12/03/2010

La condition de la femme dans le monde arabe

Certes, le bilan de ces dernières années montre que la condition de la femme a beaucoup évolué dans le monde arabe, même si elle n’est pas homogène. Cadres, médecins, membres de gouvernement, économistes, artistes, les femmes arabes ont trouvé leur place dans différents domaines qui leur avaient été impossible d’intégrer avant. La condition de la femme arabe, qui a en général été amélioré, est un facteur fondamental de développement. La transition démographique et l’augmentation du taux de scolarité ont largement contribué à leur émancipation.
Ce 8 mars 2010 nous offre l’occasion de se pencher sur la condition de la femme dans le monde arabe.
En 1995, 189 pays avaient adopté la Déclaration de Beijing selon laquelle était reconnue que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes étaient des critères fondamentaux du développement, de la paix et des droits de l’homme. Un plan d’action avait également été approuvé et mettait en avant les principaux domaines qui nécessitaient une amélioration de la condition de la femme, dont l’éducation, la pauvreté, la santé, les conflits armés, l’éducation, la politique en font partie.

Dans cette région du monde, les femmes se battent pour acquérir des droits. Au Liban, elles luttent pour le droit à la nationalité, la garde des enfants, les quotas et contre la violence (voirDroits de la femme au Liban : de légers progrès, mais la bataille reste longue, L’Orient Jour).  En Egypte, après avoir obtenu en 2003 le droit d’être nommé juge dans les cours constitutionnelles, l’Association des juges du Conseil d’Etat a voté, fin février 2010, contre la nomination de femmes juges au sein de cette instance pour statuer sur les contentieux administratifs (voir Constitutional Court takes on female judge appointments, Al Masry Alyoum). À Dubaï, les femmes actives luttent chaque jour pour leur travail car elles doivent remplir leurs obligations familiales qui sont plus importantes que leur vie professionnelle (voir Trying to create a balance between work and home, Gulfnews.com).

Cela illustre bien la situation de la population féminine dans ces pays, qui est marquée par le tiraillement entre les traditions, l’Islam, le système patriarcal et la volonté de se moderniser. Il faut trouver un équilibre : les femmes sont sous la pression de la tradition,  de la culture et du pouvoir prédominant des hommes.
La modernisation est un phénomène accepté dans sa totalité lorsqu’il concerne les domaines économique et politique mais dès lors que cela touche à la société civile, c’est une toute autre histoire.

Les progrès sont observables mais l’évolution est lente.

Les personnalités royales, telles que la Princesse Lala Salma, épouse du roi du Maroc, Mohamed VI, et la Reine Rania de Jordanie, offrent une image plus moderne et s’investissent dans des causes humanitaires et sociales. De plus, créée dans le cadre de la Ligue Arabe, l’Organisation de la Femme Arabe (OFA) a pour objectif de « renforcer les capacités des femmes arabes dans tous les domaines en tant que pilier fondamental pour la promotion de la communauté arabe ». Mais  cette organisation va-t-elle concrètement faire avancer la cause des femmes ou n’est-elle qu’une énième initiative politique sans impact concrets? Car au vue des problèmes de cohésion qui caractérisent la Ligue Arabe, peut-on réellement croire en l’OFA ?
Par ailleurs, il reste des domaines où les femmes ne sont pas en sécurité. Une des priorités est celle de la protection de la population féminine contre les violences qui lui sont faites, qui restent inacceptables. Les crimes d’honneur existent toujours et continuent de terrifier les jeunes filles. De plus, les violences domestiques sont un frein à l’amélioration de la condition féminine. Mais le bilan n’est pas noir, au contraire. Le principal est que de nombreux changements ont eu lieu, notamment grâce au fait que les femmes sont actrices de leur propre évolution. Les changements faits en leur faveur passent par l’action des femmes dans la société civile.

Par conséquent, l’évolution de la condition féminine sera menée à bien quand les femmes auront un plein accès à l’éduction, au pouvoir, à la politique pour défendre leurs droits.

Sophia Vignard