17/09/2010

Bahrein : le spectre de la discorde communautaire

Les Bahreinis sont appelés aux urnes le 23 octobre prochain. Malgré les progrès des années 2000, l’approche de ces élections a pour effet de crisper le régime et par conséquent de raviver les tensions communautaires dans le petit royaume pétrolier. Depuis quelques semaines, les défenseurs des droits de l’Homme tirent la sonnette d’alarme au vu de la politique de répression musclée menée par le régime sur les mouvements d’opposition chiite.

Le système politique actuel dans l’île est plus ou moins similaire à celui qui prévalait en Irak avant 2003 : une population en majorité chiite gouvernée par une minorité sunnite. Les années 90 avaient d’ailleurs été marquées par des querelles communautaires extrêmement fortes, que seule la politique d’amnistie menée par le nouvel émir – devenu roi depuis – Hamad ibn Isa Al Khalifa avaient pu calmer.

Ce dernier avait ensuite introduit une série de réformes prometteuses : autorisation des organisations politiques, instauration d’une chambre basse de 40 membres, soumise au vote populaire et octroi du droit de vote aux femmes. Des élections eurent lieu en 2002 et 2006. La principale formation chiite, l’Association pour un accord national islamique (Al Wifaq), boycotta les premières mais décida de participer aux secondes, obtenant 17 sièges sur 40 à la Chambre en 2006.

Mais cet état de grâce communautaire des années 2000 semble avoir atteint ses limites le mois dernier.  A l’annonce du scrutin d’octobre, des revendications pour plus de proportionnalité ont été émises par les formations chiites, entrainant une vague d’arrestations parmi leurs leaders, mais aussi envers certaines personnalités de la société civile bahreïnie.

Les autres capitales arabes du Golfe soutiennent les choix du régime. Quant aux diplomaties occidentales, elles demeurent silencieuses signifiant finalement la même prise de position, malgré cette dangereuse dérive autoritaire. Il est vrai que le climat régional est aujourd’hui tendu, depuis que l’Iran a annoncé le lancement de sa première centrale nucléaire à Bouchehr en août dernier. D’autant plus que Bahreïn sert de base à la cinquième flotte américaine, responsable des forces navales américaines dans cette région du monde. L’Occident craint donc que des luttes locales entre sunnites et chiites soient récupérées par l’Iran, et préfère comme souvent jouer la sécurité contre les valeurs.

Outre l’opposition chiite, ce sont en effet les défenseurs des Droits de l’Homme qui font les frais des nouvelles tensions communautaires. Ile st d’ailleurs regrettable qu’un pays qui avait connu de réelles avancées dans ce domaine subisse un tel recul. Mais la responsabilité incombe aussi aux influences occidentales qui par leur mutisme encouragent un choix moralement répréhensible et stratégiquement discutable.

Nathalie Janne d’Othée