26/03/2010

Vers une réconciliation nationale en Libye

Pendant les années 1990, la Libye a du faire face à plusieurs menaces. Non seulement le régime était menacé par la communauté internationale de sanctions mais l’islamisme s’imposait comme principal opposant du Colonel Kadhafi, cherchant à renverser le régime en place.

Dans les années 1990, des militants libyens, venus combattre les Soviétiques en  Afghanistan, formèrent le Groupe Islamique des Combattants Libyens. Officiellement, le GICL n’exista qu’à partir de 1995. Ce groupe, affilié à Al Qaïda, avait pour objectif de substituer au régime du colonel un Etat islamique radical. Ce fut alors le début d’une lutte du pouvoir contre ce mouvement, qui amena à l’emprisonnement de centaines d’islamistes. En 2007, le GICL continua de clamer son combat contre le régime en place et par la même occasion, réaffirma son affiliation au réseau d’Al Qaïda. Mais l’année 2008 marqua un tournant important pour le mouvement islamiste en Libye : leur dirigeant fut tué par un missile américain au Pakistan, ce qui freina leurs activités jusqu’à y mettre fin. A ce jour les islamistes libyens sont encore incarcérés.

Par la Fondation Kadhafi, fondation caritative libyenne œuvrant pour le développement, créée par Sheif El Islam, ce dernier a mis en place un programme de réconciliation entre le pouvoir et les activistes islamistes. 214 détenus extrémistes ayant abandonné la lutte, dont les dirigeants du mouvement GICL, autrefois lié à Al-Qaïda, ont été libérés le 23 mars 2010.

Mais quelles sont les raisons pour lesquelles la Libye libère les dirigeants du GICL et se lance dans un programme de réconciliation alors que  l’Arabie Saoudite et le Maghreb sont toujours menacés par le terrorisme?

Les Droits de l’Homme sont  la raison apparente de cette libération. D’une part, la pression est mise par les familles de détenus qui sont sans nouvelles de ces derniers depuis la fin des années 1990, notamment après le massacre d’Abu Salim en 1996, et qui continuent de manifester. D’autre part, la Libye est également très critiquée et sujette à la pression des associations et organisations des droits de l’Homme. Cette question reste en effet la condition sine qua non de la réintégration de la Libye dans la communauté internationale. En mai 2009, Ibn Al-Shaykh Al-Libi, islamiste lié à Al Qaïda, s’est donné la mort par pendaison dans sa cellule de la prison d’Abou Salim. Cet évènement déclencha de vives réactions de la part de pays occidentaux et d’associations, dénonçant les violations des droits de l’Homme en Libye.

Président du Croissant rouge libyen et de la  Fondation Kadhafi, Seif El Islam tente de mettre fin à une époque qu’il qualifie de « tragique » et de donner une autre image de son pays en commençant par s’attaquer aux droits de l’Homme. C’est la Fondation Kadhafi elle-même qui, dans un rapport, remit en cause les conditions d’incarcération et accusa le pouvoir libyen pour des cas de tortures et de détentions injustifiées.

Le travail de Seif El Islam permet de satisfaire à la fois les familles des détenus, les
associations des droits de l’Homme et les pays occidentaux. Mais qu’elle est sa véritable stratégie ? L’on peut se questionner sur l’authenticité des actions de Seif El Islam car ce n’est qu’une partie du problème qui est mise en valeur. Les acteurs de la société civile et internationaux ne doivent pas baisser leur garde : si en théorie la Libye semble être sur la voie d’une normalisation de la gestion des Droits de l’Homme, concernant l’immigration et les centres de détentions provisoires des clandestins il reste un long chemin à parcourir.

Sophia Vignard