09/04/2010

Les défis de l’opposition en Egypte

A un an et demi des élections présidentielles en Egypte, les spéculations vont déjà bon train. Le retour de l’ancien Secrétaire Général de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) Mohammed El Baradei fin février n’a fait que renforcer la conviction que le système Moubarak touchait à sa fin. Néanmoins, la répression cette semaine d’une manifestation du Mouvement de Jeunes du 6 avril montre que le changement ne se fera pas sans heurts.

La semaine passée, Mohammed El Baradei a lancé une campagne populaire en se rendant à Mansoura, une ville industrielle du Delta du Nil. Refusant de poser sa candidature aux présidentielles  tant qu’il ne peut le faire en tant qu’indépendant, il cherche le soutien populaire à sa pétition pour le retrait de l’article 76 de la Constitution. Malgré l’état d’urgence en vigueur depuis l’assassinat de Sadate en 1981 et qui interdit tout rassemblement de plus de cinq personnes, les supporters d’El Baradei étaient venus l’écouter en nombre. Le régime ne peut réprimer aussi facilement le mouvement d’El Baradei qu’il ne l’a fait avec d’autres opposants. Ce dernier a en effet le soutien de la communauté internationale et attirent l’attention des médias étrangers.

La permissivité face au rassemblement de la semaine passée n’est pourtant qu’un leurre au vu du sort réservé cette semaine aux quelques dizaines de manifestants rassemblés au centre du Caire. Le ralliement était organisé par les membres du Mouvement de jeunes du 6 avril, supporters de la candidature de Mohammed El Baradei. Le leader de l’opposition Ayman Nour a tenté de rejoindre les manifestants mais s’en est vu empêché par la police. Celle-ci a procédé à de nombreuses arrestations musclées parmi les manifestants (Egypt police violently disperse pro-reform protestHaaretz, 6/4/2010).

L’opération subie il y a un mois par le Président de la République égyptienne a montré que son état de santé et son âge avancé – 81 ans – ne lui permettraient sans doute plus de briguer un autre mandat. L’option souhaitée par Hosni Moubarak aurait été de voir son fils Gamal lui succéder. Mais malgré l’ascension rapide de ce dernier au sein du Parti National Démocrate (PND), cette succession héréditaire ne serait pas soutenue par la majorité nécessaire.

Outre Mohammed El Baradei, il y a parmi les candidatures envisagées pour succéder au chef d’Etat, d’autres figures internationalement connues comme l’actuel Secrétaire Général de la Ligue Arabe, Amr Moussa, ou encore le chef des renseignements Omar Souleiman. A une journaliste de l’AFP, l’analyste politique Amr Choubaki explique la confiance de l’armée et le poids sur la scène internationale sont des facteurs importants de présidentiabilité en Egypte (Egypte: incertitudes sur l’après-Moubarak dix jours après son opérationAFP, 16/3/2010).

En attendant septembre 2011, l’opposition a néanmoins plusieurs défis à relever. Tout d’abord, elle doit dépasser la classe intellectuelle à laquelle elle reste trop souvent confinée pour obtenir un large soutien populaire. Comme le disait un égyptien au micro de France 24 lors du retour de Mohammed El Baradei en Egypte, « Le problème est que les gens n’ont pas d’espoirs. S’ils avaient de l’espoir, ils agiraient pour rendre sa candidature possible » (Mohamed El-Baradei accueilli à bras ouverts par l’opposition égyptienneFrance 24, 20/2/2010).

Mohammed El Baradei a montré qu’une troisième voie existait, que les Frères Musulmans n’étaient pas la seule alternative au système Moubarak. Néanmoins, et c’est là que se situe le deuxième défi, l’ancien chef de l’AIEA sollicite le soutien des Frères Musulmans. L’opposition ressemblerait donc à nouveau à une association de fait « anti-Moubarak » mais marquée, outre cette caractéristique partagée, par l’absence totale de vision commune. Osama Diab, journaliste anglo-égyptien le souligne l’importance qu’une telle vision dans une société tiraillée entre son caractère de plus en plus religieux et une ouverture sans cesse croissante sur le monde (Egypt’s uneasy political truceGuardian, 29/3/2010).

Ces défis ne sont pas des moindres. Et la tache qui incombe à l’opposition est d’autant plus grande que l’espoir d’un changement s’étend au sein de la population égyptienne lasse de la précarité de sa situation.

 

Nathalie Janne d’Othée