20/08/2010

Irak : un futur incertain

Jeudi à l’aube, la dernière brigade de combat quittait le territoire irakien, mettant ainsi fin à l’opération Iraqi Freedom. Initiée le 19 mars 2003 par la doctrine « choc et effroi», elle se termine aujourd’hui dans un calme trompeur.

Longue de sept ans et demi, cette opération a laissé un goût amer autant pour les Américains que pour les Irakiens. Les Etats-Unis ont perdu plus de 4.415 soldats et plus de 900 millards de dollars dans une guerre dont l’impopularité a n’a fait que grandir au fil des années, rappelant le contexte d’une autre guerre, celle du Vietnam.

Mais si la population américaine a payé un tribut, il est faible à côté des quelque 100.000 morts irakiens, la majorité étant des civils. Libéré de Saddam Hussein, l’Irak est aujourd’hui un pays ravagé où règne l’instabilité.  Cette semaine encore un attentat faisait 59 morts dans un centre de recrutement de l’armée.

Alors que les troupes américaines se retirent, beaucoup craignent un regain des violences, le mois de juillet dernier a en effet été le plus meurtrier depuis deux ans avec 535 civils tués. 56.000 soldats restent néanmoins sur le sol irakien afin de conseiller et de former les troupes irakiennes. La mission et son nom de code ont changé : il s’agit de l’opération « Aube nouvelle »,. Les troupes américaines n’auront plus l’initiative de l’action, mais pourraient être amenées à intervenir sur demande du gouvernement irakien, ou pour se défendre.

Sur le plan politique, aucun gouvernement n’est encore sorti des élections législatives irakiennes du 7 mars dernier. Les négociations pour une coalition sont dans l’impasse et aucune majorité n’a encore pu être formée à ce jour. Le vacuum politique et le retrait des troupes américaines laissent donc une fenêtre d’opportunité aux groupes armés. Or l’armée irakienne n’est pas encore assez forte que pour protéger la population d’une reprise des violences.

Il n’est finalement possible de se réjouir que pour les familles de soldats américains rentrant au pays, et pour Barack Obama qui a réussi à respecter sa promesse électorale de sortie d’Irak avant le 1er septembre. Mais le soulagement est loin d’atteindre les Irakiens pour qui l’ « Aube Nouvelle » est menaçante. L’équilibre régional est également précaire. Les troupes américaines se retirent alors que l’Iran lance ce weekend sa première centrale nucléaire et que la guerre en Afghanistan s’enlise. Dans ces circonstances, le désengagement des 56.000 derniers soldats américains d’Irak semble encore loin d’être faisable.

Nathalie Janne d’Othée