10/09/2010

Un Ramadan révélateur

Aïd Mubarak Saïd ! Le Ramadan a pris fin hier pour la plupart de la communauté musulmane mondiale – certains pays ne terminant qu’aujourd’hui. La spécificité de ce mois a mis en lumière certains développements sociétaux en cours dans les pays arabes.

Premièrement la rupture du jeûne se faisant avec faste, le mois de Ramadan est un mois qui voit les ménages souvent doubler leur approvisionnement alimentaire, ce qui représente également une augmentation du budget parfois difficilement supportée par les familles. En Egypte, cette croissance de la demande a cette année été couplée à une pénurie de blé à cause des incendies en Russie, ce qui a eu pour effet une hausse des prix difficilement soutenable pour les familles égyptiennes. Le pays a également dû subir des coupures d’eau et d’électricité. Le mécontentement est grand dans la société égyptienne, et ceux qui demandent des changements de plus en plus nombreux.

Deuxièmement, tout au long du mois, le Courrier International a publié une série d’articles de quotidiens arabes dont les auteurs dénoncent l’emprise de plus en plus forte de la religion sur la société, plus visible durant le Ramadan. Au Maroc et en Algérie, beaucoup s’inquiètent du recul de la liberté de conscience alors que l’observation du jeûne tend à devenir obligatoire (Du droit de ne pas faire le ramadan, 2/9/2010, issu du Quotidien d’Oran). Un procès de dix personnes pour non respect du jeûne pendant le Ramadan s’ouvrira d’ailleurs le 8 novembre prochain en Algérie (En finir avec la chasse aux non-jeûneurs, 7/9/2010 issu de Liberté). Au Liban, une chrétienne s’offusque de ne pas pouvoir boire un verre de vin au restaurant d’un hôtel lors du Ramadan, et cela “par respect pour la sensibilité des clients musulmans” (Ramadan pour tous, 2/9/2010 issu de An-Nahar). Que des régimes autoritaires comme l’Egypte, l’Algérie ou encore le Maroc jouent la surenchère pour contrecarrer les critiques des franges islamistes de l’opposition n’est pas un phénomène nouveau. Mais l’imposition de règles islamiques dans une démocratie laïque comme le Liban est en effet plus étonnant, pour ne pas dire inquiétant.

Bref, si ces phénomènes sont perceptibles durant le Ramadan, c’est du fait d’un changement du rythme de vie, des habitudes. Mais elles révèlent des tendances profondes, positives et négatives, à l’œuvre depuis longtemps dans les sociétés arabes et qu’il est nécessaire de garder à l’œil.

Nathalie Janne d’Othée