23/07/2010

Changement attendu en Egypte

Le 23 juillet 1952, les Officiers libres mettaient fin à la monarchie en Egypte. 68 ans et seulement quatre présidents plus tard, l’Egypte semble à nouveau atteindre un point de rupture. La pauvreté y est prégnante, la démographie en croissance constant, la liberté d’expression muselée. Le mécontentement commence de plus en plus à se faire sentir,  en particulier sur Internet, et le régime peine à trouver des réponses aux multiples maux qui rongent le pays.

Cette semaine, alors que le pays s’apprêtait aux festivités pour le 23 juillet et que son Président rencontrait les différents acteurs du conflit israélo-palestinien dans un énième effort de reprise des négociations,  le Washington Times a annoncé qu’Hosni Moubarak était en phase terminale d’un cancer, selon des sources issues du milieu du renseignement (Egyptian leader’s health on radar of U.S., Washington Times, 18/7/2010).

Le Président a tout de suite tenté de démentir la rumeur lors d’une apparition télévisée. S’il a pu en rassurer certains sur son état de santé, il ne parviendra désormais plus à écarter la question de sa succession des préoccupations égyptiennes et internationales.
Dans un rapport spécial sur l’Egypte dans The Economist,  Max Rodenbeck souligne les ressemblances entre le climat politique actuel et celui qui a précédé la révolution de 1952 (Special Report on EgyptThe Economist, July 2010). Mais s’il semble désormais certain que le changement est imminent, il parait difficile aujourd’hui d’en deviner la teneur.

Gamal Moubarak, longtemps pressenti comme le successeur de son père, voit ses chances s’amenuir. Mohammed El-Baradei jouit d’une popularité sur les forums Internet, mais n’est pas encore officiellement candidat à la présidence. L’opposition est encore morcelée et les nombreux groupuscules de la société civile qui la constitue s’interrogent encore sur la pertinence d’une alliance avec les Frères Musulmans. Ces derniers avaient ouvertement soutenu l’appel au changement de Mohammed El-Baradei. Dans Common Ground News Service, Bilal Y. Saab remarque que si les Frères Musulmans décidaient de se rallier à la candidature de l’ancien Secrétaire Général de l’AIEA, cela pourrait contribuer à rassembler l’opposition (Muslim Brotherhood and liberals: partners for change in Egypt?CGNS, 20/7/2010).

De nombreuses incertitudes planent donc sur le futur de l’Egypte. Les grandes puissances, les Etats-Unis en tête, commencent à envisager les scénarios possibles à la mort ou à la succession du raïs. Le règne de l’instabilité dans un pays aussi grand, peuplé et central que ne l’est l’Egypte représenterait en effet une menace sécuritaire et humanitaire sans précédent pour la région.

Nathalie Janne d’Othée