22/10/2010

$60 millards d’armes : un double coup gagnant pour Obama

L’administration Obama a officiellement averti le Congrès d’un contrat de vente d’arme de 60 milliards conclu avec l’Arabie Saoudite. Cette vente représente le plus grand contrat d’armement qu’aient enregistré les Etats-Unis. Elle comprend la livraison de 84 nouveaux avions de combat F-15, la mise à jour de 70 F-15 appartenant déjà à l’Arabie Saoudite, 190 hélicoptères et une vaste gamme de missiles et de bombes, ainsi que des accessoires comme les lunettes de vision nocturne et de systèmes d’alerte radar. L’Arabie Saoudite s’est engagée à un achat immédiat de 30 milliards, avec des possibilités d’achat des autres $30 milliards dans les années qui viennent.

De nombreux commentateurs voient dans cette vente un double bénéfice pour les Etats-Unis. D’une part d’un point sécuritaire, elle sécurise les réserves pétrolières du Golfe en renforçant la position militaire saoudienne dans la région et en particulier vis-à-vis de l’Iran. D’autre part, un tel contrat permet de stimuler l’industrie des armes aux Etats-Unis.

A présent, le Congrès dispose de 30 jours pour s’opposer au projet s’il le souhaite. Pour une fois pourtant, personne n’a déclaré encore vouloir s’opposer à l’accord, ce qui est étonnant vis-à-vis d’une vente d’armes de dimension exceptionnelle à un pays allié certes, mais néanmoins très controversé. Certains membres du Congrès s’opposent généralement à ce type de contrat du fait qu’il représente une menace potentielle pour Israël. Deux éléments peuvent expliquer leur changement d’attitude. D’une part, Israël lui-même ne s’est pas opposé à cet accord, et cela sans doute parce qu’il a été rassuré quant à la portée des armes vendues, mais aussi intéressé de voir la puissance iranienne contrebalancée. D’autre part, les membres du Congrès sont en pleine campagne pour les élections législatives de mi-mandat et n’ont que peu de temps à consacrer à l’examen des propositions qui leur sont présentées.

Mais les conséquences dudit contrat pourraient être lourdes , comme l’explique Stephen Zunes dans le Huffington Post. Selon lui, les Etats-Unis n’ont pas retenu les leçons du passé puisque le fiasco irakien a pour racine une livraison d’armes à l’Irak de Saddam Hussein en vue de contenir l’Iran. Par ailleurs, l’armement d’une puissance rivale comme l’Arabie Saoudite aura assurément pour effet de radicaliser l’Iran, tout comme les interventions militaires américaines dans deux pays voisins ont déjà pu le radicaliser. Stephen Zunes souligne en outre que l’augmentation de leur budget militaire, pourrait à l’inverse réduire  les aides saoudiennes aux autres pays arabes et fragiliser ainsi l’équilibre régional.

Selon Jonathan Tepperman s’exprimant dans The Atlantic, les Etats-Unis ont changé de stratégie vis-à-vis de l’Iran, passant d’une stratégie de refoulement (rollback) à une stratégie d’endiguement (containment), c’est-à-dire d’une « politique destinée à prévenir l’Iran d’obtenir des têtes nucléaires » à une politique « destinée à l’empêcher de les utiliser ».

En définitive, la vente d’armes américaines aura certainement des retombées positives pour l’administration Obama qui conclut un contrat exceptionnel pour l’industrie des armes et met la pression sur la République des mollahs. A l’inverse, l’équilibre régional pâtira de cet accord. Le Moyen-Orient ressemble aujourd’hui plus que jamais à une poudrière que l’armement intensif de l’Arabie Saoudite vient rendre encore plus inflammable.

Nathalie Janne d’Othée