03/09/2010

Cul-de-sac

Hier à Washington, la poignée de main entre Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou a inauguré un nouveau cycle de négociations entre Palestiniens et Israéliens. Seule nouveauté relevée hier, les dirigeants ont convenus de se rencontrer tous les quinze jours afin d’avancer vers un accord de paix. Mais personne n’a pu fermer les yeux sur le mécontentement qui règne depuis deux semaines dans les Territoires Palestiniens. Les attentats perpétrés cette semaine par le Hamas n’en sont qu’une des expressions, plus visible parce que violente. Depuis l’annonce de la reprise des négociations la société civile palestinienne dans sa majorité n’a cessé de critiquer la décision de Mahmoud Abbas, qu’elle accuse d’avoir bradé la participation palestinienne aux conditions imposées par Israël.

En effet dans le chef du Premier Ministre israélien, aucune concession n’est pour l’instant envisagée que ce soit sur le statut de Jérusalem, la poursuite de la colonisation ou encore le droit au retour des réfugiés palestiniens. Bien qu’il ait évoqué « des concessions douloureuses » nécessaires de la part des deux parties, aucune concession israélienne ne se profile encore à l’horizon.

Dans son discours Benjamin Netanyahou a en outre souligné que les retraits du Sud Liban et de la Bande de Gaza n’avaient pas eu pour effet d’arrêter le terrorisme. Il va sans dire que les attentats perpétrés cette semaine par la Hamas contre des colons israéliens ne feront qu’appuyer sa position dans les négociations. Netanyahou ne conçoit en effet un Etat Palestinien qu’à la condition que l’espace aérien et les frontières restent sous contrôle israélien, et cela pour des « raisons de sécurité ».

Mais la question la plus controversée est sans conteste celle des colonies. Saeb Erekat, le chef négociateur palestinien avait annoncé au début de la semaine passée, que les Palestiniens se retireraient des négociations si le moratoire sur la colonisation n’était pas prolongé par Israël. Or selon Haaretz, l’administration américaine fait maintenant pression sur Mahmoud Abbas afin qu’il accepte de négocier, malgré une reprise de la colonisation.

Le processus de négociations rencontre en effet une voie sans issue où Mahmoud Abbas ne peut accepter la reprise de la colonisation, sous peine de mort politique. De l’autre côté, Netanyahou sait qu’un prolongement du moratoire signifie la chute de son gouvernement. Le terrain d’entente est donc mince, si pas inexistant. Pour sortir de ce cul-de-sac, deux scénarios sont possibles. Soit Mahmoud Abbas impose les conditions de la paix à son peuple par la force. La conséquence en sera un Etat palestinien policier, où la liberté d’expression et d’association seront restreintes pour sauvegarder la main mise du Fatah sur l’Autorité Palestinienne.

Le deuxième scénario, préférable, verrait Benjamin Netanyahou reconstruire une nouvelle coalition plus au centre incluant Kadima et excluant les partisans de la colonisation. Ce qui rendrait possible la poursuite du moratoire sur la colonisation. Pour y parvenir, les pressions américaines devraient peser sur le gouvernement israélien, et non sur Mahmoud Abbas. Malheureusement il est fort à parier que le lobby pro-israélien ne laissera pas l’administration Obama agir de la sorte. L’horizon de ce nouveau cycle de négociations semble décidément très sombre.

Nathalie Janne d’Othée