08/10/2010

Villes Economiques en Arabie Saoudite: des Ilots de Changement au Pays de l’Or Noir

Le pétrole reste, à ce jour, la clé de la réussite économique de l’Arabie Saoudite et le fer de lance de la Péninsule Arabique sur les marchés internationaux. À juste titre, la demande mondiale de pétrole brut n’a cessé d’augmenter ces dernières années, entraînant l’essor des économies du Golfe et des recettes pétrolières saoudiennes extrêmement élevés, avoisinant USD165 milliards pour la seule année 2007.

Néanmoins, les autorités saoudiennes sont bien conscientes du fait qu’une trop forte «dépendance pétrolière» est une prise de risque inconsidérée sur une scène économique internationale de plus en plus mondialisée et diversifiée. Tôt ou tard, les puits de pétrole seront à sec. Le recours accru à des sources alternatives d’énergie constitue une entrave au monopole pétrolier sur les marchés traditionnels de l’énergie. Comme toutes bonnes choses, le succès d’une dépendance pétrolière ne peut pas durer éternellement.

Comme pendant toute phase de prospérité, le boom économique en Arabie Saoudite, conséquence directe du pétrole, a permis au Royaume de se pencher sur l’avenir et considérer de nouvelles options non-pétrolières, plus fiables et à long terme.

Un projet pour la construction de quatre «villes économiques» répandues à travers le Royaume d’Arabie Saoudite a ainsi été mis en avant par Son Excellence le Roi Abdulaziz Al Saoud en 2005 et sera dirigé par la Saudi Arabian General Investment Authority (SAGIA), dans le cadre de l’ambitieux « Programme 10-10 ». Ce programme aura pour objectif de transformer l’Arabie saoudite en l’une des dix principales destinations d’investissement au niveau mondial à d’ici 2010.

Selon SAGIA, ces nouvelles villes économiques permettront la diversification économique nécessaire pour relaxer la dépendance du PIB saoudien sur le secteur de l’exploration pétrolière, la création de plus de 1 million de nouveaux emplois et de foyers pour plus de 4 millions d’habitants, tout en contribuant USD150 milliards au PIB du Royaume d’ici à 2020.

La «King Abdullah Economic City», la plus grande des six villes économiques, sera construite entre les villes saintes de La Mecque et de Médine et le centre économique de Jeddah. Celle-ci se composera d’un port, d’une vallée industrielle, d’une zone d’enseignement, d’un quartier central des affaires, d’une île financière et d’une zone résidentielle. A elle seule, la ville permettra de loger plus de 2 millions d’habitants.

Toutefois, ces méga-projets ne sont pas sans leur part de défis. Selon Abeer Allam, journaliste pour le Financial Times, « le succès ou l’échec des villes économiques est lié à leur capacité à générer des emplois, en particulier des emplois pour les ressortissants saoudiens […] qui représente une question de sécurité nationale ». Dû à un important retard dans la construction des infrastructures de ces villes, la délocalisation industrielles et, en résultat, la création d’emplois, ont été reportées à plus tard. Ceci a entraîné une hausse du chômage (malgré une croissance économique constante) et le transfert du siège de certaines entreprises dans d’autres pays de la région à la suite des mesures strictes mises en place afin de limiter les recrutements étrangers en Arabie saoudite.

Afin d’intégrer pleinement les marchés internationaux, ces villes devront attirer les investissements étrangers en masse et offrir un terrain adéquat et compétitif pour la délocalisation des investisseurs étrangers dans ces îlots économiques. Mais ces objectifs seront difficilement atteints si des efforts ne sont pas faits pour adapter les règles et restrictions strictes caractéristiques d’autres régions d’Arabie Saoudite, à la nature de ces nouvelles villes économiques à vocation internationales.

Beaucoup reste donc à faire si l’Arabie saoudite espère assurer son avenir d’acteur économique influent sur la scène internationale. De plus, à la construction de ces villes économiques du 21e se joignent un certain nombre de défis qui devront être rapidement surmontés. Même si ces «îles de changement» peuvent offrir une plate-forme suffisamment robuste pour survivre dans le pays de l’or noir, le temps est compté; les marchés mondiaux ne se feront pas attendre.

Andrew Bower