25 juin 2010
Les camps de Tindouf
Après la conférence de Berlin consacrée au « partage de l’Afrique », les Espagnols se sont implantés sur la côte du Sahara occidental en instituant un protectorat en 1884. Dès 1956, le Maroc réclama la souveraineté sur ce territoire en se fondant sur des droits historiques. Disloqué par la colonisation, le Maroc veut reconstituer une entité nationale dans le cadre du « Grand Maroc » rassemblant toutes les terres autrefois sous domination marocaine. Puis, en 1963, le Sahara espagnol fut inscrit sur la liste des territoires non autonomes relevant du chapitre XI de la charte des Nations Unies.
C’est en 1976, peu après le retrait de l’Espagne du Sahara occidental et le déclenchement des affrontements liés à son contrôle, que les réfugiés sahraouis ont commencé à arriver en Algérie. La plupart d’entre eux vivent dans les camps de Tindouf, au Sud-ouest de l’Algérie, depuis plus de 30 ans.
En mai 2010, plusieurs personnes s’échappent des camps de Tindouf pour aller vers le Maroc. Selon un rapport de Human Right Watch (Human Rights in Western Sahara and in the Tindouf Refugee Camps), la plupart des habitants vivent encore dans des tentes ou dans des cabanes sans eau courante et restent fortement dépendants de l’aide humanitaire internationale. L’isolement et le manque de suivi régulier sont les principales inquiétudes. De plus ce rapport note que malgré l’assouplissement de la répression et la présence d’organisations humanitaires, les droits des réfugiés restent vulnérables pour deux raisons : l’isolement des camps et le vide juridique dans lequel ils existent.
Le Conseil de Sécurité de l’ONU insiste pour que l’Algérie et le Polisario permette un recensement de la population réfugiée à Tindouf par Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Or, le Front Polisario, mouvement pro-indépendantiste constitué en 1973, et l’Algérie refusent les demandes du HCR pour procéder à ce recensement dans les camps, où la situation humanitaire préoccupe les Nations Unies. Ainsi, en mai 2010, la résolution 1920 du Conseil de sécurité prorogeant d’un an le mandat de la Minurso (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental), demande de nouveau aux parties de poursuivre les négociations sous les auspices de l’ONU en tenant compte des efforts réalisés depuis 2006.
Cette situation, de tensions politiques mais surtout humainement insoutenable, a des répercussions négatives au niveau des relations bilatérales entre le Maroc et l’Algérie, mais également au niveau de l’intégration du Maghreb, car cela freine les efforts l’Union du Maghreb arabe. Les Nations Unies font explicitement appel à davantage de volonté politique de la part de tous les partis concernés par cette situation.
À l’échelle euro-méditerranéenne, la résolution du conflit du Sahara occidental est primordiale pour le bon fonctionnement de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Cependant, cette dernière n’a pas de position ferme. Pourtant, là aussi, l’UpM pourrait, en soutien avec l’ONU, prendre part à la résolution de ce conflit. L’on revient finalement souvent à la conclusion que même si l’UpM ne se veut pas politique mais porteuse de projets concrets, elle doit cependant faire face à des situations politiques qui bloquent son fonctionnement. Il est, encore une fois, temps que les 43 pays membres de l’UpM s’investissent dans la résolution des conflits qui marquent son espace géographique.
S.Vignard