05/11/2010

Echec de l’Union pour la Méditerranée, l’UE responsable

Le sommet de l’UPM de novembre aura-t-il lieu ? Une question qui revient régulièrement dans les discussions. Il est vrai qu’après le report de sa date, initialement prévue en juin, et les nouvelles menaces de boycott de la part des pays arabes, on est en droit de se demander si l’Union pour la Méditerranée reprendra un jour vie… pour peu qu’elle n’ait un jour existé.

En juillet 2008, la Présidence française de l’Union lançait en grande pompes l’Union pour la Méditerranée (UPM). Le projet était rassembleur et la plupart des chefs d’Etat ont répondu présents. Alors que la jeune UPM se dote progressivement d’un secrétariat, de structures et de financements, l’opération israélienne Plomb Durci éclate sur Gaza en décembre 2008 jetant à nouveau un froid entre Israéliens et Arabes. Six mois après sa naissance, l’UPM est déjà paralysée.

Depuis lors, certaines réunions ministérielles ont eu lieu, mais la structure manque cruellement de crédibilité sur la scène internationale, à l’image de son initiatrice, l’UE. Un sommet pour la paix devait en effet se tenir à Paris le 21 octobre entre les dirigeants israélien, palestinien et égyptien. Il était destiné à préparer le sommet de l’UPM prévu en novembre. Les parties avaient toutes répondu présent jusqu’à ce que le bureau du Premier Ministre israélien téléphone quelques jours avant afin de reporter la réunion. Selon Haaretz, Benjamin Netanyahou a tenté ainsi d’éviter d’éventuelles pressions concernant le gel de la colonisation. Ce désistement de dernière minute montre toute la considération accordée par Israël à la diplomatie européenne en général, et française en particulier. Sans une Europe forte sur la scène internationale, il semble donc peu probable d’un jour voir l’UPM tourner à plein rendement.

Une autre faiblesse notoire de l’UPM est son manque de clarté et de visibilité. Quelqu’un s’interrogeant sur la date exacte du sommet ne trouvera encore rien à ce sujet sur aucun des sites officiels. Aucun site web n’est non plus entièrement dédié à l’UPM et pour avoir une information complète et exacte à son propos, il est nécessaire de parcourir de nombreux sites et articles. Et dire qu’un des buts de l’UPM était d’offrir une plus grande visibilité du partenariat euro-méditerranéen, on en est loin !

Si les différends entre Israël et les pays arabes sont indéniablement le frein principal au développement d’un partenariat solide entre l’UE est ses voisins, la faute réside également dans le chef européen. Avec l’UPM, l’UE s’était soi-disant dotée d’une structure souple capable de dépasser les blocages qu’avait jusqu’ici rencontrés le processus de Barcelone. Face à la situation actuelle, que doit-on déduire ? La souplesse des structures n’a-t-elle pas été mise à profit ou était-elle un leurre ? D’autre part, l’UE a la capacité de jouer un véritable rôle dans le processus de paix, en utilisant par exemple des leviers économiques, ce qui lui permettrait dans un second temps de développer une véritable politique régionale. Malgré cela, elle reste la grande absente du processus de paix. Or, si la politique extérieure de l’UE ne parvient pas à s’imposer dans une région voisine dans laquelle elle a de nombreux intérêts stratégiques, on peine à imaginer ce qui adviendra de sa présence dans le reste du monde.

Nathalie Janne d’Othée