16/04/2010

L’absence d’Israël au Sommet de Washington

Barack Obama a invité 47 pays à se réunir pour un Sommet à Washington sur la sécurité nucléaire. L’accent est mis sur le besoin de lutter contre la prolifération des armes nucléaires et de prévenir le terrorisme nucléaire. Si l’un des sujets épineux est le dossier iranien, les pays arabes ont une autre préoccupation : Israël.
L’Etat hébreu, non signataire du Traité de Non Prolifération et officiellement non détenteur de l’arme nucléaire, a toujours maintenu une politique dite d’ambigüité nucléaire.  Israël a toujours été vague sur ses ambitions nucléaires, or, selon les experts, il possède l’arme atomique depuis déjà une quarantaine d’année.
Benjamin Netanyahu, qui devait être présent au Sommet de Washington, a finalement annulé sa visite car certains pays dont la Turquie et l’Egypte avaient prévu de soulever la question de l’arsenal nucléaire d’Israël et de faire pression afin qu’il signe le Traité de Non Prolifération. Mais ne pas vouloir rendre des comptes de son  programme nucléaire n’est pas la seule raison de cette absence. Le contexte relationnel entre les Etats-Unis et Israël joue un rôle important. En effet, si les Etats-Unis ont jusque là respecté la politique nucléaire ambiguë de l’Etat juif, aujourd’hui les relations entre les deux Etats sont tendues et Benjamin Netanyahu n’est pas certain de recevoir le soutien nécessaire des américains si la question nucléaire était soulevée.
Après la signature de l’Accord de Paix Israélo-égyptien en 1979, l’Egypte adhère au Traité de Non-prolifération nucléaire mais n’est pas suivie pas Israël. Depuis 1980, elle s’est activée à appeler Tel Aviv à adhérer au TNP jusqu’à 1995, où elle lance une initiative de création au Moyen Orient  d’une zone dépourvue d’armes de destruction massive. Soutenue par la communauté internationale, les Nations Unies, la Ligue Arabe et la Coalition du Nouvel Agenda (composée du Brésil, Egypte, Irlande, Mexique, Afrique du Sud et Suède) ce projet n’a malheureusement pas vu le jour.
Aujourd’hui la région est en proie à une nouvelle dynamique du fait  d’une évolution des rapports de forces. La Turquie, qui cherche à s’établir comme leader régional et possède un accord militaire avec Israël, vient en soutien à Moubarak sur la question du programme nucléaire israélien. Suite aux évènements de Gaza, elle change progressivement de position vis-à-vis d’Israël et la relation entre ces deux Etats est de plus en plus tendue. Ankara et Le Caire se posent comme un axe plus en plus solide au Moyen Orient face à Israël, tentant de dénoncer sa politique nucléaire sans pour autant mettre fin aux accords que chacun de ces pays entretient avec Tel Aviv.
L’Egypte qui s’attache depuis des années à faire signer à l’Etat hébreu le TNP, a-t-elle trouvée en la Turquie un allié de poids ? Cette alliance suffira-t-elle un jour à amener Israël à se défaire de son arsenal présumé ? Malgré un contexte international défavorable à Israël, la question de sa politique d’ambigüité nucléaire ne lui a pas portée préjudice durant le Sommet de Washington.  Il est alors difficile d’imaginer des circonstances qui puissent faire changer d’avis l’Etat hébreu.

Sophia Vignard