29/11/2010

Midi de la Méditerranée – Le nucléaire iranien: impacts et évolutions potentiels

 

Les Midis de la Méditerranée (15)

Le nucléaire iranien : impacts et évolutions potentiels

par

Barah Mikaïl
Docteur en Sciences Politiques

Directeur de Recherche à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS)

Membre du Conseil Consultatif de l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée (ACM)

Lundi 29 novembre 2010

organisée par le Mouvement européen-Belgique et l’Institut MEDEA
au Mouvement Européen Belgique

Compte-rendu : Iman Bahri

 

Présentation de l’intervenant

par François-Xavier de Donnea, Ministre d’Etat et Président de l’Institut MEDEA

Auteur de plusieurs études et notes de consultance pour les institutions françaises et pour de grands groupes internationaux, Barah Mikaïl est spécialiste du Moyen-Orient. Il a ces dernières années également développé des axes de recherche liés aux enjeux hydriques ainsi qu’aux articulations entre politique et religion dans les conflits contemporains.

Responsable pédagogique du diplôme d’études supérieures en Relations internationales de l’ISRIS, il coordonne également l’ensemble des séminaires de formation de l’IRIS relatifs au Moyen-Orient, au Maghreb et à la Géopolitique de l’eau. Il est membre des comités de rédaction de la Revue internationale et stratégique (RIS) et de la revue Confluences Méditerranée.

Barah Mikaïl a été Chargé de recherche au Secrétariat Général pour l’Administration du ministère de la Défense (mars-juin 2003), et Directeur de séminaire au Collège interarmées de Défense (2005-2007). Il est titulaire d’un DEA en Sciences politiques ainsi que d’un DESS en Coopération internationale, d’une maîtrise de Relations internationales et d’une maîtrise de Civilisations arabe et islamique.

Barah Mikaïl intervient également dans diverses structures de formation et d’enseignement, dont l’Institut d’Etudes européennes de l’Université Paris-VIII, où il dirige deux séminaires : l’un sur la politique étrangère américaine, l’autre sur le Proche et le Moyen-Orient.

Barah Mikaïl parle couramment l’anglais et l’arabe.

 

Le nucléaire iranien: impacts et évolutions potentiels

par Barah Mikaïl

Ce Midi de la Méditerannée est tombé en pleines révélations de Wikileaks.

L’intervention de Barah Mikaïl s’est articulée autour de quatre axes. Tout d’abord, un bref retour sur les fondamentaux historiques nous a permis de mieux situer la problématique. Deuxièmement, M. Mikaïl a exposé les évolutions qui sont survenues depuis les attentats de 2001, les invasions d’Afghanistan et d’Irak. À partir de ces données, M. Mikaïl a ensuite analysé le positionnement et les ambitions iraniennes mais aussi les craintes de l’Occident et des pays de la région à cet égard.

 

Racines et positionnement du régime iranien

Dès les années 60, des mouvements populaires ont émergé, exprimant des requêtes économiques et sociales et prônant la rupture avec le régime du Shah d’Iran. Mais ce n’est qu’en février 1978 que les protestations vont prendre de l’ampleur et que le mouvement va élargir ses assises en s’appuyant sur l’opposition religieuse menée par l’Ayatollah Khomeiny. L’époque est marquée par une répression violente du régime.

La légitimité originelle des institutions religieuses trouve ainsi sa source dans les aspirations populaires à la justice sociale et au changement. La révolution islamique s’est donc imposée par la volonté du peuple et non par un coup de force du clergé.

Dès l’avènement de la République islamique iranienne, celle-ci a été prise pour cible par les Etats de la région mais aussi par les puissances occidentales. Ainsi, la guerre Iran/Irak se fonde sur une logique d’alliances allant bien au-delà de l’Irak. Les pays du Golfe, notamment avaient tout intérêt à contrer les aspirations et la rhétorique de la révolution islamique, puisque des minorités chiites existent aussi dans ces pays et que leur soulèvement pourrait mener à des troubles. L’émergence d’une théocratie chiite en Iran effraie nombre de ses voisins arabes sunnites. Ainsi, dans la région, seule la Syrie maintenait des contacts diplomatiques avec le régime iranien.

L’affaire de l’Irangate a également permis à l’Iran de prendre conscience de la duplicité des Etats-Unis dans leur politique au Moyen-Orient.

Ces positionnements régionaux et cette duplicité américaine expliquent le climat de paranoïa qui règne en Iran et la volonté du régime de ne compter que sur soi-même. Cette menace permanente a également une fonction structurante de l’identité iranienne.

 

Evolutions du régime depuis 2001

Malgré une ferme condamnation des attentats du 11 septembre 2001 par le président de l’époque, M. Khatami, l’Iran sera inclus par le président Bush parmi les pays de l’ « axe du Mal ».

Néanmoins, les conséquences régionales des attentats vont plutôt ouvrir des possibilités et permettre à l’Iran un large déploiement de sa politique extérieure. D’une part, l’invasion de l’Afghanistan a permis à l’Iran de se débarrasser du régime des Talibans, violemment opposé à la République islamique. De plus, le régime iranien a profité du chaos pour y développer de nombreux relais, qui lui permettent d’avoir une certaine influence politique.

D’autre part, la chute de S. Hussein, puissant rempart contre la stratégie iranienne dans la région, y a ouvert une voie de développement diplomatique pour le régime. Avec une population à 65% chiite et longtemps écrasée par S. Hussein, l’Irak offre des opportunités de positionnement au régime iranien.

Ainsi, l’Iran a su saisir l’occasion que représente cette crise régionale pour se positionner comme un acteur incontournable et débrider ses ambitions dans la région.

 

Rhétorique actuelle de l’Iran

Pour asseoir la légitimité de son programme nucléaire, le régime iranien présente celui-ci comme un moyen de combler les besoins énergétiques du pays tout en diversifiant ses sources d’énergie. Le régime argue que le développement de l’arme nucléaire ne fait pas partie de ses ambitions car il est en contradiction avec les préceptes religieux chiites. Cependant, vu que le Chiisme se caractérise par sa grande capacité d’adaptation au contexte, ces affirmations ne sont pas de nature à rassurer les puissances occidentales et ses voisins régionaux.

Une autre caractéristique du discours iranien est de mettre l’accent sur la menace extérieure représentée par l’Occident et les voisins arabes. Ainsi, l’embargo contre l’Iran est présenté comme une arme des puissances occidentales contre le peuple iranien et est en ce sens, contreproductif en cristallisant le rejet de l’Occident par le public.

Ainsi, face à cette menace, les Iraniens ont tout intérêt à donner l’impression qu’ils sont proches d’obtenir l’arme nucléaire, et ce pour se prémunir d’actions à leur encontre. Le nucléaire est, de cette manière, devenu un enjeu nationaliste pour nombre d’Iraniens.

 

Craintes de l’Europe et des pays de la région

Les Iraniens sont prêts à négocier avec l’Europe mais attendent au préalable de l’UE des positions claires et qui leur seraient plus favorables.

De son coté, l’UE utilise les sanctions comme moyen d’infléchir la position iranienne sur le dossier du nucléaire mais celles-ci ne touchent que le peuple et renforcent la base populaire du régime.

Les craintes de l’Arabie Saoudite relèvent de deux facteurs. D’une part, la présence d’une minorité chiite vivant sur les champs pétrolifères du Royaume alimente l’inquiétude de revendications et de soulèvements depuis les années 80. Bahrein se trouve dans la même configuration avec une majorité de sa population chiite (70%).

D’autre part, l’Arabie Saoudite aspire à un leadership  régional et craint d’être remplacé dans le dispositif américain si les Iraniens se dotent de l’arme nucléaire.

 

Conclusions et perspectives

Actuellement, on ne peut pas présager de la volonté populaire iranienne à l’égard du régime. Des manifestations d’opposants sont organisées mais celles-ci sont restreintes aux grandes villes de l’Ouest du pays et ne sont pas forcément représentatives des aspirations de l’ensemble des Iraniens. Il ne semble pas y avoir d’opposition crédible à l’intérieur du pays.

De plus, l’option d’une intervention militaire en Iran pourrait mener à une escalade régionale incontrôlée et semble donc trop risquée.

Il faudra donc composer avec le régime iranien. Celui-ci n’est pas opposé aux négociations à condition qu’elles n’aient pas d’objectifs déterminés à l’avance mais que les parties avancent pas à pas à une solution acceptables par tous.


LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE SONT ORGANISÉS CONJOINTEMENT PAR L’INSTITUT MEDEA ET LE MOUVEMENT EUROPÉEN BELGIQUE.

INSTITUT MEDEA

Contact : Nathalie Janne d’Othée

Tel : +32 2 231 13 00

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MOUVEMENT EUROPEEN-BELGIQUE

Contacts: Laetitia de Fauconval et Lin Vanwayenbergh

Tel +32 2 231 06 22

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