19/03/2010

Situation explosive au Proche-Orient : un rôle à prendre pour l’Union Européenne

La semaine passée on apprenait la déconvenue du Vice-Président américain Joe Biden lors de sa visite au Proche-Orient. A peine arrivé, ce dernier apprenait en effet la construction de 1600 nouveaux logements dans une banlieue de Jérusalem-Est occupée par des colons israéliens. La réaction palestinienne ne s’est pas faite attendre : Mahmoud Abbas refuse d’ouvrir des négociations, même indirectes, avec les autorités israéliennes. De son côté, Benjamin Netanyahou joue la carte de l’innocence et affirme qu’il n’était pas au courant que l’annonce du projet était pour ce jour-là. Repentance hypocrite s’il en est puisque le Premier ministre israélien affirmait également dans la foulée qu’il n’envisageait en aucun cas l’arrêt de la colonisation juive de Jérusalem-Est.

Cette semaine c’était au tour de Lady Ashton, la Haute Représentante de l’Union Européenne d’être de passage dans la région. Elle a pu constater un climat de tension extrême (Lady Ashton découvre Gaza sous tensionLe Figaro, 19/3/2010). Les provocations israéliennes à répétition ont réussi à enflammer la population palestinienne. Mardi avait été déclaré « Jour de la Colère » par le Hamas, et de nombreux heurts eurent lieu entre Palestiniens et les forces israéliennes. Certains la possibilité d’une imminente « troisième Intifada » est par ailleurs de plus en plus évoquée (Vers une troisième intifada palestinienne ?Nouvel Obs (avec Reuter), 19/3/2010).

La situation est donc brûlante. Les grandes puissances semblent sans ressources. Les membres du Quartet se sont rencontrés hier à Moscou et semblent avoir obtenu des concessions de la part du gouvernement israélien, qui seraient en mesure d’inciter les Palestiniens à accepter le principe des pourparlers (US stares down Israel to revive Palestinian talksGuardian, 19/3/2010). Mais sans pour autant être alarmiste, la situation ne semble malheureusement plus aux solutions négociées. Comment peut-on d’une part imaginer l’Autorité Palestinienne – qui n’a plus d’autorité que le nom – mener des négociations de manière crédible ? Comment peut-on d’autre part imaginer un arrêt de la colonisation avec un gouvernement tel que celui de Benjamin Netanyahou ?

Et pourtant, l’Union Européenne a une carte à jouer qui pourrait modifier l’équilibre, et permettrait de relancer ultérieurement les négociations une fois les cartes redistribuées. C’est l’idée avancée par le Professeur Ezzedine Choukri Fishere de l’American University in Cairo (AUC). Selon lui, les autorités israéliennes ont déjà reçu des incitants de la part de l’Europe pour avancer vers la paix, mais cela ne s’est pas avéré suffisant. L’Union Européenne doit donc simultanément s’employer à rendre la colonisation trop couteuse pour Israël (How Europe could alter the Arab-Israeli ‘political calculus’Europe’s World, Spring 2010). Pour cela, elle a deux instruments à sa disposition : premièrement, les exemptions de taxes économiques qui pour l’instant permettent à des produits issus des colonies, mais labellisés israéliens, de pénétrer sur le marché européen ; deuxièmement, la défense des Droits de l’Homme par des sanctions claires contre les exactions israéliennes à l’égard des Palestiniens.

Sur le plan économique, la Cour Européenne de Justice a émis un jugement il y a quelques semaines qui interdit aux produits des colonies de bénéficier des avantages réservés aux produits israéliens sur le marché européen (EU court: West Bank goods not IsraeliYnet news.com, 25/2/2010). Ce premier pas doit néanmoins s’assortir d’une mention obligeant Israël à distinguer les produits issus des colonies de Cisjordanie. D’autre part, l’Union Européenne finance des infrastructures palestiniennes, mais devrait par conséquent lorsque celles-ci sont détruites par l’armée israélienne, comme ce fut le cas durant l’hiver 2008-2009 à Gaza.

Sur le plan des Droits de l’Homme, le Parlement Européen a récemment adopté une Résolution reprenant l’essentiel des recommandations du rapport Goldstone à 355 voix pour contre 287 contre et 43 abstentions (voir Résolution). Même si cette résolution résulte d’un compromis entre plusieurs formations politiques et demeure par conséquent prudente, elle n’en est pas moins un avis clair à destination de Catherine Ashton et des Etats membres en faveur d’une position plus ferme de l’Union Européenne face à Israël.

Les choses semblent donc petit à petit bouger au niveau de l’action extérieure de l’Union Européenne, mais changeront-elles suffisamment vite pour pouvoir enrayer la crise qui touche aujourd’hui le Proche-Orient ? La nouvelle configuration institutionnelle de l’Union pourra-t-elle gagner assez rapidement en clarté et en efficacité ? Il faut en tous cas l’espérer, sous peine de voir le conflit à nouveau s’embraser, face à une Union Européenne laissée une fois de plus sur le carreau.

Nathalie Janne d’Othée

 

Sur cette question, voir également l’interview de Nathalie Janne d’Othée dans l’émission « Allô Bruxelles » sur RFI (mercredi 17 mars 2010) :