahreïn. (US ‘incapable’ of launching military attack against Iran, Kuwaittimes, 09/02/2010).

Quant à l’Irak, l’Etat ne voit pas d’inconvénient à ce que la République islamique construise des sites nucléaires au bord de la frontière entre les deux pays. Le gouvernement irakien pose pour condition que ces sites respectent les normes de sécurité. La Commission Nationale Irakienne sur le Nucléaire et l’Energie promet de surveiller les activités nucléaires et compte sur l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) pour faire de même. (Iraq asks Iran for information on 10 nuclear sites, Azzaman, January 15, 2010)

Le constat aujourd’hui est que le jeu des sanctions entre la communauté internationale et l’Iran n’est pas efficace. Les menaces des puissances occidentales n’effrayent pas la République islamique, notamment parce que ces puissances ne sont pas unanimement d’accord sur la position à adopter.
Effectivement, la Russie et la Chine sont encore timides et l’Iran est conscient que les Etats-Unis ne peuvent (pour l’instant ?) pas recourir à la force. Alain Frachon, du Monde, met en évidence la non-cohésion de la communauté internationale, et européenne face à la question de la « condamnation » de la République islamique, qui ouvrira par conséquent  la voie des sanctions unilatérales. (Iran : pourquoi la politique des sanctions marche aussi mal, Le Monde 09/02/2010).

Jusqu’à quel point l’Iran va-t-il faire abstraction des réclamations de la communauté internationale et dans quelles mesures l’Europe et les Etats-Unis sont ils prêts à coopérer avec Téhéran ?
La question d’une intervention des Etats-Unis n’est pas à l’ordre du jour même si  les autorités iraniennes ont déjà exprimé leur avis et ne pensent pas que les Etats-Unis puissent intervenir physiquement.
Téhéran ne semble pas être prêt à abandonner ses activités malgré les sanctions encourues. Le dialogue entre l’Occident et l’Iran n’est pas constructif, même si ce dernier se dit ouvert aux propositions. La dynamique de négociation doit être relancée et l’un des facteurs de discussion pourrait être le retrait du soutien de la Chine et de la Russie à la République islamique. En effet, si la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie s’unissaient face à l’Iran, cela influencerait la prise de décision du président Ahmadinejad.

 

Sophia Vignard