20/05/2010

Midi de la Méditerranée – Tournants et défis dans l’Islam européen

LES MIDIS DE LA MEDITERRANEE (14)

Tournants et défis dans l’Islam européen

par

Felice Dassetto
Professeur ordinaire émérite de l’Université Catholique de Louvain (UCL), Président du Centre Interdisciplinaire d’Etude de l’Islam dans le Monde Contemporain (CISMOC), Membre de l’Académie Royale de Belgique.

Jeudi 20 mai 2010

Organisée par le Mouvement européen-Belgique et l’InstitutMEDEA,
au Mouvement Européen Belgique.

Compte-rendu : Sophia Vignard

Présentation de l’intervenant

par Maïté ABRAM, Directrice du Mouvement Européen Belgique

Felice Dassetto est Professeur ordinaire émérite de l’Université Catholique de Louvain où il a enseigné la sociologie générale, l’histoire de la sociologie, la sociologie de la connaissance, des sciences et des techniques ainsi que la socio-anthropologie de l’Islam. Il est membre de l’Académie Royale de Belgique, classe des Lettres et des Sciences morales et politiques.

Un fil conducteur de ses travaux consiste à s’interroger sur la confrontation des sociétés aux changements sociaux, technologiques, culturels et civilisationnels.

F. Dassetto a fondé et préside le Centre Interdisciplinaire d’Etude de l’Islam dans le Monde Contemporain (CISMOC) à l’Université Catholique de Louvain. Il a également lancé avec le professeur Brigitte Maréchal à l’UCL, entre 2006 et 2009, un projet pilote de formation annuelle en Science religieuse Islamique. Cette formation développe un enseignement en sciences Islamiques et en sciences humaines. Ce projet pilote vise à contribuer à la formation des cadres de l’Islam.

Tournants et défis dans l’Islam européen

par le Professeur Felice Dassetto

Le sujet qui nous rassemble aujourd’hui est la question du devenir de l’Islam en Europe. Cette question était déjà présente dès la moitié des années 1980, lors des premières recherches du Professeur Felice Dassetto sur l’Islam dans la communauté française de Belgique. Son regard a été limité lors de la prise en compte d’un fait important : les musulmans circulaient dans l’espace européen et étaient, en quelque sorte, de véritables citoyens européens de part cette circulation. S’est alors posée la question du cadre européen de l’Islam dans la mesure où les dynamiques de l’Islam, au-delà des divergences nationales, étaient des dynamiques européennes. Elles se sont établies en parallèle des dynamiques nationales de chaque Etat et l’Islam s’est ainsi créé son parcours.

Cette présentation porte sur les appréciations du professeur à propos de l’Islam Européen. Ses points de vue sont marqués par ses propres recherches sur l’Islam Bruxellois, comme cas d’espèce du devenir de l’Islam européen.

Deux points vont être traités : les observations préliminaires et les tournants et défis de l’Islam européen.

I. Observations préliminaires

La société européenne présente une dimension musulmane. En effet, l’Europe est une société qui acquiert des signes de l’Islam : les foulards, les minarets, l’économie… C’est la grande nouveauté induite par la présence de l’Islam depuis 30 à 40 ans. Non seulement l’Islam est présent sur le territoire européen mais, d’un point de vue géopolitique, l’Europe est également incluse dans l’espace musulman. Lorsque l’on voit la carte du monde de la Ligue Islamique Mondiale, la présence musulmane est marquée par un dégradé de couleur verte et l’on voit que l’Europe est teintée par cette couleur. La présence de l’Islam y est plus consistante dans les villes.

La population musulmane en Europe

Lorsque l’on parle de l’Islam et de musulman, de qui parle- t-on exactement ?  Il y a en Europe environ 15 millions de « musulmans » car désormais l’appartenance à l’Islam n’est plus une appartenance sociologiquement naturelle. En effet, cette appartenance peut provenir de choix. On peut faire toute une sociologie d’appartenance à l’Islam. De plus, nous pouvons noter que parmi les personnes d’origine musulmane, il existe aussi des agnostiques, des athées, des indifférents, des pratiquants génériques et d’autres qui s’activent subjectivement ou dans un cadre organisationnel à l’intérieur de l’Islam.

Depuis le début de ses études sur l’Islam en Europe, le Professeur Dassetto s’est aperçu que les appartenances explicites à l’Islam s’accroissent. Il y a trente ans, on comptait beaucoup moins de musulmans religieux en Europe qu’aujourd’hui. Par conséquent, l’Islam comme religion fait de plus en plus sens pour ces nouveaux citoyens européens. Ainsi, toute la question est de voir comment cela évoluera avec les prochaines générations.

Par ailleurs, cette population musulmane est une population différenciée. Premièrement, elle est différenciée par les origines (turques, pakistanaises, marocaines, ou autres). Cela représente déjà une nouveauté pour les musulmans eux-mêmes qui font l’expérience du pluriculturalisme interne et doivent cohabiter ensemble. Cette cohabitation, qui ne se fait pas facilement, est l’un des défis contemporains de l’Islam.

Deuxièmement, la population musulmane est différenciée par les générations. La première génération de musulmans, qui ont émigré en Europe, est vieillissante. Cependant, lors de travaux de recherche, un phénomène important doit être pris en compte : il y a toujours des premières générations, celles de nouveaux migrants qui arrivent en Europe par mariage ou par d’autres moyens. Par conséquent, nous faisons face à la fois à une succession de générations qui sont nées et scolarisées en Europe, et à de nouvelles premières générations qui continuent d’arriver.

Troisièmement, la population musulmane en Europe est différenciée par les genres. Ainsi, la question sociologique qui se pose est celle de savoir s’il s’agit d’un Islam de tous ou l’Islam des hommes. Ceci amène à s’interroger sur la place des femmes dans le devenir de l’Islam contemporain. En effet, les femmes tentent d’acquérir une place au sein de l’espace religieux.

Dernier point mais pas des moindres, cette population musulmane en Europe vit une fracture sociale importante entre une classe moyenne musulmane, scolarisée qui avance dans le processus d’intégration, et une population d’origine musulmane au chômage et en échec scolaire. Il y a donc une fracture interne au sein de cette communauté qui aboutit parfois à des modes d’appartenances à l’Islam légèrement différents. Dans les prochaines années, cette fracture risque d’être de plus en plus ressentie. Aujourd’hui, les musulmans tentent d’y faire face avec leurs propres moyens.

En général, du point de vue légal, la population musulmane en Europe s’est intégrée à l’espace européen. À cet égard, tous les pays européens ont globalement adopté le même comportement par rapport aux discours républicains et communautaristes. Des politiques d’intégration ont été mises en œuvre, et les populations musulmanes ont atteint un statut de relative égalité par rapport aux autres cultes. Le discours, souvent excessif, d’une discrimination envers les musulmans tend à s’apaiser. Malgré de légères différences selon les pays et les cadres offerts aux religions,  la situation des musulmans européens tend vers l’égalité avec bien sûr certaines difficultés qui demeurent, telles les questions spécifiques des fêtes musulmanes, de la construction de mosquées, du Ramadan et de sa gestion du temps dans le contexte des sociétés occidentales.

Islamophobie ?

L’Europe est marquée par un grand débat : celui de l’Islamophobie. Selon F. Dassetto, nous pouvons parler d’une Europe et d’un peuple européen qui se posent des questions sur l’Islam mais il n’y a pas de refus viscéral de cette religion comme telle. Il est vrai que l’Islam pose des questions mais nous sommes aussi face à un phénomène de surenchère autour de l’islamophobie  qui n’est pas justifié. Cette condamnation morale de l’islamophobie empêche de mettre en œuvre un débat et une dynamique de discussion et d’échange.

La population musulmane s’est établie durablement en Europe. Des indicateurs existent comme le nombre de mosquées par exemple : au début des années 1970, on en comptait environ 50, aujourd’hui on compte environ 8 000 mosquées/salles de cultes ou de prières dans l’espace européen. Autrement dit, les musulmans se sont dotés d’infrastructures d’encadrement religieux. Cette évolution est le fruit d’énergies personnelles et de volontarisme.

Cependant, le processus d’implantation est inachevé, notamment par erreur des politiques. En effet, les décisions politiques semblent considérer l’Islam actuel comme l’Islam définitif de l’espace européen. Ainsi, des décisions sont prises en conséquence alors que, selon le Professeur Dassetto, le processus n’est pas encore achevé. Si l’on prend pour exemple la demande de mosquée, elle n’est pas exponentielle, et au contraire se stabilise. De plus, il n’est pas certain que cette demande vis-à-vis du culte corresponde aux attentes des générations futures.

Quels sont alors les tournants et les défis de l’Islam européen ?

II. Tournants et défis de l’Islam européen

L’Islam et les sociétés européennes se posent des questions réciproques. Trois enjeux clés se pose à l’Islam européen contemporain : le courant de pensée, le leadership et l’Europe comme lieu et enjeu Islamique.

Courant de pensée

Dans les années 1980-1990, nous avions une certaine typologie de l’Islam : un Islam traditionnel véhiculé par les migrants ; un Islam mystique de soufis ; un Islam missionnaire ; un Islam politique comme celui des Frères musulmans, et un Islam politique qui s’est radicalisé à partir des années 1980. Il existait aussi un Islam des Etats, turc, marocain ou encore pakistanais, qui tentait de jouer son rôle d’encadrement.

Cependant, depuis une quinzaine d’années, cette typologie a évolué. L’Islam traditionnel est en chute libre ; l’Islam missionnaire aussi ; l’Islam politique issu de la tradition politique de l’Islam a une emprise décroissante et il en est de même pour l’Islam radical. Cet Islam n’a plus tendance à avoir le monopole. Contre toute attente, l’Islam d’Etat, turc, marocain, pakistanais tente d’accroître son emprise sur les musulmans européens originaires de ces pays respectifs. Il s’agit donc d’un retour en force de ces Etats pour tenter d’encadrer ces populations. Le phénomène est surprenant mais la logique est compréhensible : ces Etats ont peur qu’un Islam radical se développe en Europe et soit ensuite réexporté vers les pays d’origine. Les logiques nationales, étatiques de l’Islam, se renforcent donc à l’intérieur de l’espace européen.

Par ailleurs, une nouvelle forme d’Islam apparaît chez les jeunes générations : celle d’un Islam individualiste. Ces jeunes sont à la fois grands consommateurs d’Islam mais insistent aussi sur la subjectivité et l’individualisme, et prennent plus de distance par rapport aux organisations. Cet Islam se manifeste parfois par des signes extérieurs, notamment le foulard porté par les jeunes femmes en signe d’appartenance et d’identité.

Par ailleurs, un autre phénomène semble avoir émergé : celui d’une pensée musulmane, notamment appelée Islam des Lumières, qui tente de se reformuler et attire beaucoup l’attention des européens non musulmans. Cependant cette pensée n’est pas significative pour les musulmans eux-mêmes.

L’Europe a enfin pu constater un discours et une capacité d’encadrement salafiste. Ce phénomène constitue un retour aux sources qui date des années 1960-1970. Il tente de retrouver une lecture littérale de l’Islam, de retourner à l’ancien, au pieu. Ce discours, cherchant une pureté et une cohérence de vie absolue, est très présent et diffusé de manière moderne. Il insiste sur le rigorisme moral et le rigorisme de vie des musulmans. Contrairement aux apparences, c’est un mouvement très moderne, notamment dans ses techniques de vulgarisation et de diffusion.

Par conséquent, le premier enjeu de l’Islam européen est le rôle de ces courants de pensée mais surtout celui de ce nouvel Islam néo-salafiste dans le façonnement des jeunes générations musulmanes.

Leadership

Le deuxième enjeu est celui de la carence de leadership. Paradoxalement, le système religieux islamique compte beaucoup de leaders, alors qu’il est conçu sans hiérarchie ni organisation. Le manque de communication, de cohérence et l’hétérogénéité des leaders sont les principales causes de la carence de leadership de l’Islam.

L’Europe est devenue un lieu et un enjeu pour des influences exogènes. En même temps qu’émerge un Islam intra européen, on constate que, par l’arrivée de nouveaux migrants et de leaders, par l’investissement des Etats et celui des institutions musulmanes, les influences exogènes continuent de se maintenir. Ainsi, le défi de l’Islam européen est aujourd’hui de parvenir à se bâtir dans cette tension entre endogène et exogène. Il est néanmoins loin d’être certain que l’Islam européen puisse surmonter ce défi.

Concernant le défi du radicalisme islamique et du radicalisme anti-islamique, le risque principal est que les polarités extrêmes marquent l’agenda du devenir de l’Islam européen ainsi que de l’intégration européenne de l’Islam.

Pour l’Europe, le défi principal est de sortir de la manière controversée de s’interroger sur la présence de l’Islam. Par exemple, sur les questions comme le foulard ou le niqab, le constat principal est qu’il n’y a pas de débat mais des controverses. En effet, il n’existe aucun échange entre les musulmans et les non musulmans sur cette question, ce qui représente une carence considérable.

D’une part, il est important de noter qu’un défi commun à l’Europe et à l’Islam européen est de construire un débat citoyen pour sortir de ce ton controversé qui caractérise le devenir de l’Islam. D’autre part, la deuxième urgence est de promouvoir un leadership religieux musulman européen. Les leaders devraient être formés aux sciences islamiques dans un espace européen. En Europe, il n’existe pas d’établissement universitaire proposant une véritable formation approfondie en Sciences Islamiques, avec un programme en doctorat et un suivi. Bien entendu, si on prend le cas de Bruxelles, nous avons quatre «  facultés » de théologie islamique.

Concrètement, ce type de projet ne coûterait pas cher à développer mais  dépend de deux facteurs. Premièrement, une décision politique à l’échelle de l’Europe serait nécessaire. En effet, l’immobilisme de la politique européenne entraine une émigration des jeunes désirant poursuivre ce type d’études vers des universités arabes comme Al Azhar en Egypte. Deuxièmement, le leadership musulman européen tient également une part de responsabilité dans l’absence de formation aux sciences islamiques. L’absence de leadership a pour conséquence qu’il n’y a pas de prise en main pour soutenir et mener des projets de ce type.

S’il est important d’insister sur cette formation, c’est parce qu’il faut mettre en œuvre des moyens pour contrecarrer les influences exogènes notamment la puissance des nouvelles technologies. Les jeunes sont sensibles aux discours sur le web et aux TV satellitaires qui les atteignent plus facilement mais dont personne ne peut contrôler le contenu.

III. Conclusion

En guise de conclusion, nous progressons d’un Islam « en Europe » à un Islam « d’Europe ». Cependant, le chemin est long. Il y a une quinzaine d’années, nous pensions que ce chemin était plus linéaire, or on se rend compte qu’il est marqué par des fractures. Il est également important de ne pas avoir de vision pessimiste, ni d’optimisme béat par rapport à l’Islam en Europe. L’enjeu est «  la co-inclusion réciproque » c’est-à-dire que chaque partie se construit en relation avec l’identité de l’autre pour avancer.

Questions / Réponses

 

1. Au British Council, nous avons un projet paneuropéen sur la construction de l’Islam dans le passé, le présent et le futur. Ainsi, nous avons commencé une série de débats. Est-ce que l’Europe est réellement prête à accepter l’Islam ? Car au niveau politique, lors du projet de la Constitution Européenne, il était question d’affirmer le caractère chrétien de la région. Au niveau des populations, c’est encore plus complexe car il y a un phénomène de méfiance lié à un manque d’échange et de connaissance sur l’Islam. De plus, il faut admettre que les médias n’aident pas à faire évoluer la vision de l’Islam. ne faut-il pas admettre qu’il existe tout de même une certaine islamophobie ?

Devant la « nouveauté » que constitue la présence de l’Islam et dans le contexte dans lequel l’Islam mondial a vécu, on peut dire que tout compte fait dans l’espace européen, il y a une acceptation de l’Islam au nom de la liberté de religion. L’Europe est un espace de liberté pour les musulmans. On ne peut pas parler d’islamophobie en Europe. Bien entendu, il existe des hostilités, de la méconnaissance, des carences au niveau des médias et de l’islamophobie chez certains partis politiques. Mais en contrepartie, les musulmans entrent dans la vie sociale ordinaire. Il reste du chemin à faire du coté musulman comme du coté non musulman. Les jeunes générations cultivées musulmanes tiennent parfois un discours  « eux /nous ». Ce n’est pas d’un dialogue dont l’Europe a besoin mais de courage pour débattre en profondeur.

2. A propos des Lumières : quand est ce que l’Islam connaitra une adaptation à l’époque moderne?

Contrairement à ce que l’on pense, il y a un ferment énorme de pensée à l’intérieur de l’espace musulman : il existe des mouvements et des courants différents. Du coté musulman, peut-on vraiment parler d’adaptation au monde moderne ? Le discours musulman extrémiste tient au fait que l’hégémonie « occidentale » est refusée. Il existe un renouveau de la pensée musulmane et cela serait utile que l’Islam se confronte à ce nouveau courant interprétatif. Aujourd’hui, la tentative de réforme de l’Islam se situe à l’intérieur de l’espace interprétatif classique de l’histoire de la pensée musulmane. Il est important de suivre ce qui se passe dans la pensée musulmane contemporaine, en Europe et hors d’Europe.

3. Ce monde musulman est très différent, complexe et complémentaire à la fois. Or nous sommes focalisés sur l’Islam en tant qu’identité religieuse, culturelle et donc appartenance. Mais ce renforcement d’identité dit aussi tensions et difficultés. L’organisation de formations dans un cursus universitaire encadré n’empêche pas qu’au quotidien nous avons aussi la pression du voisin, ou du contexte. Notamment à propos des femmes qui portent le foulard, certaines ne le font pas par choix mais plutôt par pression de l’environnement. Et l’élément le plus important est qu’il faut que l’Europe puisse permettre d’assurer les choix de chacun.

Aujourd’hui le référentiel religieux, dans le monde musulman, est devenu tellement important qu’il est incontournable. La question du choix est un débat interne à la communauté musulmane.

4. L’enjeu de l’avenir est celui des relations entre la communauté musulmane et de la communauté non musulmane. Par ailleurs, il est important d’insister sur la formation. mais dans quelles mesures peut-on assurer une bonne formation ?

Il faudrait accepter de travailler dans un terrain flou qui se construit progressivement. En Belgique, cela a été fait pour la faculté protestante : en effet, elle est autonome, rattachée à une université déjà existante. Nous pourrions faire la même chose pour la théologie islamique, mais les choses ne sont pas prêtes car si aujourd’hui nous devions engager des enseignants de théologie islamique, sur la base de critères des universités belges,  cela ne sera pas évident. En Belgique, nous ne trouverions personne avec un statut de doctorant dans le domaine qui nous intéresse.

L’important est de travailler dans la progression en formant ces futurs docteurs, dans une sorte de collaboration entre une initiative publique des universités qui acceptent de jouer le jeu de cet enseignement de théologie islamique, qui doit se faire dans le respect de la foi.  Le jeu de l’ambigüité doit à tout prix être évité. L’idéal serait que les institutions publiques travaillent avec les autorités musulmanes (mais la question est comment et où les trouver). Par ailleurs, en termes de financement, le coût n’est pas énorme.

5. L’enjeu européen principal est la formation et il est important que cette formation vienne d’Europe. Or lorsqu’on parle d’Islam, le cursus universitaire n’est pas forcément pris en compte. Est-ce qu’en proposant des formations laïcisées et encadrées par l’Etat, les musulmans belges ne vont pas plutôt chercher des personnes venues d’ailleurs ? de plus, n’est-il pas plus important d’étudier les dynamiques des populations musulmanes ?

Du coté des pays musulmans, il y a aussi une tentative d’objectiver les formations dans un curriculum semblable au curriculum des universités occidentales. Nous ne sommes plus dans l’affiliation individuelle. Il est clair que les maitres jouent un rôle important. Ce sont des figures imminentes de par leur savoir et nous sommes prêts à passer à un autre statut de formation mais sans ignorer leur rôle. Mais alors une question se pose : comment construire ces formations en Europe, dans un contexte où l’Union Européenne et les Etats n’ont pas de compétences ?

De plus, il y a une distinction à faire du coté musulman, les facultés de théologie islamique sont plus des lieux de doctrine que des lieux d’enseignement universitaire.

6. L’Islam est homogène, pourquoi parler de plusieurs Islam ? En tant que musulman, on s’identifie à un seul Islam, ce ne sont que les pratiques qui diffèrent.  Comment peut-on résoudre le problème de terminologie par rapport à certains termes arabes ? De plus, une plateforme commune de statistiques pourrait être utile car parfois on est face à une exagération de phénomènes marginaux et une occultation de phénomènes plus importants. Pourquoi la période où le Centre Islamique en Belgique se posait comme interlocuteur de l’Etat est-elle occultée ?

L’Islam est unique mais il existe différents courants de pensée. Il existe aussi des formes d’Islam ancrée culturellement : marocaine ou turque par exemple. Et cela a des effets sociologiques.

Quant aux statistiques, il serait en effet intéressant d’avoir plus d’études. Cependant, pour certains phénomènes, le problème n’est pas statistique mais symbolique. Par exemple, la burqa, l’enjeu est clairement symbolique. Et la question qu’il faut se poser pour débattre sur cette problématique est : pourquoi la burqa pose-t-elle un problème pour les non musulmans ? Dans les deux sens, il faut entendre les arguments de l’autre.

Concernant le Centre Islamique, il n’a jamais été accepté car dès le départ il a été considéré comme une instance de la Ligue Islamique Mondiale, ce qui posait problème à de nombreux musulmans. Lire à ce sujet :  DASSETTO (F.) & BASTENIER (A.), L’Islam transplanté. Vie et organisation des minorités musulmanes de Belgique, Anvers, éd. EPO,  1984.

7. Pourquoi avons-nous besoin d’un leadership musulman en Belgique ? En comparaison, y-a-t-il un leadership catholique ou protestant ? Au contraire, cette étiquette ne présente-t-elle pas un risque d’accroissement du communautarisme ?

Tout système religieux repose quand même sur une série de leaders. Aucun système religieux ne peut éviter d’être diriger par une coordination formelle. Selon les religions, les formes sont différentes. Ici la question est de savoir qui détient l’autorité religieuse.

8. Dans la presse, on retrouve cette peur de la poussée démographique des musulmans. Certains quartiers ne comptent que des populations musulmanes ou d’origine musulmane.  Cette peur a-t-elle un sens ? Est-ce que l’Etat belge peut faire quelque chose pour la mixité ?

Par ailleurs, la croissance démographique n’inquiète pas forcément. Les populations immigrées s’intègrent et on ne peut pas raisonner uniquement en termes de démographie

Sur Bruxelles, on constate que des jeunes musulmans quittent les quartiers dits « musulmans » ou « arabes ». Il est certain qu’il  y a de quartiers à fort marquage ethno-religieux. On ne peut pas les définir comme des « ghettos » car ils ne sont pas fermés et sont des quartiers très vivants. Après, la question principale est : est ce qu’une personne n’appartenant pas à cette population se sent à l’aise dans ces quartiers ?

L’Etat belge peut réfléchir à une politique urbaine pour que ces quartiers soient plus fonctionnels et qu’il y ait plus de mixité.

9. Constat : si on regarde vers l’Europe en partant de l’Egypte, on se rend compte que la population égyptienne, qui est formée en Europe, ne parle pas de « rayonnement » de l’Islam européen.

Le rayonnement de la pratique musulmane européenne viendra d’un développement de la pensée musulmane. Cette dernière sera confrontée à des questions comme celle du pluralisme, et donc  du sécularisme de l’Etat. Or c’est une interrogation que la pensée théologique musulmane n’a pas encore résolue.

10. La Burqa ?

Aussi bien sur le foulard, que sur la burqa, la législation n’est peut être pas la meilleure des idées. De plus, même si on légifère sur ces sujets, il est nécessaire d’avoir un débat interne approfondi.

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE SONT ORGANISÉS CONJOINTEMENT PAR L’INSTITUT MEDEA ET LE MOUVEMENT EUROPÉEN BELGIQUE.

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