07/05/2010

Une coalition chiite au pouvoir en Irak : quelles menaces pour le pays ?

Le 7 mars 2010 ont eu lieu les élections législatives irakiennes.  L’enjeu principal de ces élections était l’unité nationale (voir édito MEDEA du 5 mars 2010) mais cette dernière est loin d’être atteinte. Depuis, l’Irak est sans gouvernement, les listes appellent au recompte des voix, la scène politique irakienne n’est pas stable. 

Loin de voir apparaître un parti politique détenant la majorité requise, les partis politiques irakiens jouent le jeu des coalitions. Les deux partis chiites, l’Alliance pour l’Etat de droit  (AED) et l’Alliance national irakienne (ANI), ont trouvé un accord et forment une coalition post électorale qui coupe court à la victoire du Bloc Irakien, parti laïc de Iyad Allawi. Cependant, même s’il manque quatre élus à ces deux listes pour obtenir la majorité parlementaire, cette coalition est celle qui formera le gouvernement.
Il se trouve que la formation de cette coalition chiite pose trois problèmes majeurs.

Tout d’abord, au sein même de l’alliance chiite, des tensions sont présentes sur la question de la nomination d’un Premier Ministre. En effet, le Premier Ministre sortant N. Al Maliki souhaite conserver son poste alors que les élus de l’Alliance Nationale Irakienne ne partage pas cet avis. Ces deux alliances formant une même coalition vont devoir se mettre d’accord sur la nomination d’un chef de gouvernement. Les négociations sont en cours.

Par ailleurs, le second point important mis en avant par l’apparition de ce cartel chiite est la menace iranienne. Il se trouve que certains partis politiques, membres de la coalition chiite, sont proches de l’Iran. Remettre le pouvoir politique irakien entre les mains d’une entente politique à caractère confessionnel alors que le pays est en plein processus de reconstruction, avec le départ complet de la présence américaine pour 2011, et avec comme voisin l’Iran, laisse planer le doute pour certains sur l’influence que Téhéran pourrait exercer sur Bagdad.

En dernier lieu, le souci majeur  des autres partis politiques irakiens est la question du sectarisme. En effet, l’alliance entre le parti de Nouri Al Maliki (AED) et l’ANI est qualifiée de sectaire car elle est considérée comme une fusion à caractère confessionnel. On revient toujours à cette question de confessionnalité car elle aura un impact majeur sur la scène politique et religieuse d’un pays encore fragile. Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif principal est celui de l’unité de la nation irakienne. Or cette dernière est gravement menacée par le jeu politique actuel. En effet, pour qu’il y ait unité, il est indispensable qu’il y ait mixité et entente. Cependant, la population sunnite se considère comme mise à l’écart et exprime sa peur d’un phénomène de marginalisation. Le parti laïc, le Bloc Irakien, qui avait remporté 91 sièges le 7 mars 2010, est le premier à être mis sur le banc de touche alors qu’il était sorti vainqueur des élections.

Dans un pays encore fragile, sept ans après la chute de Saddam Hussein, le jeu politique tel qu’il se présente n’est pas porteur d’unité nationale. Or pour conserver une entente nationale, il est essentiel que le pouvoir reflète la réalité : celle d’une nation avec différents courants religieux sans qu’aucun d’eux ne soit marginalisé.

Sophia Vignard