30/04/2010

Peur de l’ « effet Goldstone » : la démocratie en danger en Israël

Plus d’une moitié des Juifs israéliens sont favorables à une réduction de la liberté d’expression des certaines organisations de défense des Droits de l’Homme qui dénoncent la conduite immorale de l’Etat d’Israël. Mardi, le quotidien israélien Haaretz commentait les résultats d’une étude effectuée par le Tami Steinmetz Center for Peace Research de l’Université de Tel Aviv. Ce sondage montre également qu’une majorité de Juifs israéliens souhaitent des sanctions contre les citoyens qui appellent à des actions de boycott contre Israël ou contre les journalistes qui donnent une mauvaise image des actions militaires (Poll: Majority of Israel’s Jews back gag on rights groupsHaaretz, 27/4/2010).

Nombreuses furent les réactions inquiètes pour l’avenir de la démocratie en Israël. David Newman de l’Université Ben Gourion  fait remarquer que les Israéliens considèrent « Israël comme la seule démocratie au Moyen-Orient, mais en Europe ils commencent à penser autrement ».

Dans une intervention samedi passé pour Euromed Rights à Bruxelles, le journaliste de Haaretz Gidéon Levy s’est également montré très préoccupé pour le caractère démocratique de l’Etat d’Israël. Selon lui, la population israélienne n’a jamais été si apathique, le camp de la paix si peu présent qu’aujourd’hui. Toute personne ou organisation qui ose émettre une critique à l’encontre de l’armée est automatiquement démonisée (voir la vidéo de la conférence).

Ainsi il n’est pas étonnant d’apprendre que suite à la publication du sondage du Tami Steinmetz Center, un projet de loi a été déposé mercredi à la Knesset. Celui-ci menace toute ONG qui « donnerait des informations à des entités étrangères ou serait impliquée dans des procédures légales à l’étranger pour crime de guerre contre des hauts officiels du gouvernement ou de l’armée israélienne » (Rights groups attack Israeli bill to shut down military critics, The Guardian, 29/4/2010). De telles organisations seraient donc forcées de fermer leurs portes en Israël, en dépit des droits et libertés fondamentales universellement reconnus. Les organisations israéliennes de défense des Droits de l’Homme dont B’tselem, Adalah, l’Association pour les droits Civils en Israël ou encore les Rabbins pour les Droits de l’Homme, ont vigoureusement réagi face au projet de loi. Selon elles, une telle mesure couronnerait une série de tentatives destinées à freiner leurs actions suite à la guerre de Gaza.

C’est en effet depuis la publication du rapport du juge Goldstone sur les crimes de guerre et contre l’humanité commis par Israël et le Hamas durant cette guerre, que la critique interne et internationale se fait de plus en plus entendre contre les agissements du gouvernement israélien. A tel point que Benjamin Netanyahou a déclaré que l’ « effet Goldstone » était une des trois menaces sécuritaires les plus sérieuses pour Israël. En d’autres termes, la démocratie israélienne serait mise en danger par les assauts… des Droits de l’Homme ?

Pour reprendre une parole de Gidéon Levy, « le seul espoir d’Israël vient de l’extérieur». Face à une société israélienne qui se laisse progressivement entrainer vers un déni de la liberté d’expression et de la démocratie, la communauté internationale a une responsabilité. L’Union Européenne, traditionnellement protectrice de la démocratie et des Droits de l’Homme, ne peut plus fermer les yeux sur les agissements du gouvernement israélien.

Nathalie Janne d’Othée