26/11/2010

Liban : A quand l’indépendance ?

Ce lundi 22 novembre, Le Liban a fêté le 67ème anniversaire de son indépendance. En présence des Présidents de la République, Michel Sleiman, de l’Assemblée nationale, Nabih Berry, et du Conseil des ministres, Saad Hariri, les célébrations ont été marquées par une parade militaire organisée au centre-ville de Beyrouth. Les Libanais étaient fiers et unis derrière leur drapeau et leur hymne. Ils ont cru à la souveraineté de leur pays, ils ont fait comme si les instabilités politiques n’existaient pas, comme si leur identité libanaise prenait le dessus sur le reste. Ils ont également tenté de se soustraire au souvenir des événements qui ont marqué ces soixante-sept années d’indépendance : quinze années de guerre civile, trente années d’occupation syrienne, vingt-deux ans d’occupation israélienne, environ 400 000 réfugiés palestiniens vivant dans des conditions précaires et représentant une source de tensions, sans parler des troubles dits confessionnels qui jallonnent l’histoire du pays du Cèdre. En ce jour de fête nationale, l’instabilité politique semblait passée au second plan, l’espoir d’un Liban en paix et souverain semblait avoir pris le dessus.

Mais pour plusieurs éditorialistes libanais, le scepticisme restait de mise.
L’Orient-le-jour a notamment pointé du doigt le système politique confessionnel qui crée de l’instabilité depuis qu’il existe. Ce système, au lieu de favoriser l’entente entre les différentes communautés, exacerbe plutôt les tensions confessionnelles. Une absence de volonté politique fait que l’autre n’est pas considéré comme un partenaire de construction. Le partage du pouvoir est appréhendé comme un dû et non comme une possibilité pour tous de participer, chaque poste étant considéré comme la propriété de telle ou telle communauté. Par conséquent, contrairement à l’objectif initial, le système conduit à dresser les communautés les unes contre les autres et nuit au sentiment national.

Le Dailystar, dans son éditorial de lundi, mettait, quant à lui, l’accent sur les forces régionales et internationales qui ont menacé et menacent encore la souveraineté et la sécurité du pays. Le quotidien reprochait également aux forces politiques libanaises, loin de dénoncer ces intrusions, d’en faire des instruments de pouvoir dans les rapports de force internes. Ces allégeances externes permettent aux Etats-tiers de faire l’économie d’un conflit direct et de régler leurs différends sur le sol libanais. Pour reprendre l’expression du Professeur Georges Corm, le Liban est un « Etat-tampon » qui ne maîtrise pas son avenir.

Dans ce contexte, les deux éditorialistes concluent à une dépendance totale et à une absence de souveraineté du pays du Cèdre et se refusent à se réjouir des célébrations.

Le Tribunal spécial pour le Liban, dont les conclusions devraient tomber sous peu et risquent de semer le trouble dans le pays, n’est-il pas une illustration de la dépossession de la souveraineté du pays par les grandes puissances ? L’assassinat de Rafik Hariri, n’est-il pas une affaire de politique nationale à régler en interne ? Face à cette bombe à retardement, le Président Michel Sleimane a lancé, à la veille des célébrations, un « appel solennel à tous les dirigeants politiques et religieux, aux étudiants, aux associations et aux organisations civiques pour qu’ils ne laissent pas leur pays se transformer en un champ de bataille où les forces internes se déchirent ».

Iman Bahri